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Renault: pourquoi les marchés s'alarment et font plonger le titre

Photo de Nabil Bourassi

Nabil Bourassi

Publié le 24 février 2020 à 07:00

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REGIS DUVIGNAU

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Une semaine après la publication des résultats financiers de Renault, une série de dégradations de notes financières s'abat sur le constructeur automobile, dont une le fait basculer dans la très périlleuse catégorie spéculative. Les analystes s'alarment de la capacité de Renault à redresser ses difficultés financières, dans un contexte réglementaire CO2 risqué...

Raté ! La conférence de presse de présentation des résultats financiers Renault n'aura pas convaincu les marchés... Moins d'une semaine après, le groupe automobile français se retrouve au milieu d'une série de dégradations de notes financières parmi lesquelles celles de Moody's et Standard & Poor's, les plus puissantes. Mardi, Moody's a basculé son appréciation sur le titre en catégorie spéculative, la note passant de Baa3 à Ba1, perspective stable. Mercredi, S&P n'a pas changé sa note de BBB- mais a néanmoins changé sa perspective en la plaçant sous surveillance. La première agence financière du monde pourrait ainsi également baisser d'un cran à court terme et basculer elle aussi en catégorie spéculative.

A court de cash ?

Jeudi, c'est Citi qui en a rajouté une couche... Un mois après avoir indiqué que Renault pourrait être à court de trésorerie en 2020, le broker américain a revu son objectif de cours à la baisse, à 20 euros, contre 30 euros auparavant. En une semaine, l'action du constructeur tricolore a encore perdu 7% de sa valeur, portant sa perte à 23% depuis le 1er janvier. Mais la chute du titre ne date pas d'hier, ni même de l'arrestation de Carlos Ghosn le 19 novembre 2018, contrairement à ce que celui-ci a prétendu lors de sa conférence de presse au Liban début janvier. L'arrestation spectaculaire du PDG de Renault au Japon avait effectivement précipité le groupe automobile français dans une interminable crise managériale et stratégique. Mais en réalité, les marchés sanctionnent le titre depuis mars 2018 alors que le titre atteignait un plus haut à 97 euros. L'action est déjà tombée à 65 euros quelques jours avant la chute de Carlos Ghosn. Elle est désormais valorisée 32 euros. La capitalisation boursière du constructeur a ainsi perdu les deux tiers de sa valeur depuis son plus haut de mars 2018.

Les propos de Clotilde Delbos vendredi 14 au siège à Boulogne n'ont pas suffi à lever les doutes des investisseurs. Celle qui assure l'intérim à la tête du groupe en attendant l'arrivée de Luca de Meo en juillet prochain (et qui était la directrice financière jusqu'ici) a garanti que le risque de trésorerie n'existait pas. Fort d'une trésorerie de 15 milliards d'euros, Renault a de quoi poursuivre la continuité opérationnelle et les investissements R&D nécessaires à moyen terme. D'autant plus que l'entreprise reste profitable et  génère du cash.

Oui mais voilà... Les marchés estiment que Renault n'avait pas encore surmonté les principaux écueils qui plombent ses perspectives financières. S&P juge ainsi que la marge opérationnelle devrait continuer à baisser entre 3 et 4% en 2020, soit plus de moitié moins par rapport à la performance enregistrée en 2017. L'agence financière pointe notamment des coûts structurels extrêmement lourds. En 2019 déjà, les lancements de Clio et Captur, deux modèles phares, rentables et à forts volumes, avaient pesé sur les coûts. En outre, plus personne ne s'attend à ce que Nissan, dont Renault possède 43%, verse des dividendes compte tenu de ses propres difficultés financières.

Série d'échecs sur la gamme

Les agences s'alarment également de la résilience de Renault sur un marché de plus en plus compétitif, y compris en Europe. Sur les segments supérieurs, Renault est en échec avec les lancements ratés d'Espace, Koleos et Talisman (moins de 60.000 immatriculations cumulées en 2019). Cet affaiblissement structurel tombe au plus mauvais moment puisque 2020 sera l'année des objectifs CO2 en Europe. Les marchés souffrent d'une absence de visibilité en la matière, et s'inquiètent de la capacité de Renault à encaisser des amendes trop lourdes. La marque a beau rappeler son leadership sur l'électromobilité notamment à travers la Zoé, mais également avec l'arrivée d'un Twingo électrique au salon de Genève début mars, elle ne convainc pas. Car malgré ce leadership, Renault n'a pas su creuser l'écart avec ses concurrents en présentant une gamme plus étoffée et ambitieuse. Ainsi, là où Peugeot lance un SUV électrique, Renault se contente d'hybrider son nouveau Captur.

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"Selon nous, ajouté au risque d'intensification de la concurrence en Europe, le lancement de modèles hybrides concentré sur la seconde moitié de l'année pourrait mettre Renault en difficulté pour atteindre ses objectifs de CO2", écrit Standard & Poor's dans sa note. "De plus, nous prévoyons que les constructeurs à forts volumes tels que Renault auront du mal à répercuter le coût supplémentaire de l'électrification sur les consommateurs", poursuit la note.

Les analystes s'interrogent également sur la capacité de Renault à défendre ses prix, le fameux "pricing power", ce qui va participer à l'érosion des marges, et pas seulement sur la gamme électrifiée.

Questions sur les 2 milliards d'économies promis

Enfin, les promesses de réduction de coûts ont laissé perplexe. Renault a effectivement indiqué qu'il allait prendre des mesures liées à son empreinte industrielle, à l'externalisation de ses activités, une revue de ses activités non-stratégiques avec un objectif de 2 milliards d'euros d'économies. "Il n'y aura pas de tabous", avait lancé Clotilde Delbos lors de la conférence de présentation des résultats tout en indiquant qu'une fermeture d'usine, y compris en France, n'était pas exclue. Pour S&P, ces mesures sont trop imprécises notamment sur leur agenda et leur champ d'application, pour donner une visibilité suffisante et apprécier de leur efficacité.

Renault veut croire que l'année 2020 pourrait réserver des surprises grâce à la montée en puissance de Clio et Captur, mais également l'arrivée de nouveaux produits dédiés aux pays émergents où Renault est puissant (Chine, Russie, Amérique Latine...).

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En réalité le groupe est encore en convalescence d'une année très agitée après la chute de leur patron jusqu'au brutal remerciement de Thierry Bolloré en novembre dernier. Le groupe tente de remobiliser les troupes, mais en attendant, difficile d'attendre une nouvelle impulsion stratégique forte avant l'arrivée de son nouveau directeur général, l'ancien patron de Seat, Luca de Meo. Pour l'heure, Renault risque d'être exposé à toutes les secousses de marché...

Nabil Bourassi

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