"La façon de traiter le cancer évolue à toute vitesse"

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Le patron de la branche oncologie de Novartis détaille dans un entretien à La Tribune le nouveau modèle de développement des médicaments anticancéreux et évoque les perspectives du secteur.

Avec la multiplication des contraintes budgétaires des Etats, comment justifiez-vous le prix de vos anticancéreux (plusieurs dizaines de milliers de dollars par patient et par an)?

Le cancer est l'une des pathologies où le besoin médical est le plus criant : des millions de gens meurent de ces maladies. Beaucoup de pays nous demandent des comparaisons du coût de notre produit par rapport à la valeur qu'il apporte au système, soit vis-à-vis d'autres produits soit en tenant compte du bénéfice apporté au patient. Or, plusieurs études ont montré que pour un patient cancéreux, le médicament ne représente que 20 % du coût global pour le système, contre 80 % pour les coûts d'infrastructure (hospitalisation, chirurgie, radiothérapie, soins palliatifs...) Le problème, c'est que ces derniers sont souvent des coûts fixes : on ne coupe pas un étage d'un hôpital sous prétexte que les patients reçoivent un médicament efficace qui leur évite d'y aller ! Toute la difficulté consiste à mettre en parallèle le coût d'un patient sans, et avec, le médicament. Cela demande un partenariat étroit avec les autorités de santé.

Les autorités françaises annonçaient l'an dernier qu'elles ne rembourseraient plus de médicament de plus de 50 .000 euros par an...

Un produit doit être évalué sur la base de ce qu'il apporte aux patients ! Il me semble plus pertinent de dérembourser les produits non efficaces même s'ils sont peu chers, plutôt que de viser les produits très onéreux mais avec des effets considérables. C'est aussi à nous, industriels, de développer des produits qui constituent de vraies améliorations, pour pouvoir prouver aux autorités que leur utilisation permet d'optimiser le système de santé. Nous répondons par la spécialisation et l'individualisation du traitement.

C'est-à-dire ?

La façon de traiter le cancer évolue à toute vitesse. On est passé d'un système (il y a dix ans) où la maladie était définie en fonction de l'endroit où elle se trouve (sein, colon, prostate...) à une définition en fonction de la nature de la tumeur cancéreuse (telle type de mutation ayant abouti à des cellules anormales). La stratégie est complètement différente : au lieu de traiter l'ensemble des patients avec 20 % de taux de réponse, on sélectionne 20 % de patients en amont et on les traite avec un produit créé pour eux. Cela permet aussi de développer une molécule dans plusieurs maladies. Par exemple, notre médicament Afinitor est développé en parallèle dans huit indications de cancer différentes.Il est déjà commercialisé dans trois cas : pour un type de cancer du rein, une maladie rare (maladie de Bourneville) et pour un type de tumeur du pancréas (la maladie contractée par Steve Jobs). Et au final, nous visons plus d'un milliard de dollars de ventes avec ce traitement -dont 400 millions de dollars dès cette année, contre 243 millions l'an dernier. En imaginant que toutes les indications soient positives, nous pourrions même atteindre plusieurs milliards de dollars.

Contrairement à ce que l'on entend souvent, les « blockbusters » existent donc encore ?

Oui mais ce ne sont plus les mêmes. Le potentiel économique d'un médicament est défini sur la base de sous-groupes de patients de plus en plus précis. Cela présente un autre intérêt : nous n'avons plus besoin de milliers de visiteurs médicaux mais plutôt de conseiller techniques pour être sûr que les traitements sont optimisés. Cela va de pair avec de nouveaux services : dans le cas de nos médicaments contre la leucémie Glivec et Tasigna, nous proposons des tests sanguins pour savoir si la dose est optimisée, si la réponse au traitement se fait comme prévu... C'est une véritable révolution technologique.

Qu'est-ce que cela change pour la recherche ?

Nous démarrons les études avec un portefeuille de patients déjà identifiés, qui présentent tel ou tel type de tumeurs, ce qui permet de savoir assez vite si le produit est efficace ou pas. Et on aboutit à une accélération du développement : on passe de trois à deux phases de développement, et de sept à cinq ans d'essais cliniques sur l'homme en moyenne.

Ces médicaments sont-ils plus ou moins coûteux à développer?

Le coût initial est supérieur car il faut faire des diagnostics, sélectionner les patients... La logistique renchérit le développement : le coût des études par patient augmente de plus de 10 % par an. En revanche, la taille de l'étude peut être plus limitée car le bénéfice patient est plus évident

Quelles sont vos perspectives pour 2011 ?

Nos ventes ont crû de 11 % l'an dernier, à 10 milliards de dollars. Nous attendons un ralentissement de la croissance cette année, car le Femara (1,4 milliard de dollars) contre le cancer du sein, déjà génériqué aux Etats-Unis, tombera dans le public au second semestre 2011 en Europe. En revanche, nous comptons sur l'Afinitor, le Tasigna contre les leucémies, et de nouveaux produits contre des maladies rares. Novartis a le portefeuille de développement le plus large avec 16 produits différents, et plus de 20 études cliniques en cours.

Comment évolue votre budget de R&D ?

L'an dernier, Novartis Pharma a consacré 20,1 % de ses ventes (6,2 milliards de dollars) à la R&D. Nous ne détaillons pas le budget par branche car il est commun pour la recherche amont mais l'oncologie en reçoit proportionnellement un peu plus que ce que nous représentons dans la branche [un tiers des ventes, ndlr], avec un budget en croissance à deux chiffres.

Y a-t-il un marché pour les anticancéreux dans les pays émergents ?

Le cancer devient une priorité dans ces pays au fur et à mesure qu'ils se développent. Nous menons des discussions avec les différents gouvernements pour que les produits soient disponibles pour le plus grand nombre de patients possible. Nous avons ainsi lancé Glivec dans ces pays pour 30.000 patients leucémiques, via un système de donation. Progressivement, nous développons un "modèle partagé" en Inde et en Chine : les gouvernements paient un certain nombre de boîtes, le patient paie un peu s'il le peut et Novartis donne le reste. Aujourd'hui, 30 % des ventes de Glivec sont réalisées en Eurpe, 30 % aux Etats-Unis et 40 % dans le reste du monde (Japon et pays émergents).

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Commentaires
a écrit le 17/05/2011 à 13:01 :
que d'effets de pub et que de fausses prétentions !
Il y a 10 ans déjà qu'on (le milieu médical médiatique) nous annonçait que 2/3 des cancers peuvent être guéris.
Que constatons-nous 10 ans plus tard : de plus en plus de gens "crèvent" du cancer.
Alors les grandes gueules, faites un peu preuve de modestie.
Réponse de le 18/05/2011 à 16:15 :
1 patient atteint du cancer sur deux survit actuellement... Et ce % n'arrête pas d'augmenter. Peut-être que c'est vous qui devriez vous remettre en question...
A bon entendeur, salut !
Réponse de le 25/05/2011 à 14:29 :
ca depend de ton concer, "sauf que" tu parles du cancer dusein ou prostate , compare tes chiffres par exemple au cancer du pancreas , et on en reparle (juste pour signaler 100% de deces / durant moyenne 8 mois ) !
a écrit le 16/05/2011 à 14:03 :
Les médecins, les infirmières, les chercheurs sont plus utiles dans une société que des traders ou des financiers.... sachons équilibrer nos balances !!!
a écrit le 16/05/2011 à 11:15 :
Dans ce domaine il me semble que l'on devrait mettre bcp d'argent - (payons moins les sportifs - donnons moins d'aides aux arrivants en FRANCE -
Réponse de le 17/05/2011 à 11:26 :
tout à fait d'accord avec vous
Réponse de le 17/05/2011 à 12:31 :
Pour cela il faudrait entre autres, taxer, sur le modèle de la taxe sur la publicité pharmaceutique, les dépenses faramineuses des sponsors.

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