Bâtiment: le "big bang" du BIM

Erick Haehnsen

Erick Haehnsen
Le monde du bâtiment enchaîne les révolutions. Avec la réglementation thermique 2012 (RT 2012), entrée en vigueur en 2011 pour le tertiaire et en 2013 pour le résidentiel, les constructions neuves ne doivent consommer que 50 kWh/m2/an. Ce qui a considérablement élevé le niveau d'exigence technique des chantiers de construction. À présent, le nouveau « Big Bang » pour la construction s'appelle BIM pour Building Information Modeling (modélisation des données du bâtiment).
En clair, il s'agit de « remodeler » en profondeur sa manière de concevoir, construire, exploiter et maintenir les bâtiments. Voire de les « déconstruire ». Le changement consiste à faire collaborer autour d'une maquette 3D centrale tous les acteurs du projet : maîtres d'ouvrage, gestionnaires de patrimoine, architectes, économistes de la construction, bureaux d'études (BE), industriels de la construction, entreprises générales de mise en œuvre, sous-traitants et artisans... Qui plus est, cette maquette numérique partagée sur une plateforme collaborative comporte la base de données de tous les éléments de construction (murs, portes, fenêtres, gaines de ventilation, isolants...) assortis de leur description (propriétés physiques et chimiques, performances thermiques, normes, prix...).
Pourquoi un tel effort ? Pour supprimer les 15 à 20 milliards d'euros de gaspillage annuels en France, dus à la non-qualité des ouvrages, estime l'Union nationale des syndicats français d'architectes (Unsfa). Pour y parvenir, il faut avoir une approche globale du projet de construction ou de rénovation qui va de la programmation à la conception, de la consultation à la réalisation jusqu'à l'exploitation-maintenance... avec une vision partagée entre tous les acteurs.
Reste que le BIM impose une intensification encore jamais vue de la phase de conception. En effet, la maquette numérique de l'architecte sera sans cesse améliorée et actualisée :
Pas étonnant que les grands gestionnaires aient bien compris qu'un patrimoine outillé en maquette numérique sera mieux valorisé. D'ailleurs, les grandes entreprises s'y sont lancées il y a quelques années.
À condition, pour ces dernières, de pouvoir y mettre le prix. Et, sur ce terrain, rien n'est moins sûr. ArichCAD d'Abvent, Revit d'Autodesk, Allplan de Nemetschek, Bentley Station de Bentley... un logiciel d'architecture 2D revient à 800 euros. « Pour passer au BIM, il faut débourser 6. 000 euros ! », constate Thierry Parinaud. Même chose pour le BE structures, le BE thermique ou l'économiste de la construction...
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Ce qui n'empêche pas certains artisans pionniers de se mettre au BIM :
Il suffit ensuite de transmettre les données, via une liaison Bluetooth, à sa tablette tactile sur laquelle tourne le logiciel Archiwizard et il obtient une maquette 3D de son chantier de rénovation.
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GLOSSAIRE
Le BIM (pour "Building Information Model", ou "modélisation des données du bâtiment") est une technologie associée à la maquette numérique qui permet de produire, communiquer et analyser les modèles de construction du bâtiment. Elle permet aussi un suivi dans le temps de la vie du bâtiment par tous les acteurs concernés, et donc de dégager des économies à terme dans l'entretien et la rénovation.
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ENCADRE
Un enjeu majeur pour les industriels du bâtiment
Les produits et éléments de construction fabriqués par les industriels vont se retrouver dans des catalogues numériques exploités par les outils du BIM. Pas question d'en être absent.
Techniquement, le développement du BIM passe par des bibliothèques numériques d'éléments de construction : parpaings, briques, carreaux de plâtre, blocs de portes et fenêtres, sanitaires... Soit plusieurs dizaines de milliers d'objets. Encore faut-il que ces bibliothèques soient interopérables d'un logiciel à un autre.
D'où l'intérêt du format de fichier IFC (Industry Foundation Classes) qui, labellisé ISO 16739 depuis mars 2013, standardise la description des objets (murs, fenêtres, espaces, poteaux, etc.), leurs caractéristiques et leurs relations au sein des logiciels d'architecture ou de conception/fabrication.
Mais cela reste insuffisant. À cet égard, la France prend de l'avance dans le monde avec une norme Afnor expérimentale (baptisée XP P07-150) qui cherche à garantir l'interopérabilité de deux types de dictionnaires : celui de produits génériques, sans marque, que l'on va utiliser dans les phases de conception ; et celui des catalogues de produits industriels commerciaux utilisables par la maquette numérique et le BIM après l'appel d'offres.
Chez les industriels, c'est la course : il faut absolument que tous les produits qu'ils vendent se retrouvent dans les catalogues commerciaux. Sous peine de disparaître ? C'est la question qui angoisse les artisans-fabricants.
Erick Haehnsen