L'Italie interdit la production de viande artificielle

Le gouvernement italien a adopté un projet de loi visant à interdire la production et la vente d'aliments de synthèse, notamment la viande artificielle. En jeu, la sécurité alimentaire avec « de possibles effets nocifs liés à la consommation d'aliments de synthèse ».
Pour le gouvernement « il n'existe pas de preuves scientifiques » excluant « de possibles effets nocifs liés à la consommation d'aliments de synthèse ».
Pour le gouvernement « il n'existe pas de preuves scientifiques » excluant « de possibles effets nocifs liés à la consommation d'aliments de synthèse ». (Crédits : REUTERS/David Parry/pool.)

La viande artificielle ne devrait par garnir de sitôt les rayons des supermarchés italien. Le gouvernement ne veut en effet pas entendre parler des aliments de synthèse et a adopté un projet de loi en ce sens.

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Cette législation « est fondée sur le principe de précaution », a expliqué le ministre de la Santé Orazio Schillaci, à l'issue du conseil des ministres ayant donné mardi le feu vert à ce projet de loi. Selon lui, « il n'existe pas de preuves scientifiques » excluant « de possibles effets nocifs liés à la consommation d'aliments de synthèse », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Aux termes du projet, la violation de cette interdiction, qui vise en particulier la viande de synthèse produite en laboratoire à partir de cellules staminales d'origine animale, serait passible de plusieurs types de sanctions, notamment des amendes allant de 10.000 à 60.000 euros.

Une pression du secteur agricole

Coldiretti, la principale organisation professionnelle représentant le secteur agricole en Italie, a organisé mardi après-midi une « flash-mob » près du siège du gouvernement dans le centre de Rome pour dire « non aux aliments de synthèse ».

« L'Italie, qui est un leader européen en matière de qualité et de sécurité alimentaires, a le devoir d'être à l'avant-garde dans les politiques alimentaires pour défendre les citoyens et les entreprises », a affirmé son président Ettore Prandini, cité dans un communiqué.

Pour entrer en vigueur, ce projet de loi devra être adopté dans un délai de deux mois par le Parlement, qui aura la possibilité de le modifier durant ses débats. Cette annonce intervient alors qu'aucune demande de mise sur le marché pour ce type d'aliments n'a encore été effectuée dans l'Union européenne, et qu'il faudra vraisemblablement attendre au moins 2025 pour voir de tels aliments apparaître en rayons.

Déjà une réalité à Singapour, bientôt autorisée aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, la start-up Upside Foods, qui cultive des cellules animales pour produire de la viande sans tuer d'animaux, a reçu en novembre dernier un feu vert pour ses méthodes de fabrication de la part de l'agence en charge de la sécurité alimentaire aux Etats-Unis (FDA). La start-up Eat Just, concurrente d'Upside Foods, est la première à avoir reçu l'autorisation de commercialiser de la viande artificielle, à Singapour, en 2020.

Il est d'autant plus probable de s'attendre à une évolution des législations à travers le monde que, selon une étude de chercheurs américains publiée par la revue Nature climate change, « la poursuite des habitudes alimentaires actuelles dans le monde d'ici à la fin du siècle pourrait ajouter environ 1°C de réchauffement additionnel ».

L'essentiel de ce réchauffement est causé par des nourritures sources importantes de méthane : viande de ruminants comme le bœuf et le mouton qui éructent ce puissant gaz à effet de serre, ainsi que les produits laitiers ou le riz. Pour les chercheurs, « plus de 55% de ce réchauffement peut être évité en améliorant les pratiques de production agricole, en réduisant les déchets et en adoptant un « régime sain » ». Pour ce dernier point, ils se sont fondés sur des recommandations médicales en faveur d'une réduction de la consommation de viande - surtout la viande rouge - au profit d'autres protéines contenant moins de graisses saturées et de cholestérol.

(Avec AFP)