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Ces microbes mangeurs de fibres qui séduisent des multinationales du textile

Photo de Marina Torre

Marina Torre

Publié le 10 février 2016 à 19:00

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Deux jeunes ingénieurs américains développent un procédé visant à fabriquer du tissu neuf avec de l'ancien grâce à l’action de micro-organismes. Du dénicheur de “licornes” Y Combinator à un fonds financé par Nike en passant par la fondation H&M, ça se bouscule en hauts lieux pour aider ces chiffonniers d’un nouveau genre.

Plutôt que de faire la chasse aux microbes, ils les cultivent. Akshay Sethi et Moby Ahmed, deux Californiens tout juste diplômés de l'université de Californie à Davis, n'ont entre les mains qu'une technologie balbutiante. Mais elle leur vaut l'intérêt de puissantes fées de la finance et de l'industrie textile.

Le principe ? Utiliser des micro-organismes capables de détruire des matières plastiques pour en tirer un nouveau type de matière première textile. Plus précisément, ils absorbent du polyester et "fabriquent" ainsi une nouvelle substance transformable en nouvelles fibres de tissu.

Mobi Ahmed, (à g.) et Akshay Sethi (à droite), les fondateurs d'Ambercycle se sont rencontrés sur les bancs de l'université de Californie à Davis (près de Sacramento). Ils ont remporté 250.000 euros dans le cadre du "Global Change Award".

Refaire du tissu

L'aspect révolutionnaire ne saute peut-être pas aux yeux. Pourtant, parce que d'immenses volumes de vêtements sont fabriqués à partir de matières mélangées, notamment du polyester et du coton, ils ne sont pas recyclables. Ils finissent donc le plus souvent leur -courte- vie dans des incinérateurs. Autant dire que leur empreinte carbone n'est pas des plus neutres.

D'où l'importance de pouvoir trier le bon grain de l'ivraie. Ce qui semble donc possible grâce au procédé breveté par les deux jeunes ingénieurs via leur entreprise, AmberCycle. Leur idée a même attiré l'attention de parrains de renom susceptibles de trouver, en se penchant sur leur berceau, l'occasion de promouvoir une image "verte".

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Sur le podium d'un concours en ligne

Ce 10 février, ils ont même reçu à Stockholm une dotation de 250.000 euros dans le cadre de la toute première édition du prix "Gobal Change Award" créé par la Fondation H&M. Cet organisme à but non lucratif financé par la famille fondatrice de la multinationale insiste pour afficher son indépendance vis-à-vis de l'entreprise dont elle porte le nom.

C'est elle qui fournit la dotation d'un million d'euros répartie entre cinq inventions finalistes de son concours d'innovations dans le textile durable. Le groupe, quant à lui, promet de mettre les vainqueurs en relation avec certains de ses grands fournisseurs susceptibles d'être intéressés. En outre, les entreprises distinguées sur 2.500 dossiers reçus auront droit à une place dans l'accélérateur du KTH, l'Institut royal de technologie de Suède.

Les microbes d'AmberCycle ne sont arrivés qu'en deuxième position. Les mieux lotis (300.000 euros) par les internautes appelés à voter sans connaître le nom des inventeurs ni leur origine géographique ont finalement été des universitaires finlandais. Eux ont trouvé un nouveau moyen de convertir des déchets de coton en nouvelles fibres réutilisables. Ils devancent d'autres concepts insolites, utilisant soit du jus d'agrumes soit des algues pour créer des fibres de tissus capables de remplacer les matières premières issues du pétrole.

Repérés par la Nasa et Y Combinator

Les deux Californiens quant à eux n'ont pas attendu le coup de pouce du géant de la distribution pour faire parler d'eux. En 2013, déjà, ils sont repérés par la plateforme "Launch" fondée par la Nasa, Nike et le gouvernement américain. A l'époque, ils évoquent surtout leurs microbes comme un moyen de détruire des bouteilles plastiques. Ils ont aussi reçu l'aide du "Y Combinator", l'accélérateur américain qui a couvé des entreprises valant désormais des milliards comme Airbnb ou DropBox.

Grâce à ce nouvel apport, les deux ingénieurs espèrent passer la vitesse supérieure, mais sont encore loin de la mise sur le marché de leur produit.

"Il nous faut désormais pouvoir vérifier si notre technologie qui fonctionne pour de petites quantités sera viable à très grande échelle. Les microbes ont déjà prouvé leur efficacité dans d'autres domaines. Nous espérons pouvoir faire fonctionner une usine d'ici trois à cinq ans", précise ainsi Akhsay Sethi.

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S'ils en sont capables, ils auront de quoi faire. Rien qu'en France, 2,5 milliards de pièces de vêtements (soit 600.000 tonnes), sont mises chaque année sur le seul marché... Dans le même temps, malgré le coût relativement élevé des procédés, l'offre de textiles recyclés progresse et rencontre une demande croissante. La part des consommateurs ayant acheté des vêtements à base de textile recyclé a même grimpé de 10 points en un an selon la Fédération du prêt-à-porter féminin.

Les données ci-dessus proviennent du bilan annuel de la Fédération française du prêt-à-porter dévoilée le 10 février.

Marina Torre

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