Les syndicats majoritaires des agriculteurs demandent que l'interdiction de remettre en cause le prix convenu entre le producteur et son premier acheteur s'applique non plus seulement à la grande distribution, mais à l'ensemble de la production agricole française consommées en France. Ils se joignent ainsi à une demande des distributeurs.La cible de la bataille des agriculteurs pour de meilleurs revenus s'élargit. Alors que, jusqu'à leurs manifestations de cet hiver, leurs critiques et leurs actions étaient concentrées contre les distributeurs et « leur guerre des prix », de nouveaux acteurs de la chaîne alimentaire sont désormais explicitement pointés du doigt: les grossistes et la restauration hors foyer.
Dans son « projet de loi » proposé aux nouveaux députés et aux prochains ministres, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (Fnsea) et les Jeunes Agriculteurs réclament ainsi d'étendre les principes du dispositif censé assurer aux agriculteurs de meilleurs rémunérations (les lois dites Egalim de 2018, 2021 et 2022) « à l'ensemble des débouchés commerciaux, dont certains ne sont pas soumis, ou que partiellement, à leur application ». Il s'agit de la restauration hors foyer, a précisé le président de la Fnsea le 29 août, lors de la présentation du texte à la presse, ainsi que des grossistes, a-t-il ajouté le 12 septembre sur BFM-TV.
11% de la production agricole française
« Nous voulons que la sanctuarisation de la matière première agricole s'applique à l'ensemble des circuits de commercialisation », explique à La Tribune Jordy Bouancheau, membre du Conseil d'administration des Jeunes agriculteurs. Imposé par la loi Egalim 2, ce principe, qui interdit de remettre en cause le prix convenu entre le producteur et son premier acheteur, ne s'applique en effet à présent qu'aux négociations entre agro-industriels et distributeurs. Lorsque la loi a été adoptée, en 2021, ses partisans avaient préféré limiter leur bataille à ce terrain en raison de son poids pratique (85% de la consommation à domicile) et symbolique.
Trois ans plus tard, les agriculteurs prennent toutefois conscience de l'impossibilité de négliger l'importance, croissante, de la consommation alimentaire hors domicile, qui s'approvisionne essentiellement sur le marché du gros. Cette dernière représente 20% de la part de l'agriculture française consommée en France, soit 11% du total de la production agricole française, selon des chiffres de la Confédération des grossistes de France (CGF). Et sa part tend à augmenter avec le changement des rythmes et des habitudes alimentaires ainsi qu'avec l'expansion de la livraison à domicile.