Boris Johnson veut augmenter de 45% l'arsenal nucléaire britannique

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Selon le Guardian, le rapport de plus de 100 pages présente la Russie de Poutine comme une menace active justifiant le changement de cap en matière de dissuasion nucléaire. Photo d'illustration : ce RS-24 Yars, qui traverse la Place Rouge le 7 mai 2015 pour le défilé célébrant comme chaque année le Jour de la Victoire, est un missile balistique intercontinental russe thermonucléaire et MIRV. Son véhicule porteur est le MAZ-7917.
Selon le "Guardian", le rapport de plus de 100 pages présente la Russie de Poutine comme une "menace active" justifiant le changement de cap en matière de dissuasion nucléaire. Photo d'illustration : ce RS-24 Yars, qui traverse la Place Rouge le 7 mai 2015 pour le défilé célébrant comme chaque année le Jour de la Victoire, est un missile balistique intercontinental russe thermonucléaire et MIRV. Son véhicule porteur est le MAZ-7917. (Crédits : Reuters)
Des quotidiens britanniques ont divulgé mardi le projet de Boris Johnson de faire passer l'arsenal du Royaume-Uni de 180 ogives nucléaires à 260, soit une augmentation d'environ +45%. Selon le "Guardian", un rapport de 100 pages sur la défense et la politique étrangère du Royaume-Uni présente la Russie comme une "menace active" justifiant le changement de cap en matière de dissuasion nucléaire, plutôt synchrone avec la nouvelle posture internationale post-Brexit baptisée "Global Britain".

Le Premier ministre Boris Johnson va annoncer mardi une augmentation de l'arsenal nucléaire britannique, une première depuis la chute de l'Union soviétique, dans le cadre d'une revue stratégique en matière sécurité, de défense et de politique étrangère, indique la presse britannique.

Un coup d'arrêt à la non-prolifération nucléaire

Selon les quotidiens The Guardian et The Sun, le Royaume-Uni va augmenter de 180 à 260, soit d'environ 45%, le plafond maximum de son stock d'ogives nucléaires, mettant ainsi fin au désarmement progressif en œuvre depuis la chute de l'Union soviétique il y a 30 ans.

"Parce que les circonstances et les menaces changent avec le temps, nous devons maintenir un niveau minimum et crédible de dissuasion", a justifié le ministre des Affaires étrangères, Dominic Raab, interrogé par la BBC. "C'est la garantie ultime, la police d'assurance ultime contre les pires menaces d'États hostiles", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre conservateur doit présenter à la mi-journée les conclusions de cette revue stratégique sur la défense, la sécurité et la politique étrangère du Royaume-Uni, la première depuis la fin de la période de transition après la sortie du pays de l'Union européenne, qui déterminera la ligne gouvernementale pour la décennie à venir.

"Global Britain", la nouvelle posture internationale post-Brexit

Elle intervient au moment où Londres cherche à se repositionner, depuis le Brexit, comme une puissance incontournable sur la scène internationale, selon le concept de "Global Britain".

D'après le Guardian, le rapport de plus de 100 pages justifie le changement de cap en matière d'arsenal nucléaire par une "gamme croissante de menaces technologiques et doctrinales".

Un rapport sévère avec la Russie, bien plus modéré avec la Chine

Le document présente ainsi la Russie de Vladimir Poutine comme une "menace active", mais se montre plus nuancé envers la Chine, avec laquelle Londres souhaite approfondir ses liens commerciaux, qualifiée de "défi systémique".

Lire aussi : Après le Japon, quels autres accords commerciaux pour le Royaume-Uni?

Il est également prévu que les soldats britanniques servent "plus souvent et plus longtemps" à l'étranger.

Le document met en garde contre la "possibilité réaliste" qu'un groupe terroriste "réussisse à lancer une attaque CBRN [chimique, biologique, radiologique ou nucléaire] d'ici 2030".

"Irresponsable", "dangereux", "provocation" s'irritent les ONG

La possibilité d'une augmentation de l'arsenal nucléaire britannique a fait bondir l'ICAN (Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires) selon qui elle "violerait les engagements que (Londres) a pris dans le cadre du traité de non-prolifération nucléaire".

"La décision du Royaume-Uni d'augmenter son stock d'armes de destruction massive en plein milieu d'une pandémie est irresponsable, dangereuse et viole le droit international", a martelé Beatrice Fihn, la directrice de cette ONG.

Le groupe Campaign for Nuclear Disarmament (CND) y voit un "premier pas vers une nouvelle course à l'armement nucléaire" et une "énorme provocation sur la scène mondiale".

Pour sa secrétaire générale Kate Hudson, "attiser les tensions mondiales et gaspiller nos ressources est une approche irresponsable et potentiellement désastreuse".

Des ambitions en matière de défense, mais avec quel budget ?

Reste à savoir où le Royaume-Uni va trouver l'argent de ses nouvelles ambitions en matière de défense. En effet, la crise sanitaire a gravement impacté le Royaume-Uni, dont le PIB s'est contracté de 2,5 % au premier trimestre 2020 et de 19,8 % au deuxième trimestre, marquant une chute d'activité plus prononcée que chez ses voisins. En juillet 2020, l'Office for Budget Responsability estimait que le déficit public pourrait atteindre 19% du PIB, tandis que la dette dépasserait 106% du PIB, soit un niveau jamais atteint au cours de 60 dernières années.

Nouveau record pour les dépenses militaires mondiales en 2020

Pour autant, l'attitude de Boris Johnson qui avait promis d'augmenter de 10% les dotations à son armée déjà en novembre 2020, participe d'un mouvement plus général. En effet, selon le rapport annuel de l'institut britannique IISS publié jeudi 25 février, les dépenses militaires mondiales, soutenues notamment par le renforcement des capacités de la marine chinoise, ont atteint en 2020 un nouveau record malgré la pandémie de Covid-19 et la sévère crise économique qu'elle a entraînée.

Ces dépenses ont atteint 1.830 milliards de dollars l'an dernier, soit une progression en termes réels de 3,9% par rapport à 2019, "malgré la pandémie due au coronavirus et la contraction consécutive de l'économie mondiale", a expliqué l'Institut international d'études stratégiques, qui fait autorité en la matière.

Près des deux tiers de cette hausse sont attribuables aux Etats-Unis, qui continuent de se tailler la part du lion avec 40,3% (ou 738 milliards de dollars) des dépenses totales, ainsi qu'à la Chine (10,6% ou 193,3 milliards).

Cette dernière est le moteur de la croissance des budgets militaires en Asie (25% du total), où la tendance globale est restée à la hausse, quoique à un rythme un peu ralenti (+4,3% contre +4,6% en 2019).

"Plusieurs pays ont ajusté leur budget militaire pour rediriger des fonds vers des aides de crise ou des mesures de soutien à l'économie", selon l'IISS. "Toutefois, plusieurs autres ont simplement réduit ou différé la hausse des dépenses prévues plutôt que de les couper".

Le rapport souligne aussi la croissance des capacités militaires chinoises, notamment dans la marine qui accroît considérablement sa flotte, marquant les prétentions territoriales de Pékin en mer de Chine méridionale.

En Europe aussi, les dépenses de défense sont en hausse (+2%), pour faire face notamment à la Russie considérée comme une menace croissante depuis l'annexion de la Crimée en 2014, mais de nombreux membres de l'Otan sont toutefois encore loin de l'objectif d'y consacrer 2% de leur PIB national en 2024, selon l'IISS.

"L'engagement d'acteurs clés", comme la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Italie, "d'augmenter leurs budgets de défense en 2021 et au-delà signale leur intention d'éviter les coupes qui avaient suivi la crise financière de 2007-2008", précise l'institut.

En 2019, les dépenses militaires avaient enregistré la plus forte hausse en une décennie, avec une croissance de 4%, sur fond de rivalités croissantes entre grandes puissances et de course aux nouvelles technologies.

(avec AFP)

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Commentaires
a écrit le 18/03/2021 à 12:21 :
Superbe photo. On prend un missile russe pour illustrer une décision britanique. Comment éduquer le citoyen á la russophobie sans le dire.
les cours de PNL n'ont pas été perdu pour tout les journalistes.
Maintenant je voudrait vous rappeller qu'avant d'éduquer à craindre la Russie vous devriez regarder à ce qui se passerait en cas de conflit. Nous gagnerions, mais vu l'état de nos structures de soutient nous aurions de lourdes pertes. Ce n'est pas que les russes soient bon c'est que nous sommes de plus en plus mauvais.
L'ennemi n'est pas le russe, mais notre propre gouvernement et vous messieurs dames les journalistes qui nous orientez sur de mauvais choix inadaptés à notre situation.
Réponse de le 18/03/2021 à 20:54 :
On gagnerait, vous avez du voir la vierge... au moment ou nos armées étaient nombreuse et puissante sa aurait prit au plus a la russie une matinée pour les russe de traverser notre pays... au mieux on dérouillerait la première vague, puis après on attendra les achats de munitions. Sans compter le manque de personnel.
Et pire n'oublions pas la total incompétence des dirigeants, on a jamais gagne la moindre guerre depuis plus de 150 ans...
Réponse de le 19/03/2021 à 9:38 :
Cher réponse,

500 millions d'habitants contre 145 millions, les chances de victoire russe sont faible.
Aprés je suis d'accord avec tous les points que vous citez, conduira comme je l'ai dit à de lourdes pertes.
a écrit le 17/03/2021 à 23:35 :
Peut être qu'il compte, sur EDF pour enrichir son uranium, dans 15 ans alors, faut d'abord finir de finir de construire l'epr de Flamanville, + 20 ans celui de Hinkley point, ça nous porte facilement 2050.
a écrit le 17/03/2021 à 21:49 :
Et d'ou il prendrait l'uranium pour cela. La bataille sera pour l'Australie elle est pleine avec des resources mais d'un autre cote les chinois sont la bas.
a écrit le 17/03/2021 à 21:09 :
C'est pas "c.n"! Plutôt que d'investir dans des programmes type Scaf, des porte avions et des chars dont l'utilité est désormais douteuse, avoir un nombre d'ogives nucléaires conséquent et des vecteurs performants ne me semble pas être déraisonnable face à des adversaires potentiellement déraisonnables.
a écrit le 17/03/2021 à 18:21 :
Laissons BoJo à son délire impérial : la France est maintenant le seul pays européen à avoir la bombe.
Le Brexit n'a pas que des inconvénients, finalement.
a écrit le 17/03/2021 à 17:41 :
Maintenant qu'il n'est plus ancré à l'UE,ni à son ex empire colonial il choisit la meilleure protection la dissuasion nucléaire , et la sécurité intérieure. Plus d'aventures post coloniales. Bravo
a écrit le 17/03/2021 à 16:10 :
le UK a été pas mal affaibli par la forte austérité depuis 2010. notamment sur la Défense.
avant le changement méthodologique d'il y a 1 an, la France dépensait 2,3% PIB par an contre 1,8% au UK, d'après le SIPRI.
la France a aidé le UK à traquer le sous-marin russe en Ecosse, car notre allié est à court d'avions du fait des coupes budgétaires d'il y a 10 ans.
en novembre 2016, on pouvait lire dans Les Echos que la Royal Navy manque cruellement de navires.
en 2016 aussi, la presse nous apprenait que les frégates Type 45 tombent régulièrement en panne, notamment dans les eaux "chaudes".
d'après le communiqué de presse OTAN de juillet 2018 sur les dépenses de Défense 2017, le Royaume-Uni n'avait que 137 000 soldats contre 208 000 pour la France (180 000 en Allemagne, 175 000 en Italie).

du coup, la France est le "new best friend" des USA en matière de Défense (article du Financial Times du 21/01/2016).

les commentaires de lecteurs sur l'article Financial Times d'hier concernant cette nouvelle stratégie anglaise étaient négatifs.
a écrit le 17/03/2021 à 15:56 :
il veut un peu tout et son contraire
il veut faire un grand bloc avec les ex colonies, mais a priori il n'a pas compris que l'inde ne sera pas forcement son larbin de service...
il veut exister, mais etre 80 millions ou 400 millions, forcemnt on n'a pas le meme poids
il veut le respect d'uncle sam, qui lui se demande en quoi son cousin va lui etre utile pour avoir acces a 350 millions de personnes
hollande aussi il croyait qu'il allait mettre les boites au tas, mais avec plein de bons investissements ' pas rentables' censes crees plein de bons emplois bien payes ou on ne travaille pas trop
le niveau des politiciens est en dessous du niveau 0

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