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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

Deroure, les raisons d'une résurrection éclair (4/5)

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 01 décembre 2015 à 05:56 - Mis à jour le 08 décembre 2015 à 09:01

Le Quotidien Numérique

11 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La Tribune vous propose une série hebdomadaire de cinq success-stories dans le monde de l'aéronautique civile et militaire. Quatrième volet de cette série, le groupe Deroure. En 2009, cette PME familiale allait droit dans le mur. En 2015, après quatre ans de croissance ininterrompue, elle va à nouveau connaître le meilleur exercice de son histoire. Un redressement express signé Anne-Charlotte Fredenucci, présidente et héritière.

Moribond en 2009, le groupe familial Deroure a finalement vite retrouvé une très belle santé économique. Basée dans le 9e arrondissement de Paris, cette PME, qui réalise environ 55% de son chiffre d'affaires dans l'aéronautique et la défense, bat depuis 2011, à chacun de ses exercices, des records en termes de résultats, de chiffres d'affaires et de nombre de salariés, souligne la présidente de Deroure, Anne-Charlotte Fredenucci, qui a succédé en 2009 à son père et fondateur du groupe éponyme, Claude Deroure. Et 2015 ne fera pas exception à cette règle grâce aux récentes prises de commandes de ses deux principales filiales, Anjou Electronique et Ametra Ingénierie, créées en 1978.

Spécialisée dans les câblages filaires et dans l'ingénierie, la PME va à nouveau connaître le meilleur exercice de son histoire en réalisant un chiffre d'affaires de 35 millions d'euros environ pour 520 salariés (contre 32 millions en 2014 et 29 millions en 2013). Dans ce contexte, elle a quasi doublé son chiffre d'affaires depuis 2009 (19 millions d'euros). Très exactement un bond de 84,2%. "C'est une croissance raisonnable, saine et consolidée", juge la présidente de Deroure, qui a séduit "une trentaine de nouveaux clients significatifs" depuis son arrivée aux commandes.

Interrogée par "La Tribune" sur les bénéfices réalisés par son groupe, Anne-Charlotte Fredenucci a simplement tenu à préciser que le groupe était bénéficiaire depuis 2011, après un retour à l'équilibre en 2010.

Quatre bonnes nouvelles à venir pour Deroure

Signe que les mauvais jours sont désormais loin, le groupe Deroure va bientôt clore cette période tourmentée en sortant enfin de la procédure de sauvegarde. "Début 2016, presque trois ans avant son terme", souffle la présidente, ravie par le redressement de son groupe plombé par un passif de plus de 2 millions d'euros fin 2009. "Nous avons déposé une requête au tribunal de commerce pour sortir de la procédure de sauvegarde, et elle est en train d'être examinée", précise-t-elle. Une initiative lancée grâce en partie à l'opération de financement signée récemment avec BpiFrance, qui était "destinée à apurer notre situation financière", explique Anne-Charlotte Fredenucci.

En outre, Deroure, qui souhaitait se lancer dans la croissance externe depuis plusieurs mois, va très prochainement signer sa première acquisition à l'étranger. Le groupe est sur le point de racheter une petite PME allemande, qui réalise entre 7 et 8 millions d'euros de chiffre d'affaires en Allemagne et en République tchèque pour 80 salariés. La finalisation de cette opération (closing) est attendue fin 2015, voire début 2016. Et pourquoi pas franchir un jour l'Atlantique? Les grands donneurs d'ordres (Airbus, Dassault Aviation, Safran, Thales, Zodiac...) demandent de façon récurrente à leurs sous-traitants de "dollariser leurs coûts", signale-t-elle.

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Enfin, en 2016, le groupe va poursuivre sa croissance en frôlant les 40 millions d'euros de chiffre d'affaires (hors croissance externe), estime Anne-Charlotte Fredenucci. Une croissance en grande partie liée aux contrats export Rafale gagnés par Dassault Aviation. La filiale Anjou Electronique réalise des câblages d'ensembles électroniques sur six systèmes de l'avion de combat tricolore (commandes de vol, cœurs électriques, structure et boitier de calcul du radar RBE2, missiles air-air...).

Le groupe Deroure pourrait en outre obtenir une bonne nouvelle d'ici à la fin de l'année avec le programme de drone tactique Watchkeeper proposé par Thales à l'armée de Terre et auquel il participe. La direction générale de l'armement (DGA) doit choisir d'ici à la fin de l'année le Watchkeeper ou le Patroller de Sagem (groupe Safran).

2009, une année noire

Le groupe revient pourtant de loin, de très loin. En 2009, quand Anne-Charlotte Fredenucci, qui avait rejoint le groupe en 2001, prend le pouvoir, la petite PME familiale est au bord du précipice. Touché de plein fouet par la crise, le groupe Deroure perd 100.000 euros par mois. Inquiets, les maîtres d'œuvre se détournent de la PME, qui voit alors ses prises de commandes chuter de 35% en quinze jours. Une inquiétude fortement accentuée par l'âge du capitaine (84 ans) et par l'imminence du départ à la retraite du directeur général. "Et nos clients ne voyaient pas de relève arriver", se rappelle-t-elle.

A 33 ans, Anne-Charlotte Fredenucci se décide pourtant à relever le défi pour sauver la PME familiale en cessation de paiements et ses emplois. Une décision qu'elle a prise une fois assurée du soutien des salariés. "Sachant la société en réelle difficulté, le comité d'entreprise m'a accordé sa confiance, se souvient-elle. Fort de cette confiance, j'ai eu envie de me battre et je n'ai pas lâché. C'est ce qui fait que nous sommes encore là". Six ans plus tard, le groupe est effectivement toujours sur une phase ascendante.

Pour sauver l'entreprise familiale placée sous la procédure de sauvegarde - ce qui permet de geler un passif de 2 millions d'euros -, elle fait la tournée des clients pour leur expliquer que le groupe Deroure a une nouvelle gouvernance... et surtout un avenir. Résultat, elle récupère des commandes que la PME avait perdues en quinze jours. "On est passé de 35% à 25% de commandes perdues", précise-t-elle. Surtout, les maîtres d'oeuvre la soutiennent dans sa démarche pour redresser l'entreprise, qui fait partie des fournisseurs de rang 1 pour certains d'entre eux.

"Certains groupes comme Dassault Aviation, Thales et Zodiac ont passé des commandes supplémentaires dont ils n'avaient pas forcément besoin tout de suite pour soutenir le groupe", explique-t-elle. Pourquoi?"La filière aéronautique, dont les programmes sont sur le long terme, est vertueuse par nécessité, souligne-t-elle.Certains clients ne voulaient pas voir disparaître un sous-traitant important dans leur supply chain".

Le groupe Deroure travaille sur la plupart des programmes français et européens majeurs comme le Rafale, le Falcon 7X, l'A380, l'A320, l'A400M, Ariane 5...

Un redressement express...

Pendant la période d'observation, tout le passé de Deroure est "mis de côté" pour lui permettre de préparer l'avenir, notamment de reconstituer sa trésorerie et se réorganiser. Pour gagner son défi, Anne-Charlotte Fredenucci travaille sur trois pistes de redressement basés sur deux axes conjoints (économies et croissance). Classiquement, elle lance un plan d'économies sévère assorti d'un plan social douloureux qui touche 30 salariés. Tous les frais généraux sont également passés au crible (restauration, fournitures de bureau, entretien des espaces verts...).

Concomitamment, elle analyse avec son équipe de direction les affaires rentables et prend rendez-vous chez ces clients... qui s'entendent dire que les prix sont révisés à la hausse. Et ça marche... Dès 2010, le chiffre d'affaires est en forte croissance. A la fin de l'exercice, le groupe enregistre des ventes de 26 millions d'euros (+ 36%). Elle entreprend en outre une étude de circulation des flux pour dégager de façon urgente de la trésorerie. Et finit par réduire les stocks. Ce qui lui permet de trouver 300.000 euros de trésorerie et de payer les salaires... Les problèmes urgents réglés, elle passe au deuxième étage de son plan, le volet croissance.

... Et une croissance express

La nouvelle présidente veut notamment muscler les offres commerciales de la PME familiale. Comment? "En montant en gamme, en étant force de proposition et donc en augmentant notre valeur ajoutée auprès de nos clients, au travers des work-packages (lots, ndlr) alliant études et réalisation", explique-t-elle. Elle demande alors aux deux filiales, Anjou Electronique et Ametra Ingénierie, qui travaillaient jusqu'ici de façon cloisonnée, de développer des synergies entre elles. Elle en profite également pour optimiser les cycles de production tout en renforçant le niveau de qualité des produits, à travers une nouvelle politique de "lean".

Et en peu de temps, le groupe Deroure passe, sous l'impulsion de sa nouvelle présidente, à l'ère du numérique et se lance dans l'innovation. Anne-Charlotte Fredenucci décide de mettre en œuvre une stratégie de produits et services innovants. Ametra a notamment développé des centres de services innovants pour ses clients. Résultats : jusqu'à 15% de réduction des coûts de développement. Au final, Anne-Charlotte Fredenucci ne s'est pas beaucoup trompé jusqu'ici pour redresser la PME familiale même si sa devise est : "Le courage de se tromper".

___

Lire (ou relire) l'ensemble de la série:

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Michel Cabirol

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