Renault : faut-il nationaliser l'ex-Régie ?

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(Crédits : STEPHANE MAHE)
Déjà fortement fragilisé avant la crise du coronavirus, Renault pourrait être contraint de se tourner vers l'Etat français en cas de rupture de trésorerie...

"Des nationalisations si nécessaire". Le mot du Premier ministre et du ministre de l'économie est clair : l'Etat français sauvera ses fleurons industriels contre la crise du coronavirus, quoiqu'il en coûte. Sur les marchés, tout le monde pense à Air France-KLM, particulièrement frappé par la crise du Coronavirus, contraint d'immobiliser l'essentiel de sa flotte... Un deuxième nom apparaît, celui de Renault. Le groupe automobile français est entré dans cette période de crise déjà fortement fragilisé. L'arrêt de la production, le confinement de trois pays clés (France, Italie, Espagne) pourraient lui coûter extrêmement cher. En 2019, ces trois pays ont réalisé 29% des ventes du groupe. Mais avec la fermeture de tous les sites en Europe, la moitié des ventes est frappée.

Catégorie spéculative

En février déjà, plusieurs brokers avaient émis des doutes sur la trésorerie de Renault sur un exercice "normal". Citi avait invoqué le risque que le constructeur soit à court de cash dès le courant de cette année. Clotilde Delbos, directrice général par intérim de Renault, et accessoirement son ancienne directrice financière avant le renvoi de Thierry Bolloré en septembre dernier, avait assuré lors de la présentation des résultats financiers mi-février qu'il n'y avait aucun risque de trésorerie puisque Renault disposait encore de 16 milliards d'euros de réserve de liquidités (dont 12,3 milliards de trésorerie et équivalent et 3,5 milliards de lignes de crédit disponible). En outre, le constructeur dispose d'actifs sonnants et trébuchants qui lui permettent d'asseoir son bilan sur des sous-jacents robustes, tels que sa participation de 43% dans Nissan. En vain, puisqu'une semaine plus tard, Moody's décidait de dégrader la note financière de Renault le plaçant en catégorie spéculative. Standard & Poor's, de son côté, s'est contenté de dégrader sa perspective sur le titre, autrement dit, un ultime avertissement avant de basculer également en catégorie spéculative. Le fait de passer dans cette catégorie expose Renault à des difficultés de financement sur les marchés.

Avec la crise du coronavirus, la menace d'une trésorerie à sec se précise... Sans vente, il n'y a plus de cash. Et mêmes fermées, les usines consomment du cash... Les mesures de chômage technique pris en charge par l'Etat pourraient également ne plus suffire. Le cours de Bourse de Renault ne cesse de s'effondrer. Il a perdu 26% de sa valeur depuis une semaine et le début du "CoronaKrach", soit davantage que les pertes du Cac 40 (-18%). Et surtout, le titre s'est effondré de près de 64% depuis le début de l'année (-37% pour le Cac 40), soit le signe d'une défiance des investisseurs antérieure à la crise.

Une augmentation de capital ou une nationalisation ?

Renault pourrait donc être rapidement contraint à chercher des financements, et il se pourrait que les conditions du marché lui interdisent d'emprunter à des taux compétitifs. L'Etat français serait alors l'ultime recours. Avec Carlos Tavares, PDG de PSA, Jean-Dominique Senard, président de Renault, s'est entretenu par téléphone avec Bruno Le Maire ce mercredi après-midi  pour faire le point sur la situation au lendemain de l'appel de Luc Chatel en faveur d'un plan de relance pour la filière automobile. D'après nos informations, l'hypothèse d'une nationalisation de Renault ou d'une augmentation de capital prise en charge par l'Etat était sur la table.

Toute la question est de savoir dans quelles conditions un tel scénario serait accepté par Nissan. Ce partenaire et allié a toujours été allergique aux velléités de contrôle de l'Alliance prêtées à l'Etat français. L'épisode de la montée dans le capital en 2015 dans le cadre de la loi Florange a laissé des traces dans les relations entre les deux partenaires. Dans les circonstances actuelles, l'Etat pourrait néanmoins agir en bonne intelligence avec Nissan pour convenir d'une prise de participation provisoire. Mais ce ne sera pas simple à gérer...

Clio et Captur coupés dans leur élan

Ce qui paraît désormais certain, c'est que Renault est passé du statut de groupe fragilisé depuis la chute spectaculaire de Carlos Ghosn en novembre 2018, à un stade de grande vulnérabilité au moindre aléa de marché. Le constructeur comptait sur le bon démarrage des nouveaux Clio et Captur pour se relancer en Europe grâce à ces deux modèles largement leaders depuis plusieurs années maintenant. Ces deux modèles devaient résoudre en partie les problèmes de trésorerie car ils sont situés sur des segments à forts volumes et surtout, ils sont largement montés en gamme, ce qui permettait de dégager davantage de profits sur chaque vente. La crise du Coronavirus vient de doucher les espoirs de rebond du groupe, à court terme en tout cas...

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Commentaires
a écrit le 19/03/2020 à 22:46 :
La c'est le risque de voir tomber Renault dans l'escarcelle d'un grand constructeur solide comme Ford car l'avance en électrique par rapport à la concurrence est considérable, j'ai vu les exhibitions des méganes électriques au Mans il y a déjà "10 ans!", c'était fantastique, voir ça c'était se dire que le futur ne pouvait être qu'électrique.
La zoé n'est qu'une très très pàle copie de la mégane de 2010, ces méganes faisaient des danses des acrobaties qu'aucune essence n'est capable de faire avec des sacrés pilotes.
Il y a surement plein les cartons du centre d'essais et du bureau d'études capable de révolutionner l'automobile mondiale.
a écrit le 19/03/2020 à 22:29 :
Renault ça suffit les perfusions ! et pourquoi ne pas en profiter pour liquider ce résidu de la CGT ?
a écrit le 19/03/2020 à 19:09 :
Bonsoir,
les traités européens interdisent toute nationalisation alors pourquoi perdre votre temps?
a écrit le 19/03/2020 à 17:20 :
On se demande si on a affaire à une bande de crimminels ou d'incapables, dans ce gouvernements de zozos... Tous les commentaires vont dans le même sens , que ce serait encore une erreur, nationaliser un bras kc, qui fabrique en dehors de la Fr-ange , et alors? Ils sont au niveau moins zéro ces branquignols de l'éco-comique.
De plus, Micron , là Maire des inepties en continu, n'ont rien appris de leur mésaventure sur l'alliance avec Nissan. L'affaire Ghosn est arrivée parce que ces incompétents voulaient le faire en douce,,, avec les résultats que l'on connaît!
Nissan et le gouvernement Japonais n'accepteront JAMAIS un truc de debile de ce niveau. Ce sera la fin de l'alliance, et la fin de Renault, qui n'a plus qu'un capital de 3eme zone, et des fabrications de voiture du futur troisième monde... La France, grâce à des incompétents , va bientôt en faire partie.
Déjà qu'il semble que ce gouvernement avec son Prez d'opéra comique ment sur la situation face au coronavirus, il en rajouterait une couche en ruinant la Fr-hahaha.
De comique, on devient crimminel. Attention à l'après corona,,,les têtes vont tomber!
a écrit le 19/03/2020 à 16:03 :
La fragilité de Renault ne date pas de la chute de Ghosn: cela fait déjà plus de 4 ans que sur une dizaine de lignes de produit que constitue la gamme Renault, seuls 2 se vendent, soit Clio et Captur!
a écrit le 19/03/2020 à 14:16 :
Est-il vraiment raisonnable d’utiliser l’argent des contribuables pour prendre le contrôle d’entreprises qui une fois aux mains de l’Etat se révèlent la plupart du temps moins bien gérées qu’une entreprise restées dans le secteur privé !!! Il faut surtout régler le problème de recapitalisation de ces entreprises reposant sur des stratégies solides....
a écrit le 19/03/2020 à 14:15 :
Nationaliser n'est pas la solution car il faut éviter une gouvernance par Bercy.
Il faut un appui temporaire en trésorerie et une protection du capital pour éviter les achats spéculatifs car la valeur boursière est aujourd'hui largement inférieure à la valeur de l'actif net.
Mais en contrepartie, Renault doit s'engager sur un maintien des sites de production français. Toyota sait faire, pourquoi pas Renault ?
a écrit le 19/03/2020 à 3:13 :
Nationaliser une entreprise qui a externalise la majeur partie de sa prod ! C'est en France.
Le contribuable paiera, il croit dans les promesses gouvernementales.
a écrit le 18/03/2020 à 21:18 :
Renault sait bien fabriquer des filtres à nano-particules pour l'échapement des véhicules. Pourquoi l'Etat de passerait-il pas un marché public pour fabriquer des masques de confinement portable et mobile pour tous les habitants de France. Le coronavirus resterait piégé à l'émission dans les masques. Le pays cesserait d'être paralysé par les ordonnances gouvernementales condamnant les habitants à l'immobilisme et à l'impuissance jisqu'à la mort. Ils pourraient continuer à vivre libres de leurs mouvements sans danger pour les autres, à échanger, à travailler et à créer de la valeur.
Réponse de le 19/03/2020 à 8:36 :
Je peux avoir un masque en inox avec un double échappement sport?

Blague à part, l'idée est excellente d'autant plus que le virus est exterminé à 60 °C et qu'il est possible de fabriquer des masques en tissu réutilisables de type chirurgical.

Pour les FFP2 c'est plus compliqué, il faudrait que le masque garde sa capacité de filtration à l'aspiration après un lavage... compliqué avec un textile.

Mais déjà si la population pouvait garder ses virus pour soi-même ce serait un bon début. Ensuite le fait de porter un masque constitue un rappel permanent pour le porteur, qui reste vigilant plus longtemps.
a écrit le 18/03/2020 à 20:23 :
Les problèmes de Renault ont commencés il y a plusieurs années à cause des mauvais choix stratégiques pris par M. Ghosn et de son obsession irréfléchie d'être celui qui vendra le plus de véhicules. Maintenant il va falloir en payer le prix.
Réponse de le 19/03/2020 à 22:37 :
et sa politique de l'innovation : faire juste un peu mieux que la concurrence, après ça coûte cher !
a écrit le 18/03/2020 à 19:07 :
oui
les bilans des industries ( intensives en capital donc) sont rarement liquides, par definition.........
ce qui est curieux c'est que l'etat schizophrene met le feu a la maison, puis appelle les pompiers, vu que c'est pas normal
je veux pas etre mechant, mais depuis deux ans on n'arrete pas de coller des boulets aux constructeurs, he ben quand ils vont planter faudra pas s'etonner de recolter des petits hitler un peu partout ' a la grande surprise generale'
nationaliser ca sert a rien, et faire une augmentation de capital actuellement, je doute que vous trouviez un seul actionnaire
la france est un beau pays: on vous casse les jambes, mais on vous offre les bequilles!!!!!!
Réponse de le 18/03/2020 à 20:33 :
"la france est un beau pays: on vous casse les jambes, mais on vous offre les bequilles!!!!!! "

C'est l'état nounou (ou nous nous, et moi, et moi et moi dirait Dutronc) à l'age adulte, l'état infirmière ! Il éborgne aussi hein et verse l'allocation adulte handicapé.

En même temps les constructeurs sont les 1ers à comploter avec l'état et ses services de certification pour instaurer des reglementations compliquées à la dernière minute pour faire barrage à la concurrence étrangère en ayant investit en avance de phase... et on passe à la phase suivante etc... c'est un procédé bien connu de protectionnisme...
Réponse de le 19/03/2020 à 15:34 :
euh, coller des quotas sur les productions de voitures qui ne doivent pas depasser 95g/co2 en moyenne , alors qu'on ne sait pas ce que le client va acheter, c'est envoyer des bonnes baffes de nounous du 1er REP
les trajectoires techno sont intenables, et l'etat nounou changera d'avis sur l'electricite quand a la surprise generale des imbeciles decouvriront que ca consomme de la terre rare des metaux lourds et que ca produit de l'acide dont on ne sait quoi faire..... et que le reseau d'edf bichonne par segolene royal va sauter tous les jours
a l'armee, une nounou comme ca ca s'appelle un adjudant
cela dit je partage votre avis concernant la concurrence, mais faut pas etre l'idiot du village avec des chinois qui ne respectent aucune regle, sauf la leur ( car ils ont une exception culturelle, comme les francais)
a écrit le 18/03/2020 à 19:06 :
On peut être pour ou contre les privatisations et l'intervention de l'état. C'est un débat normal en démocratie. Par contre il semble difficile de justifier les nationalisations quand ça va mal et les privatisations quand ça va bien ! Surtout quand les grands bénéficieres de ses privatisations rechignent à contribuer
a hauteur de leurs gains, voir a leurs situations de rentiers.
a écrit le 18/03/2020 à 18:25 :
Je doute que Nissan entende la chose.
a écrit le 18/03/2020 à 18:05 :
on nationalise les pertes, on privatise les profits. Adp rentable, fdj rentble, sont privatisés pour les petits copains du banquier président des riches. Les contribuables français vont renflouer Renault qui sera bradé ensuite à ces mêmes petits copains
Mais le retour de bâton des survivants du virus va être implacable!

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