Profitez du chocolat de Noël : il devient un bien rare !

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Le prix du cacao, qui a déjà grimpé de 25% en 2013, pourrait encore augmenter de 15% en 2014.
Le prix du cacao, qui a déjà grimpé de 25% en 2013, pourrait encore augmenter de 15% en 2014. (Crédits : cadbury)
D'un côté, le marché du chocolat explose, notamment en Asie où une nouvelle classe moyenne le découvre. De l'autre, la production en Afrique de l'Ouest stagne voire recule. Résultat: la réduction des stocks de cacao s'amorce et les prix ont déjà commencé à grimper.

La consommation de cacao dépassera la production d'environ 70000 tonnes dans l'année à venir et le manque ne sera pas comblé avant 2018 (la plus longue période de déficit enregistrée depuis 1960), selon la International cocoa organisation (ICCO). Les stocks de cacao ont déjà chuté de 36% par rapport au mois de juin, atteignant le niveau le plus bas depuis l'été 2011, constate ICE Future US dans ses entrepôts.

Le prix du cacao, qui a déjà crû de 25% en 2013, pourrait donc encore augmenter de 15% avant la fin de 2014, pour s'établir à 3200 dollars la tonne, alerte l'agence Bloomberg.

Les Asiatiques se passionnent de chocolat

Non seulement les besoins des Européens occidentaux, qui consomment chacun déjà 4,5 kilos de chocolat par an (pour un total de 2,2 millions de tonnes, constant depuis 10 ans), risquent encore de croître de 0,5% en 2013 et de 0,6% en 2014, selon Euromonitor. Surtout, la passion pour la barrette est en passe de gagner l'Asie, où une nouvelle classe moyenne se convertit aux habitudes occidentales.

Dans la région Asie -Pacifique, où se concentre plus de la moitié de la population mondiale et 12% de la demande de chocolat, chaque personne en consommera ainsi 200 grammes en 2014, soit deux fois plus qu'il y a dix ans. En Chine notamment, pendant la dernière décennie, les ventes ont déjà plus que doublé et elles vont augmenter de 6,9% cette année (atteignant 193100 tonnes) et de 6,6% en 2014, estime Euromonitor. Résultat: au niveau mondial, le marché des confiseries chocolatées grossira de 2,1% en 2014, atteignant le record de 7,3 millions de tonnes, après avoir déjà cru de 2% cette année.

L'industrie manufacturière s'adapte

Les plus grands fabricants de confiseries sont d'ailleurs déjà en marche pour profiter pleinement de ce nouvel eldorado. La société Cargill, dans l'espoir d'augmenter ses ventes de produits chocolatés en Asie de 5% par an, investit 100 millions de dollars dans sa première usine de transformation de fèves de cacao dans la région: elle sera implantée en Indonésie (le troisième pays producteur du monde) et aura une capacité de 70000 tonnes.

Hershey's (marque américaine qui vend déjà 1,5 milliards de dollars de chocolat en Chine) investit 250 millions de dollars dans la construction d'une unité en Malaisie, avec l'objectif d'atteindre en 2017 un chiffre d'affaires de 10 milliards de dollars par an en Asie. Pour mieux s'adapter aux goûts des consommateurs locaux, la société emploie à Shanghai une équipe de 12 personnes chargées de tester les nouveaux produits auprès des Chinois, raconte Bloomberg.

La séchéresse a affecté les récoltes de 2013

Cet essor de nouveaux marchés n'est toutefois pas soutenu par une augmentation de la production. Au contraire, en 2013, à cause d'un climat trop sec dans les deux premiers pays exportateurs (la Côte-d'Ivoire et le Ghana), plus de 10000 tonnes de cacao ont manqué à l'appel, selon Commerzbank: 43 % de plus que ce qu'avait prévu l'ICCO.

Certes, les grosses pluies ayant frappé ces derniers mois l'Afrique de l'Ouest (qui représente environ 70% de la production mondiale) suggèrent que les prochaines récoltes seront meilleures: début décembre, les livraisons de fèves aux ports ivoiriens avaient atteint les 611000 tonnes, contre 431000 tonnes un an plus tôt, selon les estimations du site KnowledgeCharts. Mais des obstacles structurels s'opposent à une augmentation durable de la production.

Une augmentation de la production est improbable

L'âge des plantes freine leur rendement potentiel. Au Ghana, les vieux arbres couvrent environ 30% des surfaces plantées, alors que les nouveaux arbustes mettent trois ans avant de devenir productifs. Son gouvernement a de surcroît décidé de réduire de moitié, à partir de cet automne, l'utilisation de pesticides subventionnés, alors que les insectes nuisibles ravagent déjà le 40% de la récolte annuelle selon l'ICCO.

Les agriculteurs, qui ont vendu la grande partie de leurs récoltes au premier semestre 2013, n'ont d'ailleurs pas encore pu bénéficier de l'augmentation du prix du cacao. Si le gouvernement ivoirien leur a promis d'augmenter leur rémunération de 3,4% lors de la prochaine récolte, ces nouveaux gains ne pourront être réinvestis qu'à partir de l'année prochaine.

Les marges des fabricants s'amenuisent

Si le développement du marché asiatique est une aubaine pour les chocolatiers, la réduction des stocks obligera en revanche l'industrie manufacturière à réduire ses marges. Bloomberg rappelle que Nestlé s'est déjà plaint de la baisse de ses bénéfices au cours du premier semestre 2013, aggravée par la concurrence croissante et l'augmentation des dépenses de marketing en Amérique latine.

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