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Entreprises & FinanceAéronautique & Défense

L'ONERA se redresse... mais à quel prix

Photo de Michel Cabirol

Michel Cabirol

Publié le 17 mars 2016 à 05:56 - Mis à jour le 24 mars 2016 à 18:25

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Le centre français de recherche aérospatiale, qui a dégagé un bénéfice de 5,2 millions d'euros en 2015, affichera un léger déficit en 2016. Surtout, son PDG Bruno Sainjon prévoit encore des mesures d'austérité.

L'ONERA se redresse mais à quel prix... Le PDG du centre de recherche aérospatiale français, Bruno Sainjon, a annoncé ce mercredi à l'Assemblée nationale un bénéfice de 5,2 millions d'euros pour l'exercice 2015 pour un budget de 225 millions, contrairement aux prévisions à la mi-année, voire de fin d'année. Mais le patron de l'ONERA a dû construire "un budget 2016 en léger déficit (2,8 millions d'euros)", a-t-il expliqué aux députés de la commission de la défense.

"Le budget 2015 a été adopté très tardivement, le 10 juin. Il faisait prévision d'une "perte" limitée à 3,7 millions d'euros. Finalement avec les actions que nous avons engagées dans plusieurs domaines, nous avons fini l'exercice avec un résultat légèrement positif de 5,2 millions d'euros", a expliqué Bruno Sainjon.

L'objectif de Bruno Sainjon "est bien de mettre l'ONERA sur une nouvelle trajectoire". C'est pour cela que "l'ensemble des moyens financiers, subventions et contrats étatiques et industriels, devra être au rendez-vous si l'on souhaite que l'ONERA puisse être capable de remplir l'ambition, qui a été récemment réaffirmée et ce de manière unanime par l'ensemble de nos partenaires, d'un ONERA fort, un ONERA qui permette à la France et à l'Europe de garder son rang de haut niveau mondial". Le ministère de la Défense a déjà en partie répondu à cet appel en débloquant une subvention exceptionnelle de 20 millions pour sauver la soufflerie S1 de Modane-Avrieux, qui menaçait de s'effondrer. "Les travaux de consolidation des fondations, qui vont s'étaler sur quatre ans, ont déjà commencé", a annoncé aux députés Bruno Sainjon, qui a notifié lundi le contrat à SPIE Fondations.

Des prises de commandes en hausse

Autre bonne nouvelle pour l'ONERA, les contrats obtenus auprès des agences comme la DGA (direction générale de l'armement) et la DGAC (direction générale de l'aviation civile) ou des industriels aérospatiaux, sont en hausse. Le niveau de commandes engrangées par l'ONERA s'est élevé en 2015 à plus de 105 millions d'euros. En 2013 il atteignait seulement 84 millions d'euros, puis 94 millions en 2014. Entre 2013 et 2014, l'ONERA avait réussi à remonter "un peu mais insuffisamment" ses commandes.

Cette performance commerciale en 2015 a été réalisée alors même que les prises de commandes des grands moyens techniques (souffleries, moyens d'essais), qui a porté très longtemps l'activité de l'ONERA (essais A380, A350, A400M...) ont été inférieures à 10 millions d'euros. "Nous sommes dans un plus bas historique" dans ce domaine, a-t-il précisé.

Des mesures d'austérité pour équilibrer les comptes

"Cette embellie ne doit pas faire oublier les circonstances qui ont permis d'arriver à ce résultat", a estimé Bruno Sainjon. Si bien sûr l'ONERA a bénéficié l'année dernière d'une subvention exceptionnelle de 9 millions d'euros de la part du ministère de la Défense pour boucler son budget, Bruno Sainjon a dû également prendre "un certain nombre de mesures importantes en matière d'austérité".

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Ainsi, l'ONERA a fortement réduit ses investissements. "Nous avons atteint un plus bas historique en 2015 avec un niveau d'investissements (renouvellement et entretien de nos installations scientifiques) à 17,3 millions d'euros", a-t-il précisé. En 2009, ce montant était de 42,5 millions d'euros. Bruno Sainjon compte dépasser les 20 millions cette année. "Il va de soi que pour un établissement scientifique comme l'ONERA la capacité à renouveler ses installations scientifiques est bien entendu vitale", a-t-il souligné.

"Pour arriver à un produit qui sera un succès à l'horizon 2020 (les pales Blue Edge de l'hélicoptère H160, ndlr), il a fallu démarrer très tôt, presque 30 ans en arrière, pour arriver à disposer des technologies nécessaires. C'est quelque chose dont il convient d'être très attentif si nous ne voulons pas avoir de mauvaises surprises à un horizon d'une vingtaine d'année", a expliqué Bruno Sainjon.

Pour revenir à l'équilibre, l'ONERA a également dû réduire "très fortement" ses achats. "Cela se fait au détriment de nos partenaires au premier rang desquels les PME puisque l'ONERA s'adresse majoritairement aux PME".  68% des achats du centre de recherche civil et militaire sont commandés aux PME-PMI. Enfin, l'ONERA a dû réduire ses effectifs d'une trentaine de personnes par rapport à fin 2014. Idem en 2016 puisque' il prévoit le départ de 30 personnes. "C'est quelque chose sur lequel il convient d'être particulièrement vigilant dans un organisme comme l'ONERA, car ses femmes et ses hommes sont la principale richesse de l'organisme", a affirmé Bruno Sainjon.

Quatre axes pour le contrat d'objectifs et de performance

Enfin, l'ONERA avance sur le contrat d'objectifs et de performance (COP), qui doit être signé avec l'État et doit couvrir la période 2016-2021. "Il revêt une importance particulière pour l'ONERA qui n'a plus de contrat avec l'État depuis 2009", a rappelé Bruno Sainjon. L'écoute des attentes des partenaires de l'ONERA est "très clairement" la méthodologie utilisée pour son élaboration. Ainsi, l'organisme a organisé au cours des derniers mois des séminaires bilatéraux avec tous les principaux acteurs du paysage étatique et industriel (DGA, DGAC, CNES, GIFAS, Dassault, Airbus, Thales, Safran...). "Chaque rencontre a été dédiée à la prise en compte de leurs besoins scientifiques et techniques mais aussi à leurs attentes en matière d'organisation future de l'ONERA", a-t-il expliqué.

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L'ONERA poursuit quatre axes : renforcement du lien avec la défense ; transferts des travaux et recherches de l'ONERA vers l'industrie aérospatiale française de façon à la rendre plus forte ; rapprochement avec les grands ensembles universitaires en cours de constitution avec les établissements de Palaiseau (Polytechnique et Ensta) et de Toulouse (ISAE Supaéro) ; et, enfin, réduction du nombre de sites de l'ONERA en Ile-de-France. Enfin, l'ONERA a élaboré un nouveau plan stratégique scientifique, qui fixe les principaux axes d'efforts sur la période 2015-2025. Ce projet est "suffisamment avancé" pour être présenté par Bruno Sainjon "la semaine prochaine en comité central d'entreprise".

Michel Cabirol

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