BeAM, la start-up alsacienne qui rivalise avec les Américains (3/5)

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BeAM est quasiment la seule société en Europe, qui rivalise avec les Américains dans le domaine de la fabrication additive basée sur la technologie CLAD" (Construction laser additive directe), constate le PDG de DCNS, Hervé Guillou
La Tribune vous propose une série hebdomadaire de cinq success-stories dans le monde de l'aéronautique. Troisième volet, le premier fabricant européen de machines de fabrication additive basées sur la technologie CLAD (Construction laser additive directe), BeAM. Une start-up alsacienne près de décoller commercialement.

La start-up alsacienne BeAM (Be Additive Manufacturing) est véritablement en train de prendre son envol commercial. Trois ans après sa création en décembre 2012, le fabricant de pièces métalliques par impression 3D, qui rivalise avec ce qui se fait de mieux aux États-Unis, fait face à un marché en plein développement. Selon Émeric d'Arcimoles, actionnaire de BeAM et conseiller de la direction générale de Safran, BeAM a "dans le pipe (tuyau, ndlr) la possibilité de vendre une cinquantaine de machines". La start-up alsacienne vise notamment les marchés de des industries aéronautique et pétrolière/gazière (oil & gas).

"C'est quasiment la seule société en Europe, qui rivalise dans ce domaine avec les Américains, constate d'ailleurs le PDG de DCNS, Hervé Guillou, qui est lui aussi un des actionnaires de la start-up. Il y avait une position à prendre très, très vite car il existe un véritable besoin". Et BeAM, qui maîtrise la technologie CLAD (Construction laser additive directe), l'a prise en deuxième, juste derrière le leader du marché, l'américain Optomec. Cette technologie permet à BeAM de fabriquer et de réparer des pièces métalliques par déposition de poudres elles-mêmes métalliques.

Safran, le déclic pour BeAM

Après avoir réalisé des ventes de l'ordre de 300.000 euros en 2014 et d'au moins 400.000 euros cette année, BeAM va décoller en 2016. Emmanuel Laubriat, qui se dit être à la tête d'une "petite équipe d'entrepreneurs", vise des prises de commandes de 2,5 millions d'euros e 2015 et d'au moins 4 millions d'euros en 2016. Un décollage commercial réussi grâce à Safran, et plus précisément à son centre de son R&T (Recherche et Technologie), qui a commandé à BeAM en juin dernier la toute première machine après deux ans de travail en commun. "Ce travail réalisé en amont avec Safran nous a permis de gagner du temps pour arriver plus vite à des résultats industriels", estime le PDG de BeAM.

"Cette commande a été un signal fort au marché, confirme Emmanuel Laubriat. Car Safran est un grand acteur de l'industrie aéronautique. Nous les avons convaincu en produisant des pièces". Le groupe a aussi engrangé une commande de deux machines pour le groupe américain Chromalloy, spécialiste de la mécanique aéronautique avec lequel BeAM a aussi beaucoup travaillé en amont. La start-up devrait en vendre trois autres à l'étranger et en France d'ici à la fin de l'année. BeAM propose deux types de machines, une grosse de 9 tonnes (environ 1,5 million d'euros à l'achat) et une petite de deux tonnes 700.000 euros environ) avec des délais de livraison respectifs de dix mois et de sept mois. Des délais qu'Emmanuel Laubriat cherche à réduire.

Une start-up à la conquête du monde

BeAM a de grandes ambitions. La start-up alsacienne a d'ailleurs décidé de partir à la conquête du monde. "Le conseil d'administration de BeAM a décidé d'ouvrir une filiale aux États-Unis", indique Émeric d'Arcimoles. Elle a le projet d'implanter un site de production sur place. Car c'est aux États-Unis que le marché est le plus intéressé par cette technologie. "La France n'a pas encore trouvé un intérêt pour la CLAD", regrette-t-il. Et de préciser que BeAM va ouvrir plusieurs bureaux à l'international en vue de  prospecter sur le plan commercial. Huit pays sont visés : Allemagne, Australie, Canada, États-Unis, Japon, Pologne, Russie et Turquie.

En outre, BeAM peut également s'appuyer depuis juin sur le réseau commercial du groupe d'ingénierie industrielle Fives (1,5 milliard de chiffre d'affaires en 2014 pour 8.000 salariés) avec lequel la start-up a signé un partenariat. Celui-ci précise que le constructeur de machines et de lignes de production multi-secteurs (aluminium, acier, verre, automobile, aéronautique, ciment et énergie) fournit à BeAM des machines 5 axes fabriquées dans ses usines françaises qui intégreront les matériels technologiques CLAD.

BeAM veut devenir le leader mondial

Emmanuel Laubriat estime le marché mondial à 250 machines d'ici à cinq ans. BeAM, qui vise un tiers de ce marché, veut en devenir le leader mondial en se fixant comme objectif un chiffre d'affaires de 30 millions d'euros en 2020. Emmanuel Laubriat prévoit également à l'horizon de 2018 un effectif d'une cinquantaine de personnes. Pour l'heure, il l'a déjà quasiment doublé en recrutant sept personnes (actuellement 8 salariés).

Pour Emeric d'Arcimoles, "l'un des défis à court terme de BeAM est de maîtriser la montée en cadence ainsi que sa croissance en organisant un écosystème industriel autour de cette société". Pour limiter les coûts de développement, BeAM compte s'appuyer sur les centres de recherche et les universités du monde entier en y installant de nouvelles machines. "Il y a par exemple des discussions avec l'École polytechnique", souligne Émeric d'Arcimoles.

C'est d'ailleurs également pour cela que la start-up, qui a été valorisée à 2 millions d'euros lors de la première levée de fonds, en prépare une seconde, explique Hervé Guillou. une levée de fonds à laquelle il souhaite participer. Le PDG de DCNS croit "au potentiel considérable" de BeAM, qui est "une belle aventure industrielle". "J'ai vu tout de suite le potentiel de cette technologie de rupture", souligne Emeric d'Arcimoles. "Nous voulons être le meilleur intégrateur multiculturel, aussi bien dans l'optique que dans l'aéronautique et le nucléaire..." ajoute Emmanuel Laubriat.

Pourquoi un tel potentiel?

BeAM est pour l'heure une petite pépite, qui a eu le temps de trouver son marché et surtout de faire maturer la technologie CLAD. Cette dernière est le fruit de près de 15 ans de développement par le centre de recherche alsacien IREPA LASER, en vue de fabriquer et de reconstituer des pièces métalliques par impression 3D. BeAM est une spin-off du Centre régional d'innovation et de transfert de technologie (CRITT) IREPA LASER, expert en traitement, assemblage et usinage des matériaux par laser. Un CRITT est une structure scientifique créée dans les années 1980 et qui regroupe les acteurs locaux du monde professionnel et de la recherche publique dans un domaine donné.

La fabrication additive (impression 3D) représente aujourd'hui une technologie prometteuse. A ce jour, même si son utilisation reste modeste, les applications industrielles commencent à émerger dans l'aéronautique, la défense, le nucléaire, le médical... "Cette technologie s'adresse notamment à tout le marché de la réparation aéronautique, estime Hervé Guillou. Elle va permettre d'en diminuer les délais". La fabrication additive permet également une fabrication proche des lieux de consommation et une conception de produits à la géométrie nouvelle, dont les niveaux de performance et d'efficacité énergétique n'auraient jamais pu être atteints avec les procédés classiques de fabrication.

Une longueur d'avance

Cette technologie "difficile à mettre au point", selon Emeric d'Arcimoles, limite également la perte de matière en fin d'usinage. Enfin, cette technologie permet de mélanger plusieurs métaux dans une même pièce, en la commençant par de l'acier pour la finir avec de l'inox. "Elle va améliorer la performance économique des procédés industriels, explique Emmanuel Laubriat, qui veut aller encore plus loin. L'idée est de contrôler la pièce quand on la fabrique".

"Nous avons gardé notre avance depuis quatre ans", affirme le PDG de BeAM, Emmanuel Laubriat. Car beaucoup des concurrents de BeAM ne maîtrisent pas la technologie. "Il n'y a pas d'optimisation de l'intégration, explique Emeric d'Arcimoles. Ce qui n'est pas le cas avec BeAm qui vend cette intégration".

Des parrains prestigieux

Outre Émeric d'Arcimoles et d'Hervé Guillou, trois autres personnalités ont investi au total un million d'euros dans cette start-up et en ont rejoint le conseil d'administration. Il s'agit de Philippe Varin, président du conseil d'administration d'Areva, de Frédéric Sanchez, président du directoire du groupe Fives, et de Maurice Bérenger, PDG de Protip Medical, une entreprise alsacienne spécialisée dans les technologies médicales en laryngologie.

Un montant qui a permis à BeAM de développer son activité de R&D (Recherche et Développement), de recruter 15 personnes d'ici à fin 2015), de s'installer dans ses propres locaux et, enfin, de commencer à déployer son implantation internationale. "Au-delà de l'argent, ces personnalités apportent à BeAM la compétence et la notoriété", estime Emmanuel Laubriat.

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