Partez, monsieur Servier

Par Eric Walther, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.
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Un poison lent. Voilà ce que nous administrent depuis deux ans les laboratoires Servier. L'affaire du Mediator était déjà un drame humain et sanitaire épouvantable. Fort heureusement, l'arrêt de la commercialisation de ce médicament va mettre un terme à l'hécatombe. Mais les répercussions du scandale, elles, continuent leurs ravages. D'abord sur les fondements mêmes d'un système de santé qui repose avant tout sur la confiance. Le doute, la suspicion distillés par les nauséabondes pratiques d'une entreprise autocratique, et les incompétences, les compromissions qu'elles révèlent sur une "société" du médicament où se confondent dangereusement intérêt public et cupidité privée sont dévastateurs. Le contrat de santé qui lie les Français à leur Sécurité sociale en sortira sali.

Sur l'action des responsables politiques ensuite. Parlons plutôt d'inaction, d'impuissance. Faut-il rappeler que les laboratoires pharmaceutiques doivent leur existence au remboursement de leurs médicaments avec de l'argent public ? Et voilà qu'une entreprise, qu'un homme, Jacques Servier, continuent de nier les évidences, de mépriser ceux qui les font vivre, de truquer la vérité en tentant de caviarder un rapport sénatorial sur son Mediator. Stupéfiant.

Sur l'entreprise, enfin. En l'enfermant dans une logique de bunkerisation, son fondateur lui rend le pire des services. Un outil industriel, l'emploi de 22.000 salariés dans le monde, une réputation sont en jeu. Ecrasés par ce qui semble pourtant n'être plus que l'ombre d'un patriarche paranoïaque, les équipes de Servier ont besoin de passer à autre chose. Pendant qu'il est encore temps. Pour toutes ces raisons, il est urgent que vous partiez, monsieur Servier.

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Commentaires 7
à écrit le 28/10/2011 à 21:13
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Édifiant par la méconnaissance de l'entreprise, du métier, du système d'obtention d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) en France et en Europe. SERVIER, c'est une entreprise saine qui ne dépend pas d'actionnaires ou d'organismes bancaires, ...

à écrit le 16/09/2011 à 15:09
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et la présomption d'innocence brandie ds l'affaire DSK, où est-elle? votre réaction est dictée par tout ce qui lit sur le net et se relaie ds les journaux, sans vérification. Le journalisme d'investigation est une tâche noble qd il est pratiqué avec...

à écrit le 16/09/2011 à 9:51
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Je trouve cet Edito extrêmement choquant.Je ne connais pas M. Servier et je n'ai pour lui aucune sympathie particulière. Mais je m'interdis de juger un homme sansm'être assuré au opréalable de sa culpabilité. Et le lecteur peut s'étonner, après avoir...

à écrit le 16/09/2011 à 8:34
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Ce serait facile.Il doit quitter son poste,c'est certain,mais comparaître en justice.Et attention,l'anosognosie n'est pas contagieuse,Servier devra se souvenir de tout.

à écrit le 16/09/2011 à 7:56
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Merci pour votre éditorial. Les victimes n'en peuvent plus, les citoyens n'en peuvent plus...seule une clique politico-médico-scientifico-bureaucratique oppose un négationnisme de la pire époque à un exemple caricatural de "criminalité à col blanc", ...

le 16/09/2011 à 13:23
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Euh certe le Laboratoir Servier a sa part de responsabilité dans l affaire du mediator Neanmoins le praticien et le patient ont aussi la leur: On ne prescrit pas un medicament en regardant sur la notice ou en cherchant dans le vidal les eventuels...

le 31/10/2011 à 15:54
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Vous croyez donc que les patients, traités en fait avec grande facilité (paresse ?) par des médecins peu motivés pour un diabète naissant, et qui sont morts ou passés tout près de l'accident grave à cause de ce médicament, auraient du se douter qu'il...

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