Les laboratoires français se dotent d'une "bonne conscience" pour gérer l'après-Mediator

Le Leem, syndicat patronal de l'industrie, a annoncé ce lundi la création d'un "Comité de déonto-vigilance" pour surveiller et, le cas échéant, sanctionner les pratiques déviantes des industriels. Reste à savoir si les résultats seront à la hauteur des ambitions.

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"C'est comme si les constructeurs automobiles installaient eux-mêmes les radars sur les autoroutes !", a lancé Christian Lajoux, président du Leem, le syndicat patronal des laboratoires pharmaceutiques, pour illustrer la démarche du secteur en France. Le Leem a installé officiellement ce lundi son Comité de déonto-vigilance (Codeem). Objectif : "conseiller et sanctionner" les entreprises adhérentes (97 % des labos de l'hexagone) en cas de manquements à la "bible déontologique" dont vient de se doter l'industrie (relations avec les professionnels de santé, les associatins de patients...).

Le Codeem se veut "une structure intégrée, mais indépendance du pouvoir politique et exécutif du Leem", a indiqué Christian Lajoux, qui ne le présidera pas. Cette fonction revient à Yves Medina, conseiller-maître honoraire à la Cour des Comptes, président du Cercle d'éthique des affaires et ancien responsable des questions de déontologie pour le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers. Il fait partie des trois personnalités qualifiées "qualifiées" de la structure, auxquelles s'ajouteront trois représentants des parties prenantes (associations de patients, médecins...) et trois membres de l'industrie. "Fait rarrissime dans ce type d'instances, ces derniers seront minoritaires", a souligné Yves Medina. Deux magistrats composeront en outre, avec un membre de chacun des trois collègues précédemment cités, une section des "litiges et sanctions". Celles-ci pourront aller de simples mises en garde à la radiation du Leem.

Doté d'un budget annuel de 200.000 euros (contre 8.000 euros pour son prédecesseur le Cemip, peu efficace), le Codeem se réunira une fois par mois. Il pourra être saisi soit par un laboratoire, soit par une association de patients, soit s'autosaisir.

Conscient de l'émoi provoqué dans l'opinion publique par le scandale Mediator, mais aussi désireux de tenter de redorer l'image de l'industrie pharmaceutique et de ses salariés, le Leem se voit toutefois confronté au risque de l'effet d'annonce. "Vous nous jugerez sur pièce : rendez-vous dans un an pour faire le point sur nos actions", a rétorqué Yves Medina.

"Si le Codeem avait existé au moment de l'éclatement du scandale Mediator, il aurait certainement été amené à se saisir du sujet au moment de la parution du livre d'Irène Frachon [à l'été 2010, ndlr]. Il aurait instruit plus vite le dossier et peut-être permis d'accéder plus vite à des pistes de gestion des risques pour l'ensemble du secteur", a fait valoir Yves Medina.

Reste que l'ultime sanction en possession du Codeem, la radiation du Leem, semble quelque peu dérisoire au regard d'enjeux comme celui du Mediator....

En début d'année, le Leem s'était vu reprocher son inaction dans les premières semaines de l'affaire. Le syndicat avait finalement attendu les conclusions du rapport de l'Igas pour suspendre, le 19 janvier, la participation du laboratoire Servier au Leem. Ensuite de quoi le fabricant du Mediator avait lui-même "démissionné" du syndicat.

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Commentaire 1
à écrit le 03/05/2012 à 16:28
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On change de nom, on change quelques personnes, mais en fait, on ne va pas-jamais- au fond du problème qui est celui du lobbying à Xelles, de l'anonyma des décisions prises et du fait que lorsque la population réclame des produits naturels, on lui im...

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