Comment baisser le prix des Airbus et des Boeing ?

 |   |  626  mots
(Crédits : Airbus)
Pour baisser les prix des avions, jugés trop élevés par les compagnies aériennes, la baisse des coûts de production qui résulterait de la transformation digitale des avionneurs est un levier. Pour autant, une baisse significative des prix pourrait venir d'un changement complet du modèle des constructeurs, dans lequel la part des services associée à la vente des avions serait majoritaire. La question sera posée lors du débat "Comment les data vont révolutionner la construction et l'exploitation des avions" au Paris Air Forum, le 14 juin.

Les catalogues d'Airbus et de Boeing donnent le tournis. Les prix des gros-porteurs comme l'A350-1000 et le B777-9 s'élève respectivement à 360 et 425 millions de dollars. Même un moyen-courrier comme l'A321 affiche 120 millions de dollars. En privé, le directeur général de l'Association internationale du transport aérien (Iata), Alexandre de Juniac, le dit depuis des années : « Les avions sont trop chers. » Et il ne parle pas des prix catalogue des constructeurs, mais bien des « prix réels », ceux payés par les compagnies aériennes, lesquelles bénéficient de rabais pouvant aller jusqu'à 50 %.

Le numérique pour accélérer le développement des programmes

Alors que la guerre des prix fait rage dans le transport aérien, de nombreux professionnels de l'aéronautique estiment que la prochaine bataille entre Airbus et Boeing ne se fera plus sur la performance des avions, jugée similaire, mais sur les prix de vente. Et, par conséquent, sur les coûts de développement d'un programme et des coûts de production.

La transformation digitale de l'industrie aéronautique peut réduire le temps nécessaire pour développer un avion, c'est-à-dire la phase entre le lancement du programme et la mise en ligne de l'avion. « Il peut être ramené de huit à cinq ans », explique Marc Fontaine, directeur de la transformation digitale d'Airbus. La baisse de coûts serait proportionnelle selon certains experts, autour de 40%. Un chiffre remis en cause par une étude du Boston Consulting Group, qui parle plutôt d'une réduction de 15-20 % .

Changement de modèle, avec avions "gratuits" et services payants

Le coût d'un programme pouvant grimper jusqu'à 15 milliards de dollars, la réduction de la facture est donc importante pour les avionneurs et la chaîne de fournisseurs. S'il est lancé, le New Midsize Aircraft (NMA), ce projet d'avion de 220 à 270 sièges sur lequel travaille Boeing, pourrait être le premier appareil à intégrer un nouveau système de production, plus digitalisé. Les autres programmes suivront, comme les successeurs des A320 et des B737 à  l'horizon 2035.

Cette tendance à baisser les coûts se justifiera d'autant plus si le groupe aéronautique chinois Comac venait tenter de rafler certaines campagnes hors de ses frontières en jouant sur des prix très bas. « Airbus et Boeing devront être en mesure de s'aligner », explique un analyste.

Pourtant, si la digitalisation et l'automatisation de la production peuvent faire baisser les prix des avions, c'est peut-être de la transformation radicale du modèle de l'aéronautique que viendra une chute des prix. « Cela passera par un changement de "business model" », assure-t-on dans un grand groupe aéronautique, qui n'exclut pas des avions « gratuits » avec, en parallèle, une multitude de services payés par les compagnies (maintenance, formation des pilotes...). Un peu à la manière des motoristes, qui vendent les moteurs à des prix « dérisoires » et gagnent de l'argent avec les services après-vente, ou du secteur automobile.

La hausse des taxes environnementales fait partie de l'équation

« Quand on achète une voiture, on ne sait pas quelle est la part de la voiture, du leasing, de l'entretien et quel est le choix fait par le fabricant à l'origine. L'achète-t-on au tarif de la fabrication ou au prix chargé ? Si on voit des évolutions des prix, ce sera sur le coût complet de concession de l'avion sur toute sa durée de vie », explique la même source.

Dans tous les cas, il faudra baisser la facture. Confrontées à un risque de taxation accrue sur les questions environnementales, les compagnies aériennes pourraient avoir du mal à continuer d'acheter autant d'avions si les prix ne bougent pas. 

Lire aussi : Airbus, Boeing, dans les coulisses des commandes d'avions

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/06/2019 à 10:41 :
On pourrait aussi faire baisser le prix des billets en se débarrassant d'Alexandre de Juniac.
Débarqué d'Air France pour entre autre incompétences, il se remet en selle à l'IATA pour balancer des attaques contre Boeing et Airbus ?
Il est vrai que les couts de lancement d'un avion nouveau sont très très light, l'A400M et l'A380 le prouvent ...
Donc on n'innove plus et on amorti sur 50 ans et plus comme boeing et son 747 !
a écrit le 07/06/2019 à 12:14 :
La réduction des coûts de fabrication des avions est un vieux serpent de mer, à la différence que c'est une évolution qui a réellement lieu, selon une logique logarythmique, la fameuse courbe de Wright liée à l'effet d'expérience. C'est ce qui permet à un constructeur qui parvient à rencontrer son marché de dégager des bénéfices après être parvenu à descendre le coût de revient sous le prix de vente. En effet, les coûts de démarrage qui incluent aussi bien la fabrication des prototypes et premiers exemplaires de série - hors de prix - que les frais de développement et les outillages nécessitent une longue série en fabrication avant d'atteindre le seuil de rentabilité. Avec la baisse relativement rapide des coûts de fabrication, plus rapide que la baisse tendancielle du prix de vente du "siège avion", le constructeur peut dégager des marges de plus en plus importantes, ce qui lui apporte la capacité de financer la prochaine génération d'avions.
La baisse des coûts réclamés par les compagnies va cependant plus loin, elle doit aller plus loin que la courbe classique liée à l'effet d'expérience et elle doit concerner les frais de développement.
Pour le premier point, la numérisation peut être l'outil pour y parvenir, l'avenir dira si cette promesse était solide. Pour les frais de développement, des effets positifs peuvent être attendus mais la problématique est plus compliquée : d'une part, contrairement à la fabrication Série, la tendance a été à la hausse par le passé, d'autre part, les technologies mises en œuvre dans l'aviation ont été poussées très loin et il devient très difficile d'atteindre les 15 % d'amélioration de performance nécessaires pour que le lancement d'une nouvelle génération d'avions devienne possible. Le coût de changement des flottes d'avions est très important ; il faut que les gains attendus dépassent les coûts de changement pour toutes les catégories d'acteurs, les compagnies aériennes, les leasers, les constructeurs ...
Au final, il est normal que les clients demandent une baisse des prix. Tout le monde y travaille. La révolution technologique liée à la numérisation peut y contribuer. Un saut technologique dans le produit lui même serait sans doute plus efficace.
a écrit le 07/06/2019 à 11:50 :
Pour préciser les choses, le prix catalogue inclut le prix catalogue des moteurs, lequel est très éloigné du prix consenti après négociation par le motoriste à la compagnie cliente. C'est après déduction de ces coûts des moteurs, qu'il faut prendre en compte des ristournes sur la cellule
a écrit le 07/06/2019 à 10:28 :
Il ne faut pas que les prix des avions baissent ! il faut que les prix des billets augmentent et correspondent à la réalité des coûts (avions, carburants, taxes, frais de personnels, etc). L'avion pas cher est un désastre économique et social. Citez une destination épargnée par les hordes de beaufs et de touristes barbares...
a écrit le 06/06/2019 à 19:07 :
Mais des bien pensants, veulent le taxer pour qu'il ne soit accessible aux " riches ",
constamment en avion, et classe haut luxe : Hulot, Royal, Duflot, J.P Huchon, entres-autres.
Nous, ce sera les paquebots charters à voile et solaire : 168 Heures, le Paris- New York
( à titre d"exemple)
Réponse de le 06/06/2019 à 20:48 :
Mais en effet, un Paris-New York en 6h, ne vous en déplaise, c'est du luxe. La majorité des trajets en avion sont inutiles et devraient être supprimés (riches ou pas riches) le temps d'assurer la survie de notre civilisation (si nous étions une espèce intelligente).
a écrit le 06/06/2019 à 18:57 :
Question dépassée :
par les transferts de technologie,

.la Chine est devenue n°1 mondial du ferroviaire
. Elle va l'etre en Aérien, avec les transferts de technologie Airbus
( mieux encore avec la sous-traitance, en République Populaire Démocratique de Corée, limitrophe )
a écrit le 06/06/2019 à 10:08 :
Encore un débat bidon, et un avis de consultants, dont le métier est d'apporter des solutions aux problèmes qu'ils ont eux-mêmes créés.
Autant que je sache, Airbus et Boeing ne font pas des marges obscènes sur leurs avions.
Et sont en principe en pétard permanent, via l'OMC : l'oligopole n'est peut-être pas aussi intelligent que cela.
a écrit le 05/06/2019 à 23:54 :
Insupportable de lire une nouvelle fois le point de vue d'un cabinet de conseil anglo-saxon (ici le BCG) ...
Nous serions capables de fabriquer des avions en Europe mais incapables d'avoir des cabinets de conseil qui tiennent la route !?
a écrit le 05/06/2019 à 18:53 :
Baisser le prix des avions ? Il n'y en a pas plus qu'il n'en faut déjà qui polluent à fond !
a écrit le 05/06/2019 à 18:01 :
IL est evident que seulement deux fournisseurs qui integrent / avalent ce qui restait de concurrence (Airbus => bombardier, Boeing => Embraer ) ça forme très facilement un oligopole. ILs ne sont pas avare de compliments d'ailleurs entre eux par videos interposées... Privilège de leur maitrise de technos pour le moins complexes et optimisées... et subventionnées par les états...
Ils vendent à leur niveau des plateformes (systèmes complexe dont la maitrise assure une forme de rente) qui uberisent les taxis que sont les compagnies aériennes...
a écrit le 05/06/2019 à 17:10 :
après coup; C'est la poussée de la consommation qui en font des avions chers!
a écrit le 05/06/2019 à 15:38 :
Tous les grands avionneurs font depuis quelques années des maquettes entièrement numériques des avions avant de fabriquer la plus petite pièce. Tous les calculs, les essais sont faits au préalable par simulation numerique. Toute la fabrication et la qualité s' inscrivent dans un process de production ou chaque élément est traçé identifié suivi tout au long de sa vie.Il n' y a plus beaucoup d' économie à faire dans ce schéma. La prochaine étape est d augmenté la commonalité entre les différents modeles pour augmenter les volumes et réduire les couts unitaires. A terme il devrait rester 2 standards cout/moyen courrier moyen/long courrier. et peut être même un seul.!! par fabricant.
Réponse de le 05/06/2019 à 17:52 :
Alors pourquoi cette etude du boston "Devilliers inside" consulting group ?
Ils avancent encore 15 à 20 % à grapiller pour pousser la vente des produit 4.0 du middle tier des services US/UK ?

Ca m'étonnerais pas, après coup la plupart des grands comptes sont incapables de chiffrer leurs projets IT. On peut leur raconter n'importe quoi, c'est du marketing...
a écrit le 05/06/2019 à 13:40 :
Peut être en arrêtant l emploi abusif de la sous-traitance qui coûte une fortune aux donneur d ordre Airbus. Pendant ce temps là les sociétés prestataires de services s en mettent plein les poches sur le dos de leurs consultants et de leurs clients !...
a écrit le 05/06/2019 à 12:01 :
Allez-y, faites des avions low cost qui vont se crasher après avoir donné notre technologie aux chinois!
Redevenons sérieux...
Tous les vols commerciaux dans l'espace aérien français devraient être des Airbus produits à 100% chez nous et chez nos partenaires européens, en dehors de la destination Amérique du nord en concurrence avec Boeing!
Limite d'âge de 20 ans et interdiction des appareils à un seul pilote!
Toutes les compagnies pénétrant notre espace aérien devraient avoir leur siège social dans une démocratie possédant une devise convertible, idem pour les compagnies d'assurances ainsi que les pavillons et les nationalités des équipages.
Obligation pour les vols sans escales d'être assurés uniquement par les compagnies et équipages des deux pays desservis, trois quand il y a escale.
A partir de là, les financières peuvent émettre des dérivés sur tout ce qui vole et tout ce qui produit les appareils en toutes devises convertibles, ce qui générerait des emplois, de l'activité et des rentrées fiscales avec une taxe de seulement 1% sur les plus-values et une bourse de dérivés ouverte 24/24 grâce à nos territoires ultramarins.
Plutôt que de faire des avions low cost, faire baisser le prix du kérosène en asséchant la demande de pétrole dans d'autres domaines, fin du diesel, des plastiques, des pesticides, des embouteillages en supprimant le fret routier international et en développant trains pendulaires, télétravail et 5G.
Créer des maintenant un 1/2 Concorde pour les destinations atlantiques et pacifiques en passant par les Amériques et ne plus laisser faire les compagnies orientales et asiatiques!
Réponse de le 05/06/2019 à 15:26 :
Ah la dictature des bien-pensants... Cous vous y croyez déjà hein ? On se battra pour que cela n’arrive pas.
a écrit le 05/06/2019 à 8:31 :
...en baissant la qualité...ou plus simple en ne construisant plus d'avions. On peut parfaitement s'en passer. L'avion pour tous, à bas coûts est un non-sens, un gouffre financier et écologique, dans sa construction et son exploitation.
Réponse de le 05/06/2019 à 11:47 :
Ce complètement arriéré ?
Réponse de le 05/06/2019 à 15:29 :
Oui, supprimons les avions, et pourquoi pas aussi les voitures les camions, les téléphones portables, Internet. Tout ça c' est aussi un gouffre financier et écologique.
Heureusement, nous avons conservé de très belles grottes préhistoriques en Ardéche et en Dordogne ou nous pourrons nous retrouver en mangeant du mammouth. zut il n' y a plus de mammouth !!
Réponse de le 05/06/2019 à 18:45 :
" zut il n' y a plus de mammouth !! "

Ouf , il reste Carrefour, Leclerc etc..
Réponse de le 05/06/2019 à 22:41 :
Entièrement d’accord. De toutes les façons, un engin qui consomme du pétrole est voué à disparaître. Dès que le pic pétrolier arrivera, vous verrez tout d’un coup tout le monde paniquer, se précipiter vers les voitures à batteries en espérant en avoir une. Et ce pic n’est plus très loin: la production de pétrole de schiste ralentit, la production russe plafonnera en 2021. À partir de là, la production mondiale diminuera de 5% par an, entraînant une chute du pib mondial équivalent. Et le devenir des avions, ne fera plus les gros titres des journaux

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :