Exportation des céréales : La France récupère des marchés d’export en blé

La guerre en Ukraine crée des bouleversements au niveau des flux mondiaux d’exportation de céréales et des demandes supplémentaires sur les pays limitrophes. Sans compter l’envolée des prix irraisonnée qui affole les marchés et déséquilibre les entreprises au quotidien. Face à ces changements structurels, la filière céréalière française s’organise. Explications.

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(Crédits : Dijon Céréales)

Premier producteur et exportateur de céréales de l'Union européenne, 7ème exportateur mondial, la France joue un rôle important dans l'approvisionnement de la population mondiale en céréales. « Forte d'une valeur ajoutée de près de 17 milliards d'euros et 444.000 emplois de l'amont à l'aval, elle contribue à une économie nationale performante », indique l'interprofession céréalière, Intercéréales. Chaque année, ce sont plus de 50 millions de tonnes de céréales qui sont récoltées par plus de 245.000 exploitations en France. Environ 50% de cette production est destinée à l'export. « L'Ukraine - qui fait partie des cinq pays exportateurs mondiaux - n'ayant plus accès à ses ports est passé de 6 millions de tonnes exportées par mois, à seulement 1,5 million de tonnes », constate Franck Pasquiet, directeur trading de Cérévia, union de commercialisation des coopératives de l'Alliance Bourgogne Franche-Comté et Oxyane en Rhône-Alpes-Auvergne. « Cette modification des flux d'exportation et les envolées des prix irraisonnées est compliquée à gérer au quotidien pour nous en tant qu'opérateur », confie ce dernier. Sur les marchés traditionnels de Cérévia, tels que l'Italie, l'Algérie et l'Espagne, la demande augmente fortement cette année.

port de Fos-sus-mer

Les exportateurs se tournent vers les ports français

« La guerre en Ukraine a incité de nombreux exportateurs mondiaux, qui travaillaient avec la zone de la Mer Noire, à revenir sur l'origine des ports français car nous n'avons jamais fait défaut. Nous avons toujours livré en temps et en heure les marchandises de qualité attendue », remarque Victor Moulins, trader céréales et oléagineux chez la coopérative Dijon Céréales. À condition de rester compétitifs sur les prix car dans ce secteur, c'est toujours le moins cher qui primera chez des importateurs à l'économie fragile... Or tous les autres ports d'Europe de l'Est, limitrophes de l'Ukraine, comme Constanta en Roumanie ou Varna en Bulgarie, chargent et récupèrent même une partie de la marchandise ukrainienne. « Ces pays sont très compétitifs, sur le marché du blé notamment », précise Victor Moulins.

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D'après La Tribune de Genève, le port de Constanta, qui gérait 68 millions de tonnes de marchandises par an, doit assurer le transit des 150 millions de tonnes de cargaisons des ports ukrainiens, paralysés par la guerre. « Les ports bulgares, croates ou roumains restent aussi sûres que ceux de Rouen ou Fos-sur-Mer », souligne Franck Pasquiet

Autre facteur qui a favorisé les ports français : le coût du fret. Ce dernier a explosé au cours de l'année. « À certains moments, il était plus intéressant pour des pays comme l'Algérie d'acheter du maïs du sud de la France que de l'importer des pays d'Europe de l'Est via la mer noire », explique le directeur export de Cérévia. « C'est d'ailleurs toujours le cas actuellement », poursuit-il.

port de Fos-sus-mer

La France récupère le marché de l'Algérie

La campagne de commercialisation des céréales se déroule du 1er juillet au 30 juin. Celle-ci était donc déjà bien avancée quand le conflit entre la Russie et l'Ukraine a éclaté. « Nous avions déjà engagé la majorité des volumes donc cela n'a pas bouleversé toute notre campagne 2021/2022 », explique Victor Moulins.

L'an dernier, les récoltes de blé n'ont pas été à la hauteur des attentes car les intempéries de juillet avaient inondé des terres. Le blé meunier a donc été vendu en partie en blé fourrager - destiné à l'alimentation animale - à destination de l'Espagne. Cette année, même si la récolte s'annonce avec 10 à 15% de rendement en moins à cause des fortes chaleurs, des contrats ont déjà été signés avec l'Algérie. « Nous espérons que la qualité de nos blés nous permettra de remplir nos contrats car nous avons signé pour 50.000 tonnes direction l'Algérie », confie le directeur de Cérévia.

Historiquement, l'Algérie avait soumis un cahier des charges dont les caractéristiques techniques favorisaient les origines de l'Europe de l'Ouest.

« Sous pression des Russes qui pouvaient leur vendre un blé moins cher, les Algériens ont changé leur cahier des charges pour intégrer les qualités des blés russes de décembre à février », explique Franck Pasquiet.

Le conflit ukrainien est arrivé quelques mois plus tard et les Algériens ont été obligés de remodifier leur cahier des charges pour s'ouvrir davantage à l'Europe de l'Ouest.

« Cela nous a permis de retrouver de la demande sur l'Algérie cette année, même si à terme le marché sera de nouveau ouvert à la concurrence », souligne le directeur trading de Cérévia.

Tout repose donc sur la moisson 2022, très précoce en France et qui devrait être bouclée d'ici à 15 jours à 3 semaines selon les régions.

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