« J’ai peur que cela fasse comme SpaceX » : pourquoi l'envolée de CXMT en Bourse inquiète

Le logo de CXMT et le drapeau chinois sont visibles sur cette illustration prise le 14 avril 2026.
/FW1FP/Jamie Freed - REUTERS - REUTERS - Dado Ruvic

Le logo de CXMT et le drapeau chinois sont visibles sur cette illustration prise le 14 avril 2026.
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Voilà une situation qui aurait pu être qualifiée d'« exubérance irrationnelle » par feu Alan Greenspan, ex-gouverneur de la Réserve fédérale américaine lors de la bulle internet de la fin des années 1990. Cette nuit, l'action de ChangXin Memory Technologies (CXMT) a grimpé de plus de 500 % lors de sa première journée de cotation à la Bourse de Shanghai.
L'entreprise chinoise qui fabrique des puces mémoire pour smartphones et ordinateurs a levé 66,6 milliards de yuans (8,6 milliards d'euros) selon l'agence Bloomberg. Elle grapille ainsi le titre de plus importante entrée en Bourse jamais réalisée par une entreprise technologique dans l'histoire de la Chine continentale.
Cette flambée boursière surprend d'autant plus qu'elle arrive au moment où les actions des géants coréens des puces subissent de violentes chutes. Sur un mois, Samsung a perdu 21 % de sa valeur quand SK Hynix a chuté de 30 %.
Le succès de l'introduction du challenger chinois créé en 2016 réside en réalité dans plusieurs facteurs. D'abord, cette IPO était attendue depuis 2 ans dans le pays puisqu'il s'agit du premier titre du secteur de la mémoire à se coter en Chine. « L’intérêt des investisseurs est en grande partie motivé par le fait que cette opération offre aux investisseurs chinois un moyen de s’exposer de manière significative au supercycle actuel de la mémoire », note Jing Jie Yu, analyste actions chez Morningstar.
Avec seulement 6,7 % du capital de la société mis en vente sur le marché, les investisseurs ont dû jouer des coudes – et donc, faire monter les enchères – pour pouvoir acquérir les précieux titres.
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Surtout, « très peu d’investisseurs étrangers professionnels ont pu participer à cette IPO. Les acheteurs sont surtout des particuliers chinois », explique à La Tribune Xiadong Bao, gérant d'actions internationales chez Edmond de Rothschild. Or, les particuliers ont tendance à beaucoup moins regarder les valorisations et donc la « cherté » des actions.
Enfin, l'introduction en Bourse de CXMT arrive à un moment particulièrement opportun pour l'entreprise puisque, après des années de boycott, Apple testerait actuellement les composants de l'entreprise chinoise pour pallier la pénurie des puces mémoire.
Reste que la flambée du cours du pure player chinois pose question. CXMT n'est que le quatrième fabricant mondial de puces mémoire DRAM, avec moins de 8 % de parts du marché mondial.
Si les analystes s'attendent à ce que l'entreprise double sa capacité de production dans les trois prochaines années, CXMT est encore très loin d’égaler les géants coréens. « Son chiffre d’affaires représente à peine 18 % de celui de SK Hynix », rappelle Xiadong Bao, mais avec une capitalisation boursière déjà équivalente à la moitié de celle du géant coréen.
« L’action (CXMT) est trop chère et sent la spéculation », estime Yuan Yuwei, gestionnaire de fonds spéculatifs chez Trinity Synergy Investments.
Pour rappel, après son IPO record à Wall Street, l'entreprise d'Elon Musk, dont la capitalisation a été jugée comme bien trop élevée, a vu son cours chuter de plus de 30 % en moins d'un mois.
Si Samsung et SK Hynix rassurent les investisseurs en affichant une offre de puces HBM pour les data centers et l'intelligence artificielle qui n'égalera pas la demande avant 2030, ce n'est pas le cas de CXMT. Le nouveau géant chinois fabrique, lui, surtout des puces pour smartphones qui risquent de se retrouver en surcapacité d’ici quelques années, selon plusieurs gérants.
Si tout porte à croire que la hausse du titre de CXMT semble irrationnelle, elle ne l'est cependant pas forcément pour la Bourse de Shanghai. « Les Chinois regardent moins la valorisation et ont moins peur du côté cyclique de l’industrie des semi-conducteurs, donc le cours de la société pourrait se maintenir voire continuer de monter pendant les deux prochaines années », nuance Bruno Vanier, président de Gemway Asset Management.