Qui n'a jamais partagé une partie de son logement avec un ami, un membre de sa famille, une connaissance ou un parfait inconnu, le temps d'une nuit, d'une semaine, voire plus ? Nombreux sont ceux qui ont déjà goûté aux joies et désagréments de la colocation, de manière spontanée et éphémère ou alors organisée, à la suite de la publication d'une annonce sur Internet ou les réseaux sociaux en proposant l'une de ses chambres contre une rémunération. Parfois faite pour des raisons financières, ou pour rompre la solitude, la colocation aurait, selon certains, désormais un sérieux concurrent avec le coliving. En réalité, ce nouveau mode de vie en communauté reprend les grands axes et les avantages de la colocation, tout en tentant de gommer les mauvais côtés de cette dernière.
« Nous n'avons pas inventé grand-chose, les gens vivent ensemble depuis des siècles... Mais le logement est quelque chose qui peut être parfois très anxiogène, avec pour certains des expériences cauchemardesques. Moi et mes deux associés, quand nous étions de jeunes actifs à Paris, avec notre premier emploi en poche, nous avions alors une expérience du logement catastrophique. Soit c'était trop petit, soit trop cher, ou bien mal aménagé, voire mal entretenu », raconte Alexandre Martin. Lui, Amaury Courbon et François Roth ont donc créé la société Colonies à l'issue de leurs mauvaises expériences. « Il se dit que l'union fait la force. Avec Colonies, l'union permet dans ce cas le confort », résume le cofondateur.
Le trio qui est actuellement à la tête de 180 résidences pour 1 100 places de colivers (grands appartements, maisons et immeubles dans onze grandes villes en France, Belgique et Allemagne) veut ainsi combiner les avantages d'avoir son propre studio en proposant un espace privé de plusieurs dizaines de mètres carrés meublé et des espaces partagés qui apportent du confort. « Il peut s'agir d'une salle de sport, d'un rooftop, d'une piscine, d'une salle de télétravail, d'un grand parc et même d'une salle de cinéma... Bref, des équipements qu'il est difficile de s'offrir seul », expose Alexandre Martin. Ainsi, la première différence avec la colocation, à l'avantage du coliving, est que l'espace privé est généralement aussi grand qu'un petit appartement au contraire de la colocation pour laquelle cet espace se résume parfois uniquement à une chambre. Les colivers ont aussi chacun leur salle de bains et des toilettes dans leur appartement privé, par exemple. A contrario, les espaces comme la cuisine, le salon et autres, partagés dans la colocation, le sont aussi dans le coliving, mais avec un standing parfois supérieur au profit du second. « Le coliving permet clairement d'offrir un confort qu'une personne seule ne peut s'offrir à la location », confirme Yves Lapeyre, depuis quatre ans à la tête de la marque Les maisons d'Yves. Après avoir proposé principalement des maisons d'hôtes, en Touraine notamment, sa société fondée à la suite d'une première vie professionnelle dans la pétrochimie se lance également dans le coliving. L'entrepreneur vient d'achever la rénovation d'une grande maison avenue de Lardenne, en plein cœur de Toulouse. Performance, cette demeure de 1920 - qui propose depuis quelques semaines cinq chambres de 20 à 30 m2 - met à disposition de ses colivers un vaste jardin verdoyant et ombragé avec une fontaine à eau. Un certain luxe dans la Ville rose. « Nous sommes sur un positionnement haut de gamme, avec la volonté d'offrir une expérience comme chez soi. C'est un lieu avec aucune contrainte qui permet de vivre de manière raffinée », présente Yves Lapeyre, qui propose la climatisation dans chaque chambre et parfois même une terrasse sur son jardin. Contrairement aux logements de Colonies, assez impersonnels dans leur décoration, l'entrepreneur tourangeau a fait de sa maison de coliving une véritable maison d'art. Chaque pièce, chaque recoin et chaque couleur expose un tableau, un vase ou une sculpture, parfois chiné dans un vide-greniers ou bien acheté à un artiste. « C'est un environnement qui favorise l'échange entre les habitants de cette maison. J'ai envie de créer une émotion chez ceux qui passeront un certain temps ici », décrit l'entrepreneur pratiquant de l'économie circulaire également. Pour meubler son premier logement de coliving, qui a accueilli son premier habitant fin août, Yves a fait appel à son imagination en récupérant, voire en retapant du mobilier déniché un peu partout. Cette tête de lit repeinte dans l'une des chambres de La Villa des Iris à Toulouse, qui est à l'origine un volet de l'ancienne maternité de Tours, en est le parfait exemple. « Le seul MAIS du coliving est qu'il faut être prêt à cohabiter avec des personnes que l'on ne connaît pas. Seulement, nous arrivons à un moment où les gens ont désormais la sensibilité voire l'envie de partager un lieu et de favoriser la rencontre », estime Yves Lapeyre.