L'annonce de Lactalis de réduire de 9% sa collecte de lait en France à l'horizon 2030 a provoqué « une déflagration », selon les termes d'Arnaud Rousseau, président du syndicat agricole majoritaire (la FNSEA). Très rapidement, elle a attiré sur le géant du lait les foudres de l'ensemble des représentants des agriculteurs, qui ont dénoncé « l'irresponsabilité du numéro un mondial vis-à-vis de la ferme laitière française » (Fédération nationale des producteurs laitiers, FNPL) et « une stratégie commerciale de mise en concurrence des éleveur·euses (sic) laitiers du monde entier » (Confédération paysanne). Au point que la toute nouvelle ministre de l'Agriculture, silencieuse depuis son discours de passation de lundi, s'est trouvée dans l'obligation d'intervenir :
«Il est nécessaire que tous, à l'amont et à l'aval, unissent leurs efforts et leur volonté pour défendre notre capital productif alimentaire, dans la filière laitière comme dans les autres. Ce sera ma priorité. J'attends de nos leaders industriels le même engagement et la même ambition pour la production alimentaire française», a déclaré, dans son premier communiqué de presse, Annie Genevard.
L'isolation du transformateur laitier risque-t-elle d'affecter l'ensemble de l'industrie agroalimentaire? La question se pose, tant le moment est sensible et compliqué pour cette dernière. Dans les prochaines semaines doivent en effet s'ouvrir les négociations commerciales entre les industriels et les grands distributeurs sur les grandes marques nationales qui, selon la loi, doivent se terminer avant le 1er février. Toujours très tendues, ces tractations le seront d'autant plus cette année que, après deux ans de forte inflation, les prix alimentaires commencent à retomber. Malgré leur souhait de préserver leurs marges pour continuer à investir, les industriels vont donc devoir batailler avec des distributeurs encore plus déterminés que d'habitude à obtenir une baisse de leurs tarifs.