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Entreprises & FinanceChimie & Pharmacie

Approbation de médicaments "innovants": la FDA est-elle trop souple ?

Photo de Jean-Yves Paillé

Jean-Yves Paillé

Publié le 18 août 2017 à 05:45

Le Quotidien Numérique

06 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Une grande partie des médicaments bénéficiant d'une commercialisation accélérée et approuvés ces dernières années aux Etats-Unis n'ont pas encore fourni les preuves de leur efficacité, exigées en principe par l'Agence américaine des médicaments.

C'est une tendance que l'on observe depuis plusieurs années chez les deux principales Agence des médicaments mondiale, européenne et américaine (FDA). La volonté d'accélérer la mise sur le marché des médicaments dits "innovants". Cela permet en théorie de lancer plus rapidement des médicaments couvrant des besoins non-satisfaits dans les maladies graves, tout en apportant d'importants bénéfices par rapport aux risques. C'est également une procédure appréciée par les industriels, qui espèrent commercialiser leurs traitements le plus tôt possible. Et ce afin de bénéficier plus longtemps de la protection du brevet (vingt ans en principe  à partir du dépôt de brevet lors de la découverte de la molécule).

Des médicaments en manque de preuves d'efficicence

Un article publié cette semaine dans le Journal of the American Medical Association (Jama), une revue médicale, s'est intéressé aux pratiques de la FDA en étudiant les 22 médicaments, dont 19 contre le cancer, ayant bénéficié d'une approbation accélérée entre 2009 et 2013. Résultat : pour la revue médicale, le manque d'évidences de sécurité et d'efficience de ces traitements est criant. L'efficacité de huit médicaments approuvés depuis cinq années ou plus n'a pas encore été confirmée.

Ainsi, quatorze procédures d'approbations accélérées étaient basées uniquement sur des études moins rigoureuses que celles pour l'approbation d'un traitement classique, explique le rapport. Certaines ne respectaient pas les procédures d'essais randomisés contrôlés, c'est-à dire la répartition aléatoire de patients dans le groupe recevant le nouveau traitement, et le groupe placebo ou recevant un traitement standard. En clair, ces études cliniques ne montraient pas concrètement si les traitements étaient plus efficace que ceux existant. En complément, la FDA réclamait donc des études post-approbation. Mais seule la moitié des 38 exigées ont été effectuées à ce jour. Moins de 50% de ces 22 médicaments ont donc répondu aux satisfaction de la FDA. Sans conséquence pour ces traitements présents sur le marché, pour le moment.

L'importance des études post-commercialisation

Le Jama n'accuse pas la FDA de donner le feu vert à des médicaments inefficace. Mais il donne du crédit aux critiques d'anciens de la FDA, qui jugent l'Agence américaine des médicaments trop souple. A l'instar de David Gortler, qui dénonçait ainsi en 2016 la faiblesse de certains tests cliniques.

La revue médicale rappelle que l'Agence rend obligatoire une étude post-commercialisation pour les médicaments entrés plus vite sur le marché, prouvant leur efficience. Dans le cas contraire, les traitements peut sortir du marché. Ce fut le sort subit par le gemtuzumab de Pfizer contre la leucémie myéloïde, en 2010.

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Sans étude post-commercialisation, il est par exemple difficile de se rendre compte de l'efficacité réelle d'un traitement. Par exemple, les patients choisis dans les essais cliniques sont en général plus jeunes que dans la réalité pour le cancer et souvent moins malades. Or un patient âgé est susceptible de faire face à des effets indésirables graves, notamment lorsqu'il reçoit des anticancéreux. Il est donc plus susceptible de recevoir des doses différentes, et un traitement pris différemment est moins efficace. Ou encore, un patient peut-être atteint d'autres maladies ce qui n'est pas le cas des personnes recrutées dans les essais cliniques en général.

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En clair, comme l'explique le NCBI, un institut national américain pour l'information biologique moléculaire, on ne sait pas, même avec des procédures d'essais cliniques randomisés, si le traitement est spécifique à un type de patient ou fonctionnant pour l'ensemble des patients. Ainsi, certains traitements pour lesquels les études cliniques mentionnent jusqu'à dix mois de survie supplémentaire, allongent la vie de moins de cinq mois en réalité. Avec des études dans le monde réel et des résultats cliniques enregistrés, sans critères d'inclusions drastiques, il est possible de constater si le traitement marche pour l'ensemble des patients.

Jean-Yves Paillé

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