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Prix du médicament : pour une mise à plat de la régulation française

Jean-Marie Lozachmeur, chercheur à l'Ecole d'économie de Toulouse

Publié le 24 septembre 2008 à 09:09 - Mis à jour le 26 septembre 2008 à 09:09

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Par Jean-Marie Lozachmeur, chercheur à l'Ecole d'économie de Toulouse

Une compagnie pharmaceutique qui lance un nouveau médicament en Allemagne, dans une classe thérapeutique nouvelle, peut fixer à sa guise le prix de ce nouveau médicament. Au Royaume-Uni, elle sera également libre de définir le prix de vente, mais si elle réalise des profits supérieurs à un montant déterminé, elle sera taxée par le système de santé britannique. En France, une telle liberté n'est pas de mise. Le prix d'un nouveau médicament résulte le plus souvent d'une négociation entre la compagnie et les autorités de régulation.

D'autres pays sont plus "suiveurs": au Portugal, le prix d'un médicament est ainsi calculé en fonction de ceux pratiqués en France, en Italie et en Espagne. En Irlande - autre exemple - on fait une moyenne pondérée des prix fixée au Royaume-Uni, au Danemark, en France, en Allemagne et aux Pays-Bas...

Drôle de système! Avec des résultats pour le moins problématiques pour les patients français. Les nouveaux médicaments sont mis sur le marché par les industriels d'abord dans les pays où les gains les plus élevés sont attendus, au Royaume-Uni par exemple.

Et la France est condamnée à doublement attendre. Les tarifs qui y sont négociés sont souvent plus bas, donc moins intéressants pour les compagnies pharmaceutiques. Comme par ailleurs, beaucoup de pays voisins choisissent l'Hexagone comme une des références servant à déterminer leurs prix, les industriels ont tout intérêt à prendre leur temps! Résultat: on trouve souvent un nouveau médicament dans une pharmacie londonienne des mois avant de le trouver sur les quais de Seine. Et le même médicament, lorsqu'il apparaît enfin à Athènes ou Lisbonne, est à un prix qui peut paraître étonnamment élevé pour le pouvoir d'achat local...

Le système de fixation des prix français pèche également par sa complexité. Le plus souvent, c'est une négociation qui prévaut. Les prix sont fixés, par exemple, en fonction des volumes de médicaments vendus, et reconsidérés tous les cinq ans. Mais d'autres leviers de régulation sont utilisés.

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Dans certains cas, elle se fait par des prix plafond, déterminés par l'autorité et imposés aux industriels. Dans d'autres cas, ce sont des prix de référence qui s'appliquent : si le prix auquel le médicament est vendu par une firme dépasse un certain montant, le patient n'est pas remboursé totalement. Ce montant peut être fixé unilatéralement par le régulateur (prix de référence externe) ou calculé en faisant une moyenne pondérée des prix pratiqués pour ce médicament par l'ensemble des firmes à un moment donné (prix de référence interne)...

Ces politiques tarifaires complexes ne sont guère satisfaisantes, à la fois parce qu'elles mobilisent très fortement l'administration et parce qu'elles ne permettent pas facilement aux industriels d'anticiper les décisions qui seront prises.

Les compagnies se plaignent par ailleurs du niveau des prix pratiqués qui, considèrent-ils, ne rémunèrent pas suffisamment un effort de recherche de plus en plus coûteux. Des études économétriques indépendantes ont effectivement montré la hausse des coûts de recherche-développement. La mise sur le marché d'une nouvelle molécule prend actuellement douze ans environ et revient en moyenne entre 800 millions et 1 milliard de dollars contre 400 millions dans les années 80.

Une autre étude a établi qu'une augmentation de 1% du prix des nouveaux médicaments pourrait aboutir à une hausse de 4 à 6% du nombre de nouvelles molécules mises sur le marché.

Ces revendications de hausse des prix se heurtent bien entendu aux intérêts des systèmes de santé nationaux qui désirent stimuler l'innovation pharmaceutique, mais doivent aussi maîtriser des dépenses de santé croissant beaucoup plus vite actuellement que la richesse nationale.

Comment sortir de ces contradictions ? Pour maîtriser la dépense globale sans décourager l'innovation, une possibilité serait de faire baisser les prix des génériques, ces médicaments dont les brevets sont arrivés à terme. L'expérience menée en Norvège à partir de 2003 est très intéressante à cet égard. Les autorités norvégiennes ont décidé que les remboursements des médicaments génériques ne dépasseraient pas une moyenne pondérée des prix pratiqués sur le marché pour ces médicaments (prix de référence interne), avec des résultats impressionnants : en deux ans, ils ont obtenu une diminution des prix de 30% !

Dans tous les cas, ce débat sur la régulation du prix des médicaments mériterait de s'effectuer, au moins en partie, dans un contexte européen. En effet, tous les pays veulent bénéficier des innovations thérapeutiques, mais chacun préférerait que ce soit le voisin qui paie pour financer ces innovations... Un problème qui ne pourra être corrigé que si l'on parvient à harmoniser les politiques nationales de régulation.

Jean-Marie Lozachmeur, chercheur à l'Ecole d'économie de Toulouse

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