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Dissuasion nucléaire : les quatre convictions d'Emmanuel Macron

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 09 février 2020 à 07:00 - Mis à jour le 10 février 2020 à 06:58

"Notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux", a expliqué vendredi à l'Ecole de guerre le président de la République Emmanuel Macron.

"Notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux", a expliqué vendredi à l'Ecole de guerre le président de la République Emmanuel Macron.

Elysée

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La dissuasion nucléaire reste la clé de voûte de la sécurité de la France. Emmanuel Macron ne souhaite pas désarmer la France, ni diluer les forces de dissuasion dans l'OTAN. En revanche, il aspire à un débat des Européens sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité collective de l'Europe.

Plus de soixante ans après le général de Gaulle et son discours à l'Ecole de Guerre sur la création de la "force de frappe", Emmanuel Macron s'est placé dans les pas de son illustre prédécesseur pour réaffirmer l'intangibilité de l'arme nucléaire, qui reste au cœur de la stratégie de défense de la France. "Notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux, a expliqué vendredi le président de la République à l'occasion d'un discours très riche. Aujourd'hui comme hier, elle garantit notre indépendance, notre liberté d'appréciation, de décision et d'action. Elle interdit à l'adversaire de miser sur le succès de l'escalade, de l'intimidation ou du chantage".

Si Emmanuel Macron reste droit dans ses Weston en ayant une approche conservatrice, le Chef de l'Etat, rattrapé par son tropisme européen, a souhaité que se développe "un dialogue stratégique" avec les "partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective". Pourquoi ? "Soyons clairs : les intérêts vitaux de la France ont désormais une dimension européenne", a-t-il estimé. Faudra-t-il mourir encore pour Dantzig ? Probablement comme en 1939. En vertu de leur traité d'alliance, la Grande-Bretagne et la France ont déclaré séparément la guerre à l'Allemagne le 3 septembre 1939 après l'attaque d'

Hitler en Pologne le 1

er

 septembre afin d'annexer le corridor et la ville de Dantzig. Ce qui déclencha la Seconde Guerre Mondiale.

1/ Pas question de laisser l'Europe au bord de la route

Que veut exactement Emmanuel Macron ? Le Chef de l'Etat, qui sait le sujet explosif, a été prudent en appelant simplement les Européens à avoir "un dialogue stratégique" sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans la sécurité de l'Europe. Est-ce un petit premier pas qui en amènera d'autres ou une tactique pour faire accepter l'arme nucléaire par ses partenaires européens ? Ou les deux ? En tout cas, Emmanuel Macron a une conviction - ou est-ce une certitude : "notre indépendance de décision est pleinement compatible avec une solidarité inébranlable à l'égard de nos partenaires européens. Notre engagement pour leur sécurité et leur défense est l'expression naturelle de notre solidarité toujours plus étroite".

"La dissuasion nucléaire a joué un rôle fondamental dans la préservation de la paix et de la sécurité internationale, notamment en Europe. Je suis intimement persuadé que notre stratégie de dissuasion conserve toutes ses vertus stabilisatrices, et demeure un atout particulièrement précieux dans le monde de compétition des puissances, de désinhibition des comportements et d'érosion des normes qui aujourd'hui se dessine sous nos yeux", a analysé Emmanuel Macron.

Selon Emmanuel Macron, "nos forces nucléaires renforcent la sécurité de l'Europe par leur existence même et à cet égard ont une dimension authentiquement européenne". Pour autant, quatre Etats européens ont également la capacité d'emporter des armes nucléaires de l'OTAN avec leurs avions de combat. Et comme cela s'est vu en Belgique avec l'achat du F-35, ces pays sont très attachés à poursuivre cette mission, ce qui conditionne en réalité fortement les capacités aériennes qu'ils cherchent à acquérir. Des pays avec lesquels la France devrait avoir plus de facilité à entamer un tel dialogue stratégique.

"A l'heure actuelle, note la Fondation de la recherche stratégique (FRS),on estime à environ 140 armes (desbombes à gravité B61, ndlr) entreposées en Allemagne (BA Büchel), aux Pays-Bas (BA Volkel), en Belgique (BA Kleine Brogel), en Italie (BA Aviano et Ghedi Torre) et en Turquie (BA Incirlik)".

Par ailleurs, Emmanuel Macron a appelé les Européens à "proposer ensemble un agenda international de maîtrise des armements". En effet, la fin du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) et les incertitudes sur l'avenir du traité New Start laissent entrevoir d'ici à 2021 "la possibilité d'une pure compétition militaire et nucléaire, sans contraintes, comme nous n'en avons plus connu depuis la fin des années 1960". Et de demander sur ce sujet "une position très claire de l'Europe, qui tienne compte à la fois de l'évolution des armements contemporains, notamment russes, qui pourraient impacter notre sol, et des intérêts des Européens - de tous les Européens, y compris au Nord et au Centre de l'Europe". Car les traités en vigueur encore il y a quelques années ne protégeaient plus certains pays d'Europe.

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2/ Pas question de diluer la dissuasion française dans l'OTAN

Pour Emmanuel Macron, la force de frappe ne se partage pas avec l'OTAN même si les forces nucléaires françaises contribuent "évidemment de manière significative au renforcement global de la dissuasion de l'Alliance atlantique, aux côtés des forces britanniques et américaines", comme l'a rappelé le Chef de l'Etat. Mais "la France ne participe pas aux mécanismes de planification nucléaire de l'Alliance et n'y participera pas plus à l'avenir". En revanche, Emmanuel Macron a expliqué que la France "continuera à nourrir la réflexion de niveau politique visant à renforcer la culture nucléaire de l'Alliance".

3/ Pas question d'un désarmement unilatéral

C'est clair et net de la part d'Emmanuel Macron. La France n'enclenchera pas un désarmement nucléaire de façon unilatérale. Ce que regrettent déjà les pacifistes mais qui est pourtant frappé au coin du bon sens dans un monde devenu très dangereux et complexe. "Face à un environnement international dégradé, a-t-il souligné, certains, y compris en Europe, se sont engagés récemment dans une approche prohibitionniste, fondée en grande partie sur un impératif absolu et un raisonnement stratégique simple : pour supprimer la peur, pour supprimer la guerre, il suffirait de supprimer les armes nucléaires !" Les promoteurs d'une abolition, qui attaquent la légitimité même de la dissuasion nucléaire, connaissent parfaitement la faiblesse des pouvoirs européens face à la pression médiatique. Emmanuel Macron se dit inflexible :

"J'estime que le choix n'est pas entre d'une part un absolu moral sans lien avec les réalités stratégiques, et d'autre part un retour cynique au seul rapport de forces sans le droit.Pour ma part, je ne tomberai pas dans le piège de cette fausse alternative. Elle est déstabilisante pour l'architecture de sécurité internationale et n'est pas à la hauteur des ambitions que porte la France pour la paix, le multilatéralisme et le droit", a expliqué le président.

Résultat, Emmanuel Macron ne peut "donner à la France comme objectif moral le désarmement des démocraties face à des puissances voire des dictatures qui, elles, conserveraient ou développeraient leurs armes nucléaires". Car un désarmement nucléaire unilatéral équivaudrait "pour un Etat doté comme le nôtre à s'exposer et à exposer ses partenaires à la violence et au chantage, ou à s'en remettre à d'autres pour assurer sa sécurité". Et Emmanuel Macron a été également très clair : la France doit "rester souveraine ou décider elle-même, sans les subir, les transferts de souveraineté qu'elle consentirait, tout comme les coopérations contraignantes dans lesquelles elle s'engagerait".

"Ne soyons pas naïfs : un décrochage de la France, dont l'arsenal ne peut en aucun cas être comparé à celui des Etats-Unis ou de la Russie, n'aurait pas le moindre effet d'entraînement sur les autres puissances nucléaires.Dans le même esprit, la France n'adhérera pas à un traité d'interdiction des armes nucléaires. Ce traité ne créera aucune obligation nouvelle pour la France, ni pour l'Etat, ni pour les acteurs publics ou privés sur son territoire".

4/ Pas question de ne pas riposter

Pour Emmanuel Macron, la doctrine française est strictement défensive. La France, qui dispose d'un arsenal inférieur à 300 armes nucléaires, a par ailleurs toujours refusé que l'arme nucléaire puisse être considérée comme une arme de bataille. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui des Etats-Unis. Toutefois, "si d'aventure un dirigeant d'Etat venait à mésestimer l'attachement viscéral de la France à sa liberté et envisageait de s'en prendre à nos intérêts vitaux, quels qu'ils soient, il doit savoir que nos forces nucléaires sont capables d'infliger des dommages absolument inacceptables sur ses centres de pouvoir, c'est-à-dire sur ses centres névralgiques, politiques, économiques, militaires", a averti le Chef de l'Etat. Il assume chaque jour cette responsabilité ultime, au cœur de la fonction présidentielle.

"Nos forces nucléaires ont été configurées pour cela avec la flexibilité et la réactivité nécessaires. En cas de méprise sur la détermination de la France à préserver ses intérêts vitaux, un avertissement nucléaire, unique et non renouvelable, pourrait être délivré à un agresseur étatique pour signifier clairement que le conflit vient de changer de nature et rétablir la dissuasion".

Emmanuel Macron a averti que certaines crises régionales, terrain d'expression de la rivalité stratégique des Etats, représentent "aujourd'hui autant d'hypothèses crédibles, mais pas exclusives, dans lesquelles nous pourrions, pour la première fois depuis longtemps, devoir relever un troisième défi, celui d'avoir à affronter directement, dans une escalade non maîtrisée, une puissance hostile, éventuellement dotée de l'arme nucléaire ou alliée à une puissance possédant des armes de destruction massive". Mais la stratégie nucléaire de la France vise "fondamentalement à empêcher la guerre", a rappelé Emmanuel Macron.

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C'est pour cela que la France a relevé son effort de défense. Elle peut notamment s'appuyer au quotidien sur les deux composantes de ses forces nucléaires, qui sont complémentaires. "J'ai pris et je continuerai à prendre les décisions nécessaires au maintien de leur crédibilité opérationnelle dans la durée, au niveau de stricte suffisance requis par l'environnement international", a expliqué Emmanuel Macron. La France a décidé de moderniser sa dissuasion nucléaire dans le cadre de la loi de programmation militaire (LPM) et de consacrer un effort budgétaire significatif d'environ 25 milliards d'euros sur la période 2019-2023. La composante aéroportée pourrait à partir de 2035 mettre en œuvre un missile hypersonique emporté par un avion de combat, un porteur lourd ou un drone furtif.

Michel Cabirol

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