Comment les constructeurs auto se préparent à la disparition de la voiture en ville

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De nombreuses agglomérations et capitales européennes ont décidé de restreindre franchement l'accès de leur centre-ville... Et ce n'est que le début.
De nombreuses agglomérations et capitales européennes ont décidé de restreindre franchement l'accès de leur centre-ville... Et ce n'est que le début. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
C'est une tendance de fond, l'automobile n'est plus la bienvenue en ville. Les mesures prises par maintes agglomérations pourraient avoir un impact sur le business des constructeurs. Ceux-ci auraient manqué de capacité d'anticipation, y compris en matière d'évolution des comportements de consommation.

« Nous n'avons aucun interlocuteur avec qui discuter et réfléchir de la place et de l'avenir de la voiture dans la ville de demain », regrette Carlos Tavares, interviewé par La Tribune.

Mais de guerre lasse, le patron du groupe PSA n'a plus que ses yeux pour pleurer, car la tendance est désormais bien ancrée : la voiture n'est plus la bienvenue en ville. De nombreuses agglomérations et capitales européennes ont décidé de restreindre franchement l'accès de leur centre-ville... Et ce n'est que le début. Des axes fermés ou fortement restreints par des voies de bus, de trams ou des pistes cyclables... Mais ce n'est pas tout. Il y a également les nouveaux acteurs des mobilités alternatives qui ont d'ores et déjà préempté les nouveaux comportements de consommation, notamment en zone urbaine. Bref, l'avenir de la voiture en ville n'est pas tout rose.

Pour les constructeurs automobiles, cette perspective n'est pas anodine pour leur business, le risque pour eux étant d'avoir manqué une évolution sociétale. Ils s'étaient contentés d'observer les changements réglementaires à l'aune des resserrements de contraintes d'émissions polluantes. Ils avaient dès lors investi dans les technologies de dépollution et sur des motorisations zéro émission. Avec un certain succès d'ailleurs, puisque la quasi-totalité des grands groupes automobiles a désormais une stratégie dans le développement des motorisations vertes. La voiture électrique bien sûr, mais également l'hydrogène. Sur les motorisations thermiques classiques, ils ont déployé de nouveaux procédés tels que le downsizing, qui permet de réduire la taille d'un moteur sans altérer sa puissance, et ainsi de limiter sa consommation et ses émissions de polluants.

Des filtres à particules aussi pour les moteurs à essence ?

Mais ce sont surtout les équipementiers qui ont innové avec diverses technologies destinées à réduire la pollution aux particules fines, comme les filtres à particules, le SCR (Selective Catalytic Reduction ou réduction catalytique sélective), l'EGR (Exhaust Gas Recirculation pour recirculation des gaz d'échappement)... Cela a impliqué d'importants investissements. Tant et si bien que certaines catégories de voitures se retrouvent menacées, parce que leur modèle économique n'est plus valable dans de telles conditions. Les voitures du segment A (Twingo, 108 et C1) n'existent déjà plus en version diesel en raison des coûts liés aux technologies de dépollution.

La Commission européenne veut désormais imposer des filtres à particules sur les motorisations essence. Cette mesure pourrait signifier la fin du segment A. D'ailleurs, certains constructeurs en ont pris acte, à l'instar de Ford avec sa Ka+ qui prend quelques centimètres pour se placer face à une 208 ou une Clio, ou de Nissan dont sa Micra qui évolue également dans une configuration supérieure. Une autre hypothèse pourrait réserver le segment A à des motorisations exclusivement électriques, comme la Renault Zoé.

Le taxi-robot d'Uber pourrait réduire de 50% le parc auto en ville

Au-delà des problématiques environnementales, les constructeurs doivent également défendre leur position face aux mobilités alternatives. L'un des plus grands dangers qui les guette serait une généralisation du taxi-robot, le rêve d'Uber. D'après une étude du Boston Consulting Group, l'arrivée de voitures 100 % autonomes doit permettre à Uber de disposer d'un parc de taxis-robots fondé sur un autre modèle économique. Ces voitures seront utilisables 24h/24, donc mieux amorties. Selon cette étude, l'avènement du taxi-robot pourrait amputer les villes de 50% du parc automobile, et de 54 % de l'espace de stationnement. Pour les constructeurs, cela signifierait une véritable hécatombe en termes de ventes, même s'ils continuent d'affirmer que le modèle ne concerne que les agglomérations et n'est pas applicable en milieu rural ou périurbain.

Du constructeur automobile au fournisseur de mobilité

Enfin, la réalité de la menace pour les constructeurs automobiles serait une convergence entre mesures restrictives, nouveaux comportements et nouvelles aspirations des consommateurs, du moins pour ceux qui vivent en agglomération. Concurrencée par les mobilités alternatives, la voiture est devenue trop chère et perd son côté pratique en tant que vecteur de mobilité. « Le plaisir de la conduite est le critère qui recule le plus dans nos études de comportement des consommateurs », explique Guillaume Crunelle, associé au cabinet Deloitte et expert du secteur automobile.

Cette fois, les constructeurs ne peuvent pas se contenter d'investir dans des technologies, ils sont contraints de revoir leur modèle. Mais cela s'avère beaucoup plus complexe. Ils doivent totalement changer de paradigme et vaincre en interne les dogmes d'une culture industrielle centenaire. Impossible à réaliser du jour au lendemain. Certains groupes ont donc fondé des incubateurs et des fonds, afin de capter des startups capables de créer les ruptures de marché qu'attendent les consommateurs, tout en les maintenant à l'écart des lourds processus décisionnels qui étouffent la créativité et les initiatives atypiques. Pour l'heure, les constructeurs sont à la traîne... General Motors a bien investi 500 millions de dollars dans Lyft, le concurrent américain d'Uber, PSA a lancé tout un programme autour des nouvelles mobilités, Volkswagen a également déployé des projets en ce sens... Mais ils ne sont ni leaders, ni à la pointe de l'innovation dans ce domaine. Ils pourraient finir par dépenser des fortunes pour racheter des startups bien établies (Uber est valorisé autour de 70 milliards de dollars).

S'adapter avant les autres, c'est prendre de l'avance

Selon Guillaume Crunelle, cette révolution pourrait représenter une opportunité. « Ce qui est défavorable à l'automobile n'est pas forcément défavorable à l'industrie automobile... », philosophe l'expert, avant de préciser : « Il y a une réelle opportunité pour les constructeurs de repenser leur modèle et leur écosystème, et le fait que cela se passe surtout en Europe peut être favorable aux constructeurs européens qui auront pris les premiers, par la force des choses, des mesures pour s'adapter à ce nouveau contexte. »

« Cela risque d'être compliqué à court terme », confesse-t-il néanmoins, avant d'ajouter que « la vraie problématique des constructeurs, c'est la visibilité dans le temps ».

Autrement dit, le modèle actuel où il existe autant de réglementations que d'agglomérations avec des changements de braquets intempestifs est le vrai problème des constructeurs. Le salut de la mobilité en ville passerait alors vers la fin de ce clivage entre élus et constructeurs automobiles. Ou plutôt des « fournisseurs de mobilité », comme ils aiment désormais être rebaptisés...

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Commentaires
a écrit le 04/02/2017 à 12:37 :
Le downsizing, contrairement à ce qu'affirme votre article, n'a pas permis de réduire le volume des polluants, bien au contraire ! Il a seulement permis aux véhicules de consommer moins, et de ce fait, de produire moins de CO2, qui n'est pas un gaz polluant.

Mais c'est avec le downsizing que sont apparus les premiers moteurs à essence produisant autant de particules nocives pour la santé humaine que des moteurs diesel !
a écrit le 03/02/2017 à 7:49 :
Eliminer la voiture des villes c'est tuer les villes.
a écrit le 02/02/2017 à 21:09 :
Ce ne sont pas les fabricants de calèche et autres diligences qui ont inventé l'automobile. Il faut sans doute avoir un regard complètement neuf pour révolutionner un secteur, changer de paradigme.
Aux amoureux fous de la voiture en ville, je vous invite très vite à aller vivre dans les villes américaines, asiatiques ou moscovites...(A Moscou ils en ont désormais un périphérique de 2*8 voies, et il y a toujours autant de bouchons). Je garde bien volontiers le modèle de la ville européenne!
a écrit le 02/02/2017 à 20:46 :
Ben on arrive à un paradoxe étonnant dans nos grandes villes de province de l'ouest et peut être ailleurs, des villes faisant une chasse acharnée contre les voitures bouchon, bétonnage des derniers espaces de stationnement, paiement généralisés de parking, ce qui fait que les habitants des villes ne peuvent plus avoir de voiture.
D'un autre côté, pour la même raison de stationnement, les entreprises partent vers la campagne, et sans voiture pas de taf! (sans oublier la chasse aux permis à la mode).
Et finalement dans nos départements si on oubliait le chef-lieu, on aurait un taux de chômage similaire à l'Allemagne.
Pôle emploi d'ailleurs ne s'y perd pas, en plein centre au milieu de sa clientèle, pas dans les sous-préfectures!
La misère, le chômage, l'absence d'un moyen de transport capable de redonner de la dignité, un beau brulot pour nos élites, pour un peu de pseudo écologie on crée les paria de la République.
Et pas près de résoudre les problèmes d'intégration puisqu'on a fait fuir le travail.
Réponse de le 03/02/2017 à 8:26 :
Les entreprises fuient à la campagne ? La Défense, Boulogne - Issu, Marne la Vallée, Plaine Commune St Denis, Courtaboeuf, les principales zones d'emplois en France... Toutes près de Paris.
Réponse de le 03/02/2017 à 9:19 :
@ mr Guy Tall,
Je parlais de nos villes de l'ouest,
un exemple la ville du Mans 10,2 % de chômage qui est sans doute en dessous de la réalité vue les queues chez Coluche, , la ville de Sablé 8,2 % qui est sans doute au-dessus car ça peine à recruter, toutes les personnes n'ont pas envie de réellement travailler.
Pour votre 92, qui est sensée être le moteur turbo du département et de la région, 10,7% qui doit surement être bidonnée, ben c'est pas brillant, car ça aurait du être de l'ordre de 6%.
le 92 participe de 7 milliards de déficit de la balance commerciale soit un impact de 70000 chômeurs (1 chômeur pour 100000€).
Réponse de le 04/02/2017 à 12:40 :
Ce que vous dites de Sablé n'est pas tout à fait vrai. Il y a là bas des personnes qui n'ont pas envie de travailler mais qui sont très bien rémunérées. Et elles ont des voitures jusque dans les portes de leurs garages.
a écrit le 02/02/2017 à 20:22 :
Toutes ces considérations ne tiennent pas compte du souhait des parisiens qui veulent se déplacer en voiture et non prendre les transports en communs pas toujours sécurisés ni utiliser les AUTOLIB d'une saleté repoussante. Le socialisme, entre exploitation de la jalousie qu'il provoque et nivellement par le bas, s'ingénie à abaisser la France et sa capitale: création de bouchons, de pertes de temps, de pollutions pour mieux critiquer la voiture, semblant oublier que les constructeurs et les pétroliers ont faits d'énormes efforts et progrès depuis 20 ans. Les bobos continuent à se chauffer au bois et les écolos d'Allemagnes ont abandonné le nucléaire pour des centrales au charbon, source de pollution sur la France entière en périodes de vents d'Est.
Il faudra nous en souvenir lors des prochaines municipales.
Réponse de le 03/02/2017 à 8:40 :
"Les Parisiens veulent rouler en voiture" ? 60% des foyers parisiens n'ont pas de voiture. Et celle-ci ne représente que 7% des déplacements. Contre 54% à la marche. Cqfd ?
Réponse de le 04/02/2017 à 12:42 :
Vous voyez tout cela de très loin: les centrales à houille et à lignite existaient déjà avant la fin progressive du programme nucléaire allemand et elles ne brûlent pas plus de combustible aujourd'hui qu'à l'époque où l'arrêt du nucléaire a été décidé.
a écrit le 02/02/2017 à 18:09 :
Oui. Il faut bannir les automobiles des villes et les remplacer par des bicyclettes , des pousse-pousse et des déambulateurs.
Quand on décide d'une stratégie , il faut y mettre le paquet.
Note additive : Pardon , " El Paquete ". (Je suis mexicain.).
a écrit le 02/02/2017 à 17:38 :
Eh bien, pour ma part, je ne me prépare pas à la disparition de la voiture personnelle même en ville. Je trouve que c'est une des plus belles inventions et qu'elle offre à l'homme un espace de liberté incomparable. Sinon, pourquoi tous les élus qui paradent seuls dans leur berline ne prennent-ils pas un transport en commun, Uber, un vélo ou une trottinette pour tous leurs déplacements?
Réponse de le 04/02/2017 à 12:44 :
Elle prive aussi l'homme, et la femme, et surtout l'enfant, d'un immense espace de liberté tout autour de lui.
Réponse de le 05/02/2017 à 11:54 :
Conduire une bagnole, c'est se sentir viril.... D'ailleurs c'est toujours l'homme qui conduit, pas la femme. Le top pour se sentir viril, c'est la moto, parce que c'est gros entre les jambes...
a écrit le 02/02/2017 à 15:02 :
Je ne suis pas un farouche partisan du tout automobile, mais ici dans ma municipalité (92) on assiste à une densification de la population demandé par une autorité d'"experts" non élus qui prône l'éradication de la voiture : les nouvelles constructions sont pratiquement sans parking (ce qui pourrait être un bien), hélas, il n'y a que peu de commerce de proximité et les moyens de transports alternatifs sont faibles alors comment faire ses courses déjà que ne ne sors plus : ciné, théâtre, resto et qu'il n'y a aucun espace vert.
C'est bien beau de décréter le "sans voiture" mais il faudrait aussi tout repenser en terme de vie de tous les jours et là les experts pédalent dans la choucroute, la semoule, ...
a écrit le 02/02/2017 à 11:53 :
Dans les pays asiatiques ce sont bien des petits véhicules électriques type trotinettes y compris pliables qui sont en forte croissance. C'est complémentaire aux véhicules autonomes type taxis-robots Uber cités dans ce très bon article ou aux scooters de Cityscoot. BASF a une filiale (e-floating) qui développe l'auto-partage de ce type de "trotinettes" électriques 3 roues. Ensuite il y a pas mal de véhicules électriques professionnels en autopartage. Il ne faut pas oublier non plus les véhicules électriques vendus et montés en open-source. Les chinois en vendent en Afrique notamment qui intègrent en plus le solaire. Il y a d'ailleurs des programmes européens pour ce type de véhicules.
Réponse de le 03/02/2017 à 7:14 :
C'est vrai, j'habite Seoul depuis 20 ans, toujours tres etonne de voir des memes de 70 piges voire 80, faire leurs courses avec sac au dos et repartir en trotinette.
Siderant !
a écrit le 02/02/2017 à 11:49 :
D'un autre coté avec les 4X4, ils ont déjà anticipé la disparition des routes !
a écrit le 02/02/2017 à 11:02 :
D’après les derniers chiffres de l’INSEE, en fait toutes les grandes villes (sauf Marseille) perdent des habitants. Le péri-urbain a de l’avenir, ainsi que les villes moyennes ouvertes à la circulation, avec rocade et bonne liaison routière. Ceci est un simple problème d’optimisation de flux, classique de la recherche opérationnelle.
Car le moteur de l’économie c’est la circulation des personnes et des biens ; ce n’est pas par hasard s’il y a plus d’un milliard de voitures sur Terre.
Ce sont les mégapoles qui n’ont plus d’avenir, elles ne sont plus viables. L’autophobie ne fait qu’accélérer le processus.
Réponse de le 02/02/2017 à 11:47 :
Absolument d'accord. La congestion des métropoles est supportable tant qu'elles restent pourvoyeuses d'emplois et que la vie quotidienne y reste supportable. Le deuxième point est de moins en moins vrai. Quant au premier, avec la globalisation, les technologies de l'information, et la raréfaction des emplois "physiques", il a sérieusement du plomd dans l'aile. L'offre des transports en commun étant par ailleurs de plus en plus pourrie, l'exode urbain sous nos contrées est inéluctable.
a écrit le 02/02/2017 à 10:44 :
Personne pour qui parler ?

Il suffit de lever la tête.
Quand la voiture est rare c'est un luxe quand il y en a partout c'est une contrainte.

Le problème de la voiture c'est qu'elle est individuelle et que la politique de vente de masse sature les infrastructure.

La voiture et les constructeur ne sont portés que par les investissements publics dans les infrastructures.

En un sens on peut mêmes dire que les constructeurs vivent aux crochets des Etats.

Il est temps de remettre les personnes et la nature au centre et de reconsidérer les notions de transport et de déplacements.

Pour M Tavares qui ne sait pas à qui parler, disons qu'un peu de prospective ne lui ferait pas de mal et qu'il existe une école française de prospective.

Pour la marque peugeot une idée proposer une gamme de véhicules électriques de la trottinette au camion autonome... Que Peugeot reprenne le développement de moteurs et de batteries ou de moyens d'énergie.
a écrit le 02/02/2017 à 10:23 :
Proposée en cette 5eme semaine de l’an 2017 la dernière chronique mise en ligne sur la webradio webtv indépendante AWI sous le titre : " AMENAGEMENT DE TERRITOIRES ET CONSTRUCTION CHERCHENT ACTIVITES D’AVENIR INNOVANTES" qui a valeur de petite annonce appellent quelques explications.
Patrick Gorgeon, journaliste, vous entraîne en 2050 dans la première Smart capitale au monde qui tenait du grand pari.
a écrit le 02/02/2017 à 9:24 :
Parce que c'est la faute des politiques?! Les millions d'€ gagnés par Tavares et Ghosn ne justifieraient ils pas une once de pro activité de la part de ces groupes? Bah non faut attendre que ce soit interdit pour bouger... triste Etre humain
a écrit le 02/02/2017 à 9:03 :
entre le tout voiture et le zero voiture, y a un monde
tt est question de dosage
il est cependant tres difficile de prevoir ce qu'un politicien peut avoir dans la tete et va mener comme projet surtout quand il change d'avis 10 ans plus tard quand il se rend compte de son idee...

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