Mythes et réalités de la voiture autonome

 |   |  986  mots
NuTonomy, le premier service de taxi autonome au monde.
NuTonomy, le premier service de taxi autonome au monde. (Crédits : DR)
Pour les constructeurs automobiles, la voiture autonome pourrait acquérir le statut de technologie de rupture, potentiellement explosive pour tout le secteur. Il semblerait toutefois que l'avènement d'une ère de voitures entièrement autonome ne soit pas pour demain, comme le laissent entendre les constructeurs, mais également d'autres entreprises...

Quel constructeur n'a pas encore donné l'agenda de son programme de voiture autonome ? Ils sont rares... La quasi-unanimité des groupes automobiles a déjà indiqué qu'elle serait prête aux alentours de 2020. Autant dire demain ! D'ores et déjà, des marques commercialisent des systèmes proches de l'autonomie. Ainsi, il est déjà possible de conduire en lâchant le volant. La voiture est en mode régulateur de vitesse adaptatif, c'est-à-dire qu'elle module sa vitesse en fonction de la voiture précédente, et elle suit les lignes au sol pour prendre les virages. Ces systèmes embarquent des batteries de capteurs et de logiciels de calcul pour assurer la conduite du véhicule.

Les constructeurs ne sont pas les seuls à parier sur la voiture autonome. Uber mise également beaucoup sur cette technologie. L'entreprise vient de racheter Otto pour 700 millions de dollars, afin de mettre la main sur une expertise visant l'autonomie des véhicules de fret. Elle a également signé un accord à 300 millions de dollars avec Volvo pour développer la voiture autonome. Enfin, la société spécialisée dans le transport de personnes avec chauffeur a lancé une expérience dans les rues de Pittsburgh avec des voitures totalement autonomes - du moins en théorie, mais cela reste expérimental, il y aura donc deux personnes à l'avant pour relever les diverses informations. Uber voulait être pionnier en la matière, mais n'avait pas vu arriver la société singapourienne nuTonomy qui lui a damé le pion en mettant en place, en août dernier, le premier service de taxis autonome au monde. À Paris même, c'est la RATP qui annonce des minibus sans chauffeurs, en essai pendant deux ans.

« C'est le sens de l'histoire »

Pour les analystes, il n'y a plus de doutes, le monde avance irrémédiablement vers l'avènement de la voiture autonome. « C'est le sens de l'histoire », philosophe un analyste automobile. Pour le Boston Consulting Group, la généralisation de la voiture autonome va lourdement affecter l'industrie automobile, avec des parcs en baisse de près de 50%. Le business model échafaudé par Uber vise à rendre l'utilisation des robots-taxis moins chers que la propriété d'une voiture. Et d'évoquer des prévisions hallucinantes sur la baisse drastique de l'accidentologie (-90%), de la pollution (-80%) ou encore du trafic.

Bref, la voiture autonome fait rêver... Mais la réalité est beaucoup plus complexe.

« Il faut des années de travail, de maturation des technologies et de leur validation confrontée aux multiples scénarios possibles et de mise au point des systèmes », nous explique un haut cadre de l'industrie automobile.

La visibilité sous la pluie qui dissimule les lignes au sol, le brouillard, le marquage au sol inexistant... L'accident mortel en Floride d'un homme conduisant sous Autopilot - le système de conduite semi-autonome de Tesla - est là pour le rappeler. Dans ce cas précis, Autopilot a été incapable de distinguer un camion blanc du ciel particulièrement dégagé et n'a donc pas anticipé l'obstacle. Il faudra également résoudre le fameux « dilemme » moral d'une intelligence artificielle : l'ordinateur de bord doit-il, en situation d'extrême danger, sauver un groupe de piétons au risque de tuer les passagers du véhicule, ou sauver les passagers en sacrifiant les piétons... Un choix qui ne peut être assumé par un système froid et déshumanisé. En clair, les systèmes d'autonomie n'ont pas encore la capacité de se substituer totalement à l'homme. Cela serat-il possible en 2020 ? Pas certain !

Les constructeurs travaillent avec les équipementiers pour améliorer les capteurs. Les équipementiers, eux, s'allient avec l'industrie aéronautique pour leur chiper des technologies sur les cartographies, les radars, sonars et lasers et ainsi améliorer la visibilité et l'appréciation des obstacles. Les grands groupes automobiles investissent dans l'intelligence artificielle, comme BMW qui lorgne toutes les startups qui font des avancées dans ce domaine. Mais tout est encore à l'état de recherche et de concepts. Les technologies ne sont ni matures ni validées en terrain réel, c'est-à-dire en dehors de circuit extrêmement balisés et sécurisés.

Automatisée plutôt qu'autonomes

« Ce qui se dessine, c'est l'avènement de voitures automatisées plutôt qu'autonomes », relativise Guillaume Crunelle, associé et expert automobile au cabinet de consulting Deloitte.

Ainsi, 2020 pourrait être l'avènement de voitures plutôt semi-autonomes, où le volant sera toujours présent et le regard du conducteur toujours orienté sur la route.

Il sera alors probablement possible de confier la gestion des embouteillages à la voiture. Pratique en milieu urbain... Et surtout très lucratif, puisque ce sera l'occasion pour les conducteurs de s'occuper autrement, avec des services embarqués payants, espèrent les constructeurs - mais surtout les Google et autres Apple... Cette première étape pourrait alors suffire aux constructeurs dans leur recherche de différenciation, mais également de monétisation de services supplémentaires. Uber, lui, pourrait ne pas s'en contenter et devrait poursuivre le développement de la voiture 100% autonome. Mais pour Hadi Zablit, directeur associé au Boston Consulting Group, les constructeurs pourraient voir une autre dimension contraignante :

« Cela prendra peut-être du temps, mais les choses s'accéléreront lorsque des pouvoirs publics, notamment municipaux, décideront de prendre des mesures fortes. Ainsi, on imagine aisément des agglomérations imposer fortement dès 2025 la possession privée des voitures, ce qui encouragera immanquablement l'essor des robots-taxis ».

De son côté, Guillaume Crunelle juge que plus rien ne pourra arrêter le processus, mais que le tempo indiqué par les constructeurs n'est pas le bon :

« Nous croyons à la transformation sociétale à travers l'avènement de la voiture autonome. Des choses irréversibles ont été enclenchées, mais ce sera plutôt pour 2030».

Pour d'autres, la voiture 100 % autonome s'imposera, mais celui qui connaîtra cette ère ne serait pas encore né...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/10/2016 à 9:34 :
Tout impose l'avènement de la voiture autonome et notamment le fait que le principal risque d'une voiture est son chauffeur / chauffard...
Je pense,contrairement à cet article, que d'ici 10 ans nous serons passés à l'ère de la voiture 100% électrique et autonome dans les pays riches
a écrit le 07/10/2016 à 8:28 :
La fin de l'automobile est proche.
L'ère de l'auto mobile apparaît.
Vive l'automobile !
L'homo automobilicus n'aura pas eu le temps d'arriver à maturité.
a écrit le 06/10/2016 à 23:11 :
Vive la voiture! Elle est la liberté! Je ne comprends pas que l'on puisse l'accuser de tous les maux sauf si l'on est snob écolo et adepte de la régression!
a écrit le 06/10/2016 à 22:58 :
J'ai déjà une voiture automatique, une Peugeot 2008, avec beaucoup de facilités intégrées que l'on peut ou non utiliser. Elle est vraiment très agréable et confortable, mais je n'ai aucune envie d'un véhicule qui prenne tout en charge quand j'ai envie de le faire moi-même et que je le peux.
a écrit le 06/10/2016 à 17:58 :
Cela fait des années que je rêve d'un monde où la voiture ne nous appartient plus, que vous pouvez l'avoir à la demande, mais que celle-ci circule sur rails.
Mais voilà, mon rêve est sans doute irréaliste. Il n'y a pas un jour où je ne croise un chauffard. Je ne supporte plus cette catégorie de conducteurs. Et si, malheureusement on vit dans un monde où tous nos fais et gestes sont dorénavant contrôlés, c'est bien à cause de toutes les personnes indisciplinées. Tout le monde est puni.
Réponse de le 06/10/2016 à 23:00 :
Une voiture sur rail, c'est le tramway!
a écrit le 06/10/2016 à 16:00 :
C'est un procédé intéressant mais surtout pour les bus et camions dans un premier temps. Mais c'est aussi une façon de ne pas accélérer l'arrivée du solaire dans l'automobile qui permet de réduire d'un facteur 10 les batteries, d'augmenter d'un facteur 3 à 4 l'autonomie mais qui réduit aussi le prix des véhicules, la maintenance, la main d'oeuvre et les vente de carburant ou d'électricité. Donc on ne se presse pas comme d'habitude, sauf que d'autres sont en train d'arriver sur le marché comme le chinois Hannergy Solar, l'australien EVX Ventures, l'allemand Sonomotors etc. et d'une certaine manière également Tesla avec Solarcity.
a écrit le 06/10/2016 à 14:21 :
La voiture autonome, pourquoi pas, mais des ingénieurs Chinois ont fait joujou avec une Tesla, ce que la presse dans son ensemble c'est bien gardé de diffuser.
Le PDG de PSA, qui a testé des véhicules sur plus de 60 000 km affirme que la technologie ne sera pas fiable avant de nombreuses années. Il a dit, lors d'une interview, qu'il est plus complexe de faire circuler une voiture autonome que de faire voler un avion en automatique.
Mais cela sera au point, un jour, dans dix ans, dans vingt ans, il est inutile de se précipiter.
a écrit le 06/10/2016 à 12:42 :
Les beaufs ne pourront plus se pavaner avec leur bagnole ? L'industrie automobile va avoir du mal !
Réponse de le 06/10/2016 à 23:02 :
Vous planez déjà dans les hautes sphères?
a écrit le 06/10/2016 à 9:37 :
Les impératifs sécuritaire font qu'il est devenu barbant de conduire une voiture...
Autant qu'elle soit autonome et penser à autre chose. Du coup je ne partage pas du tout la conclusion d'un pessimisme bien français ou d'une ignorance délibéré "la voiture 100 % autonome s'imposera, mais celui qui connaîtra cette ère ne serait pas encore né". Au moins le conditionnel à été utilisé...
Pour illustrer, ce mois ci, la Californie vote une loi permettant les conducteur sans permis de conduire de conduire une voiture autonome (et fait c'est la voiture qui devra passer le test au nom de tous !)...
Sans doute l'auteur est aussi moniteur d'autoécole, car la la voiture 100 % autonome de masse, c'est bien pour 2025-2030 !!

Par contre des bus sans chauffeur, ça oui c'est l'angoisse ! C'est vraiment le dernier élément du puzzle, une fois la confiance bien établi en cette technologie, donc dans longtemps...
Réponse de le 06/10/2016 à 10:48 :
Ah bon vous êtes pour la voiture sans chauffeur mais contre le bus sans chauffeur ?

Elle est où là la logique svp ? Merci.
Réponse de le 06/10/2016 à 16:03 :
Les bus sans chauffeur font 20 à 30 km/h actuellement. Le risque d'accident grave est très minoré d'autant qu'il n'y a pas beaucoup de passagers et çà permet d'avoir des bus de nuit et pas de grèves.
Réponse de le 07/10/2016 à 9:50 :
Moins de chauffeurs, plus de chômage, moins de pouvoir d'achat et donc enfoncement un peu plus dans la crise.
Réponse de le 07/10/2016 à 17:13 :
"vous êtes pour la voiture sans chauffeur mais contre le bus sans chauffeur"

Ben oui, d'un point de vue marxiste, le premier libère un consommateur tandis que le deuxième détruit un emploi, non??

Sinon, en voiture on peux toujours (en tout cas ce serait souhaitable) reprendre le contrôle en cas de problème, par contre qui fait quoi dans un bus déficient ou cyber-attaqué?

Franchement, le véhicule autonome oui, mais sans contrôle possible de l'humain, en dernier ressort, niet !
Le bus sans chauffeur 'aucun' est donc une chimère. Si ça doit être rentable, les bus disparaitrons au profit de taxi sans chauffeur, mais avec des frein d'urgence ;-)
a écrit le 06/10/2016 à 9:25 :
La voiture autonome tous les constructeurs y vont, à reculons.
Il y a à cela deux bonne raisons:
Si l'automobile ne la fait pas un nouvel entrant des GAFA la fera donc pas le choix.
Par contre lorsque la technologie sera en place personne ne sais combien de voitures devront être produites chaque année et dès lors combien il faudra fermer de chaines.
Réponse de le 06/10/2016 à 18:38 :
Les voitures feront toujours +/- 300,000 kms avant destruction, ce qui changera c'est l'age de la retraite, mais on en produira toujours autant....
Voir plus, vu que la co-propriete, la conduite sans permis, les deficients visuel (ou le 4eme age), etc va elargie grandement le panel d'utilisateurs !
Bref vous posez un probleme completement faux, mais tout le monde tombe dedans, sauf les constructeurs qui n'y vont pas a reculons
Réponse de le 06/10/2016 à 22:39 :
Et bien heureusement que vous êtes au courant parce que dans l'industrie automobile (J'ai 15 ans dans le domaine et un bon réseau) on entends tout et son contraire de votre position à celle ou on aura 300 voiture par mille habitants et la production qui va avec.
Au fait une voiture bien entretennue par un flotte fonctionant dans des conditions optimisée et acheté selon des critères de durée de vie par un client capable d'imposer ses désiderata elle fera combien de milliers de kilométres? 50/300/500?
a écrit le 06/10/2016 à 8:52 :
Merci pour cette mise au point, il est temps de calmer les fantasmes des financiers et les ardeurs de leurs spéculateurs.

Malgré les affirmations des hystérique néolibéraux, nous ne sommes pas près encore de voir une voiture conduire toute seule.

Ces gens là sont complètement déconnectés de la réalité, totalement à côté de la plaque.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :