LES DERNIERS BASTIONS DU SAVOIR-FAIRE (10/11) - Dans le deuxième plus grand marais de France, la maîtrise de la construction en chaume échappe désormais aux artisans tricolores. Pour le préserver, la région fait appel à des couvreurs venus de Pologne.Le deuxième plus grand marais de France, derrière la Camargue, appartient à ses habitants. Acquis il y a sept siècles sur décision du duc de Bretagne, ce droit de propriété confère aux résidents des 21 communes de Loire-Atlantique la jouissance du marais de la Grande Brière Mottière. Regroupés aujourd'hui en syndicat qui fixe les règles d'usage, ces propriétaires peuvent naviguer, couper du bois, chasser, pêcher, faire pâturer leurs bêtes et exploiter la tourbe sur les 490 km² de marais - soit 7 % de la superficie de la Loire-Atlantique.
Non loin de là, les Chantiers de l'Atlantique de Saint-Nazaire, et à l'ouest, les marais salants de Guérande et la baie de La Baule. Isolés, protégés du monde extérieur par le marais, les traditions briéronnes s'incarnent encore dans les 3 000 chaumières. La concentration de toiture végétale est telle qu'elle concentre 60 % des chaumières françaises dans ce marais.
Un savoir-faire menacé
Un mode d'habitat qui passionne Patrice Leray depuis ses 14 ans. Alors jeune briéron, il rejoint l'entreprise d'un voisin artisan chaumier. Inspectant un de ses chantiers en cette fin de printemps, le sexagénaire sourit : « Désormais, je suis certainement le plus âgé de la profession ».
C'est aussi signe que le métier se perd. Selon Agnès Bougeard, artisan en Bretagne et présidente de l'Association nationale des couvreurs chaumiers, « dans le secteur, il n'y a plus qu'entre 80 et 100 artisans dans le pays ; essentiellement en Normandie, Bretagne et évidemment Pays de la Loire... en Brière ». Pourtant, ce ne sont pas les commandes qui manquent : « la demande pour le chaume est stable depuis 40 ans », raconte Patrice Leray. Le chaumier briéron et sa consœur bretonne partagent un constat : c'est le savoir-faire qui est en péril. « Il faut entre 3 et 5 ans de formation pour qu'un débutant devienne compétent, donc on manque de salariés », explique Agnès Bougeard.