Automobile : les excellentes conditions d'emprunt du marché vont-elles durer ?

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Le groupe Volkswagen vient de lever la somme record de 8 milliards d'euros à un taux très avantageux. Cet emprunt illustre la fin de la défiance des marchés apparue au lendemain du scandale des moteurs truqués.
Le groupe Volkswagen vient de lever la somme record de 8 milliards d'euros à un taux très avantageux. Cet emprunt illustre la fin de la défiance des marchés apparue au lendemain du scandale des moteurs truqués. (Crédits : © Larry Downing / Reuters)
Volkswagen et PSA viennent de se refinancer sur les marchés à des conditions exceptionnelles. Les investisseurs saluent l'excellente santé du secteur et des ratios de rentabilité au plus haut. Ils estiment toutefois que les obligations d'investissements pourraient les empêcher d'aller plus loin dans leurs performances financières. À cela, il faut ajouter les velléités protectionnistes aux États-Unis qui font courir un risque majeur sur l'industrie automobile américaine...

Il est temps d'emprunter pour les constructeurs automobiles. Certains ne s'en privent pas. Volkswagen vient ainsi de lever le chiffre record de huit milliards d'euros sur les marchés obligataires. Il s'agit de la première émission de dettes du groupe automobile allemand depuis l'éclatement du scandale des diesels truqués et qui lui a déjà coûté 23 milliards de dollars.

Volkswagen améliore nettement ses conditions d'emprunt

Cette émission a rencontré un immense succès puisque celle-ci a été sursouscrite à hauteur de 22,5 milliards d'euros. Certes, le groupe a dû émettre un coupon au-dessus des taux d'intérêt en vigueur sur le marché (115 points de base sur la tranche à la plus forte maturité), mais il reste très en-dessous du spread en vigueur juste après le scandale des diesels qui était alors de 200 points. Soit une réduction d'écart conséquente.

Au final, le titre obligataire Volkswagen sera rémunéré 1,99% sur 10 ans. Ce qui est peu compte tenu de la maturité, et quand on sait que PSA a levé, quelques jours avant, 600 millions d'euros au taux de 2% sur une maturité pourtant plus courte (sept ans).

Cela montre que les marchés font de nouveau confiance à Volkswagen, qu'ils lui reconnaissent son statut de premier constructeur automobile mondial avec tout ce que cela implique sur les économies d'échelle. Ils reconnaissent également la résilience du groupe après l'onéreux épisode des diesels truqués. Volkswagen a vu ses ventes progresser en 2016 de quasiment 4% et le chiffre d'affaires de 2% à 217 milliards d'euros. La marge opérationnelle se maintient à un niveau élevé (6,7%).

Des marges au sommet !

D'une manière globale, le secteur automobile traverse une période plutôt bénie. Le marché européen a encore augmenté de 5% l'an passé, tandis que les marchés chinois sont en phase de redémarrage et les marchés sud-américains stabilisent leur chute. Le plus intéressant c'est que la croissance se fait de plus en plus sur la valeur que sur les volumes. Portés par des plans produits très innovants et dynamiques, mais également par des taux d'intérêt très avantageux, les consommateurs optent souvent pour des voitures avec les finitions les plus élevées. Renault, Citroën, Volkswagen... Toutes les marques constatent que leurs nouveaux modèles se vendent à des niveaux de finition plus élevés que les générations précédentes. Chez Peugeot, le 3008 se vend à 86% en finition haut-de-gamme. Des analystes estiment que ce véhicule afficherait une marge de près de 12% !

Mais paradoxalement, les marchés savent que cette situation ne va pas durer. Jeudi 16 mars, Groupama Asset Management a présenté ses perspectives sur le secteur automobile. Si la société de gestion d'actifs reconnait que tous les voyants sont au vert actuellement, il explique néanmoins que l'avenir devrait être moins rose. "Avec les nouvelles normes moteurs, mais également avec les nouvelles technologies liées à l'autonomie et la connectivité, les investissements vont s'accroître dans les années à venir ce qui mettra sous pression les flux de trésorerie", explique Alessandro Roggero, analyste spécialiste du secteur automobile chez Groupama AM. Autrement dit, il sera difficile pour les constructeurs d'aller beaucoup plus haut sur leurs ratios de rentabilité.

Prudence sur la rentabilité future

D'ailleurs, les grands acteurs du secteur sont de moins en moins bavards sur leurs objectifs de marge. Ainsi, Seat qui a publié ses résultats financiers la semaine dernière avec une belle marge opérationnelle de 5,7% a refusé de s'engager sur l'évolution de celle-ci. De même, Valeo s'est montré particulièrement prudent sur ses objectifs de marge après avoir pourtant revu en très forte hausse son objectif de chiffre d'affaires à horizon 2021.

La société de gestion d'actifs dit également regarder de très près l'évolution des prêts automobile aux États-Unis dont la part des prêts à risque est revenue à la situation d'avant-crise des subprimes. Sans être alarmistes, les analystes s'en inquiètent néanmoins dans un contexte de resserrement monétaire.

Un "risque Trump" menace l'industrie américaine

De plus, Groupama AM estime que le risque géopolitique a fortement augmenté sur le secteur. Du Brexit aux velléités protectionnistes de Donald Trump, le secteur automobile pourrait payer très cher les conséquences de telles politiques si celles-ci devaient s'accomplir. "Le secteur automobile est le secteur industriel qui sera le plus impacté au monde si on remet en cause les accords commerciaux", souligne Alessandro Roggero.

"L'Alena (le marché nord-américain qui comprend le Canada, les États-Unis et le Mexique, NDLR) a créé une chaîne d'approvisionnements transfrontaliers très intégrée et bien rôdée", explique l'analyste. "Une rupture des accords de libre-échange aurait de graves conséquences pour l'automobile nord-américaine. Il faut rappeler que 55% des véhicules produits au Mexique sont exportés aux États-Unis. De plus, le coût de la main-d'œuvre est d'environ 20 à 25 dollars dans les États du sud, moins chers que dans le nord, alors qu'il est de 5 à 8 dollars de l'heure au Mexique", abonde Alessandro Roggero.

Groupama AM rappelle que les usines américaines sont utilisées à 94% de leurs capacités de production, elles ne pourront donc pas rapatrier leur production mexicaine du jour au lendemain.

Au final, la société de gestion d'actifs estime que la conjoncture du secteur se porte bien, la perspective à moyen terme est moins optimiste. Pour autant, il n'y voit aucune fatalité. Charge aux constructeurs de faire mentir cette prophétie...

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a écrit le 29/03/2017 à 9:35 :
"Au final, le titre obligataire Volkswagen sera rémunéré 1,99% sur 10 ans. Ce qui est peu compte tenu de la maturité, et quand on sait que PSA a levé, quelques jours avant, 600 millions d'euros au taux de 2% sur une maturité pourtant plus courte (sept ans)."



La marge de Volkswagen qui inclut des marques HG porsche et premium Audi est à peine à hauteur des généralistes français et en intégrant les provisions du VWgate elle n' est plus que de 3,3 % contre 6,9 % pour PSA ...!

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