Fournisseur de tous les grands parfumeurs, la verrerie normande a remplacé l’un de ses trois fours à gaz par une version électrique bas carbone. Mais elle attend un geste d’EDF pour accoucher de son jumeau.Non, l'électrification de l'industrie ne patine pas partout. Pour en trouver un contre-exemple, il faut se transporter au cœur de la vallée de la Bresle en Seine-Maritime. Plus précisément dans la verrerie de Pochet du Courval : une cathédrale industrielle vieille de quatre siècles dont les 1.600 salariés fabriquent, chaque jour, plus d'un million de flacons pour Dior, Guerlain, Chanel, Lancôme et consorts.
L'entreprise familiale, aux mains de la huitième génération, vient d'inaugurer ce qui est présenté comme « le premier four électrique français dédié au flaconnage de luxe ». L'installation d'une dimension impressionnante a pris la place de l'un des trois fours à gaz ultra-énergivores de l'usine. Pour André Frézel, directeur technique, sa mise à feu marque un tournant majeur dans la décarbonation des procédés. « Il est doublement vertueux puisqu'il consomme deux fois moins d'énergie par tonne de verre fondue que l'ancien pour une capacité de production supérieure », se félicite-t-il devant les journalistes.
Vertueux oui, coûteux assurément. Le groupe (un demi-milliard de chiffre d'affaires), qui indique avoir fait ce choix « à rebours du marché et de la conjoncture », a dépensé 40 millions d'euros - dont 6 alloués par France 2030- pour acquérir ce bijou de technologie d'une puissance de 8 mégawatts. Lequel sera alimenté pour partie par de l'électricité renouvelable via un contrat de long terme avec un énergéticien allemand. « Nous avons investi dans la nouvelle centrale solaire d'ABO Wind en Charente qui fournira une bonne part de l'électricité nécessaire en été et une part plus faible en hiver », précise Benoît Marszalek, directeur opérationnel.
L'inconnue de l'après Arehn
Le nouvel équipement fait partie des quarante mesures sur lesquelles Pochet du Courval table pour diminuer de 50% ses émissions de GES à horizon de huit ans (versus 2014). Pour franchir un palier supplémentaire, l'entreprise prévoit l'acquisition d'un second four électrique en 2033. Mais la décision n'est pas gravée dans le marbre.