Dans son discours de politique générale, le Premier ministre a semblé mettre le manque de « perspectives à long terme » du monde agricole sur le seul dos de la grande distribution. Le gouvernement précédent, lui, avait pointé du doigt les marges de l'agro-industrie. La question de la répartition de la valeur ajoutée alimentaire reste douteuse et sensible.« Il faut renforcer la transparence sur les marges pratiquées par la grande distribution ». Prononcée par Michel Barnier lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, mardi dernier, cette courte phrase, sans détail supplémentaire, a suffi à relancer l'une des plus intenses controverses du secteur agro-alimentaire : qui s'enrichit tout au long de la chaîne alimentaire, aux dépens des agriculteurs et, pendant ces deux dernières années d'inflation, des consommateurs ? Le Premier ministre veut-il remettre le manque de « perspectives à long terme » du monde agricole, qu'il a évoqué, sur le seul dos de la grande distribution ?
Les intentions du chef du gouvernement n'étaient, certes, pas claires. Mais la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui depuis quelques mois tente de se débarrasser de sa mauvaise image auprès des agriculteurs - en renvoyant la faute sur l'industrie agro-alimentaire de leur mauvaise rémunération -, n'a pas attendu davantage d'explications pour réagir.
« Cette stigmatisation de notre secteur est insupportable, a répliqué le jour même sa déléguée générale, Layla Rahhou, sur LinkedIn. S'il y a de la transparence à faire, elle est au niveau du maillon industriel de notre chaîne. Les injonctions contradictoires doivent cesser : le Premier ministre appelle à "faire baisser les prix dans les caddies" tout en pointant du doigt notre secteur, qui a été le seul à agir pour obtenir ces baisses de prix, face à des industriels trop peu pressés de répercuter leurs baisses de coûts dans les prix ».
La « guerre des prix » pointée du doigt
Pendant les nombreuses années de déflation des prix alimentaires qui se sont suivies jusqu'en 2021, la « guerre des prix » entre grands distributeurs était en effet désignée, par les agriculteurs comme par les industriels agro-alimentaires, comme principale cause de la perte de valeur de l'alimentation. Une vision partagée par une partie du monde politique, à l'origine des lois dites « Egalim » 1, 2 et 3 (de 2018, 2021 et 2022), limitant le pouvoir de négociation des maillons en amont de la chaîne, et notamment des agriculteurs.