Le commerce équitable pâtit de la crise

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Alors que s'ouvre la 12è édition de la Quinzaine du commerce équitable, qui démarre samedi, ce mode de consommation responsable, fondé sur une juste rémunération des producteurs du Sud, peine à convaincre les Français en temps de crise. Si 91% d'entre eux en ont une image positive, seuls 29% en consomment régulièrement. Et les ventes ont baissé depuis 2007.

Les temps sont durs pour le commerce équitable en France. La faute, encore une fois, à la crise. Alors qu'une écrasante majorité de Français (91%) a une image positive de ce mode de consommation responsable, seuls 29% sont des acheteurs réguliers, selon un sondage BVA pour Max Havelaar dévoilé ce mercredi.

L'ouverture de la 12è édition de la Quinzaine du commerce équitable, qui démarre samedi, est donc l'occasion de faire le point sur la croissance du secteur. Organisée par la Plate-forme pour le commerce équitable, qui réunit notamment des distributeurs spécialisés (Artisans du monde, Altermundi) des associations de certification (Max Havelaar, Ecocert), ou des importateurs (Ethicable, Alter Eco), l'un de ses objectifs sera de convertir davantage de Français à ce mode de consommation fondé sur la juste rétribution des producteurs du Sud, dont le marché reste modeste malgré sa popularité dans le grand public.

Diminution des ventes depuis 2007

Premier constat : depuis deux ans, le commerce équitable (café, chocolat, fruits, textile...) n'enregistre plus de croissance à deux chiffres en France. En 2011, les ventes n'ont progressé que de 4% à 315 millions d'euros, selon l'association Max Havelaar, qui appose son label sur 95% des produits équitables dans l'Hexagone et cite des chiffres de l'institut Kantar.

Le réseau indépendant Artisans du monde note lui une diminution des ventes depuis 2007, que son co-président Jean Huet explique "par la crise, mais aussi une plus grande présence des produits du commerce équitable dans la grande distribution". "Nous avons refusé d'y aller, parce que la grande distribution ne correspond pas à notre conception", souligne-t-il.

La population reste sceptique sur les prix et l'efficacité de cette démarche

Au delà de la crise, le sondage fait apparaître deux freins majeurs à l'achat. Le prix des produits, tout d'abord. Près de la moitié des sondés (48%), les jugent trop élevés. Enfin, 37% d'entre eux restent sceptiques sur le fait que cette démarche profite réellement aux petits producteurs". "On ne nie pas qu'il puisse y avoir un écart de prix" entre les produits équitables et les produits conventionnels, concède Christophe Roturier, directeur délégué de Max Havelaar France.

Mais quand on achète un produit équitable, "on sait qu'il a été produit dans conditions environnementales et sociales correctes et que le producteur est payé à un prix décent", souligne-t-il, relevant que les consommateurs acceptent bien de débourser un peu plus pour le bio. "Il faut qu'on accroisse notre discours, nos explications sur l'impact du commerce équitable au Sud" estime-t-il.

1,5 million de producteurs en bénéficient dans 63 pays

Le commerce équitable bénéficie à 1,5 million de producteurs dans 63 pays, selon l'organisation, qui met en ligne des témoignages sur son site. Une Commission nationale pour le commerce équitable (CNCE) a été créée en 2007 et effectivement installée il y a deux ans, afin de mettre de l'ordre dans les certifications. "On entre dans la phase" de dépôt des demandes de reconnaissance, indique Christophe Roturier, soulignant qu'en France, "le fait que l'Etat reconnaisse les garanties, c'est important pour le consommateur".

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Commentaires
a écrit le 11/05/2012 à 13:28 :
Je suis Jean Huet, co-président de la Fédération Artisans du Monde. Nous sommes une association à but non lucratif qui s'est engagé en 1974 dans le commerce équitable avec la volonté au delà du produit, de tenir un discours pour changer les logiques commerciales internationales. Autrement dit : mettre des règles là où le marché cherche à les casser. En terme d'impact, je dirais que le commerce équitable c'est à la fois une rémunération plus importante pour les producteurs agricoles ou les artisans, un partenariat commercial durable qui permet à ces organisations du Sud d'investir dans l'avenir en matière d'amélioration des conditions de production (bio, formation des travailleurs...) ou de vies (éducation, santé...). Mais c'est aussi renforcer la capacité de ces organisations à peser dans les décisions politiques de leur pays,en les rendant collectivement plus fort.
Je vous invite à découvrir les acteurs du commerce équitable, à venir vous renseigner dans nos magasins de proximité où vous trouverez de l'information sur les décompositions de prix...Nous ne sommes pas des arnaqueurs, ou des escrocs, mais des individus convaincus qu'un autre commerce est possible en France, avec des nouvelles consommations locales, et dans le monde avec le commerce équitable.
Rappelez vous, nous représentons 0,03% du commerce international, regardons alors vers les grandes marques et les grandes entreprises multinationales qui ont plus de compte à rendre que nous, car à la différence d'eux, nous pouvons parler de nos relations commerciales avec dignité, et les producteurs qui viennent en France pendant cette quinzaine du commerce équitable, témoigneront de cela mieux que moi.
a écrit le 09/05/2012 à 19:16 :

Le commerce équitable est comme beaucoup d'arnaque, il permet à quelques industriels de s'enrichir avec la publicité. Le commerce équitable du café permet à un industriel du sud de la France à se construire une prestigieuse industrie sur un site magnifique et saboter l'environnement.
a écrit le 09/05/2012 à 18:00 :
Avec toutes les corruptions qui existent dans notre pays et les leurs, il est difficile de croire que le commerce équitable est bien géré et qu'ils profitent exclusivement aux petits producteurs. D'où la défiance des consommateurs à laquelle s'ajoute le pilonnage perpétuel sur le pouvoir d'achat qui baisserait de façon drastique (il suffit de voir le nombre de jeunes qui sont attablés à nos restaurants métropolitains, le soir, pour voir comme la France va très mal).
a écrit le 09/05/2012 à 17:38 :
Pas étonnée ! payer plus cher quand on a du mal à finir les fins de mois c'est dur !
même pour une "bonne action"...

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