Les protéines au menu de la prochaine Commission européenne

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Dans l'Etat du Mato Grosso, au Brésil, la forêt amazonienne en feu le 25 août 2019, vue depuis des drones.
Dans l'Etat du Mato Grosso, au Brésil, la forêt amazonienne en feu le 25 août 2019, vue depuis des drones. (Crédits : Handout .)
Les feux qui consument la forêt amazonienne sont souvent déclenchés par des agriculteurs qui répondent à la demande croissante de soja. La France veut convaincre ses partenaires européens de l’intérêt de la souveraineté en protéines végétales de l’UE. Un article de notre partenaire Euractiv.

Les incendies en Amazonie ont mis un coup de projecteur sur la production agricole en Amérique du Sud, accusée de déclencher sciemment des feux dans le Cerrado, la savane brésilienne, pour ensuite l'exploiter. Des terres qui servent ensuite à produire du soja le plus souvent, voire du coton ou du maïs, que les pays membres de l'UE sont ravis d'acheter en raison de tarifs compétitifs. Les conséquences environnementales catastrophiques ont incité le président français à proposer de mettre en place une « souveraineté protéinique européenne », ainsi qu'à suspendre son soutien à l'accord commercial du Mercosur. Comme Greenpeace le soulignait noir sur blanc en juin dernier, « l'Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja ».

Car si l'UE importe la majorité de son gaz et de son pétrole, elle est aussi totalement dépendante des importations en matière de protéines animales : poules, vaches et cochons européens absorbent pas moins de 37 millions de tonnes de protéines végétales importées.

Consciente du problème, la Commission Juncker a commencé à se pencher sur le problème. Non pas en proposant de réduire la consommation de viande, qui est pourtant à l'origine du problème mais reste un sujet tabou. Mais en identifiant que « le soja représente un problème particulier, car l'autosuffisance de l'UE en soja n'est que de 5 % », comme le soulignait Phil Hogan l'année dernière.

Soja européen, tourteaux de colza : les alternatives

Le soja OGM planté sous les tropiques présente une productivité nettement supérieure au soja non-OGM que certains agriculteurs tentent de faire pousser en Europe.

« Il faudrait plus travailler sur les semences pour pouvoir en faire pousser en Europe », estime Arnaud Rousseau, président du groupe Avril, qui a aussi une ferme produisant du soja en Ile-de-France. En 3 ans, les surfaces de soja cultivées en France ont été multipliées par 10, pour atteindre 160.000 hectares, une goutte d'eau sur les 29 millions d'hectares exploités dans l'Hexagone.

En tant que responsable du premier groupe de biodiesel européen, il plaide surtout pour que les éleveurs choisissent de nourrir leur bétail et autres basses-cours au tourteau de colza plutôt que de soja.

« Il y a un peu moins de protéines, et les agriculteurs n'ont pas l'habitude, mais c'est tout à fait possible de développer cette filière », assure l'agriculteur, militant de la cause des protéines végétales auxquelles il associe une fonction alimentaire, et de souveraineté.

Mais même si la France, qui n'importe que 45 % de ses protéines végétales contre deux tiers pour le reste de l'Europe, tente de faire bouger les curseurs, notamment en raison de son rôle prépondérant sur le marché du biodiesel, produire en Europe toutes les protéines végétales nécessaires à l'alimentation des animaux, soit 43 millions de tonnes par an, dont 12 millions de tonnes de soja brésilien, n'est pas envisageable techniquement.

Et l'ambition française subite en matière d'indépendance alimentaire et  d'environnement se heurte à des enjeux politiques. L'agriculture n'est pas prioritaire et joue plus les monnaies d'échange, comme le montre la question de la crise sur l'accord Mercosur : la France, le Luxembourg veulent geler l'accord commercial, alors que l'Espagne et l'Allemagne, inquiètes de la fragilité de leur croissance et de leux exportations, souhaitent au contraire le conserver .

La question devra être tranchée par la nouvelle Commission, qui devra louvoyer avec un Parlement européen très préoccupé des questions environnementales sur sa gauche, et de croissance sur sa droite. Inquiet de préserver les forêts, le Parlement européen qui travaille déjà sur le sujet devra composer avec une majorité de droite divisée sur la question.

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Par Aline Robert, Euractiv

(Article publié le vendredi 30 août 2019, à 10:10, mis à jour:  11:12)

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a écrit le 01/09/2019 à 11:10 :
Les protéines au menu de la prochaine Commission européenne? Dites plutôt que c'est "Porte Ouverte" aux lobbies de l'alimentation et vente d'absolution!
a écrit le 31/08/2019 à 15:27 :
C'est du soja et de la viande contre des Airbus, de l'armement...
Tout est lié et c'est pour cette raison que pour le climat : C'est plié !
a écrit le 31/08/2019 à 10:12 :
Oui mais nos propriétaires des outils de production, des politiciens et des capitaux veulent toujours plus de dividences et pour ceci ont imposé un morbide dumping social et fiscal.

De ce fait on ne voit pas bien comment l'empire prévu pour durer mille ans serait en état de proclamer une quelconque souveraineté dont nous n'avons jamais vu la couleur si ce n'est financière.
a écrit le 31/08/2019 à 10:11 :
Oui mais nos propriétaires des outils de production, des politiciens et des capitaux veulent toujours plus de dividendes et pour ceci ont imposé un morbide dumping social et fiscal.

De ce fait on ne voit pas bien comment l'empire prévu pour durer mille ans serait en état de proclamer une quelconque souveraineté dont nous n'avons jamais vu la couleur si ce n'est financière.
a écrit le 31/08/2019 à 8:57 :
Dans le biodiesel il y aussi de l'huile de palme, très écologique car issu de plantes (mais "oblige" à déforester (pour gagner encore plus)). Le groupe Avril importe plus d'huile que Total ne devrait le faire(skandâle) mais c'est uniquement pour l'alimentation, rien pour les carburants ?
Si on n'achète plus rien au Brésil ayant trouvé une alternative pour nourrir les animaux, les chinois prendront la relève, ils ont de gros besoins. L'avenir n'est donc pas bouché, il faut encore mettre le feu comme disait Johnny. :-)
Réponse de le 31/08/2019 à 12:49 :
Nous ne sommes responsables que de ce que nous faisons nous-mêmes, nous n'avons pas à calquer nos actes sur ce que font les autres ou ce qu'ils feront peut-être.
Vous me faites penser à ces commerçants qui prétendaient qu'ils acceptaient les bons de nourriture des clochards en échange d'alcool parce que si, eux, ne le font pas, leurs concurrents le feront. Avec ce type de mentalité, jamais un quelconque progrès ne sera possible.
Il suffit de voir les habitudes des fumeurs des années 60-70 et de celles de ceux des années 2010, pour voir que quand on veut faire évoluer les choses, cela finit par fonctionner. Aujourd'hui, vous pouvez aller dans un amphithéâtre d'une université et ne pas être asphyxié par la fumée des cigarettes, vous pouvez même aller au restaurant sans être dérangé par la fumée, par contre, les gens parlent désormais de plus en plus fort, sans soucis des autres...

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