La moléculture, nouvelle arme dans la guerre contre la Covid ?

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Les plantes sont capables de synthétiser des vaccins ou des médicaments infiniment plus vite et pour un coût jusqu'à cent fois inférieur aux techniques  utilisées par les big pharma à partir de bactéries ou de cellules animales.
Les plantes sont capables de synthétiser des vaccins ou des médicaments infiniment plus vite et pour un coût jusqu'à cent fois inférieur aux techniques utilisées par les big pharma à partir de bactéries ou de cellules animales. (Crédits : DR)
Aussi appelée pharming, la moléculture consiste à produire des molécules recombinantes à partir de végétaux. Elle a démontré son efficacité contre Ebola et pourrait se révéler pertinente dans la lutte contre le coronavirus. La biotech franco-québécoise Angany a développé, à partir d’une plante cousine du tabac, un cocktail d’anticorps monoclonaux qu’elle dit extraordinairement efficace. Le gouvernement semble montrer des signes d’intérêt mais « attention à ne pas reproduire l’effet Moderna », préviennent les chercheurs.

C'est l'une de leurs vertus méconnue. Les plantes sont capables de synthétiser des vaccins ou des médicaments infiniment plus vite et pour un coût jusqu'à cent fois inférieur aux techniques  utilisées par les big pharma à partir de bactéries ou de cellules animales. C'est ce que l'on appelle la moléculture : une discipline scientifique émergente qui, en France, échappe encore aux radars (et à nos correcteurs orthographiques) mais suscite beaucoup d'intérêt outre Atlantique, grâce aux avancées réalisées par le canadien Medicago, en pointe sur cette spécialité.

Ce pionnier s'était distingué en développant, à la demande des autorités québécoises, un composé d'anticorps qui a montré son efficacité sur des patients souffrant de la fièvre Ebola. Il a également produit, en un temps record, plusieurs millions de doses d'un vaccin anti-grippe pour les Etats-Unis.

Un nouvel or vert pour la pharma

C'est à cette même technologie qu'a recours la biotech normando-québécoise Angany, fondée il y a une vingtaine d'année à Val de Reuil dans l'Eure par Loïc Faye, l'un des meilleurs spécialistes français du pharming. Comme beaucoup de ses congénères, son laboratoire a réorienté ses travaux au profit de la lutte contre le coronavirus dès le déclenchement de la pandémie.

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Après avoir mis au point un prototype de vaccin "resté dans les frigos" faute de soutien, son équipe a synthétisé, à partir d'une plante proche du tabac (Nicotiana benthamiana) un cocktail d'anti-corps monoclonaux (NAbs) comparable à celui dont a bénéficié Donald Trump, la technologie mise à part. A première vue, le traitement est prometteur. Ses vertus neutralisantes sur la Covid-19 et ses variants ont été démontrées in vitro puis sur des singes.

« Le monde entier cherche des NAbs capables de neutraliser le virus. Le composé que nous avons développé avec un consortium international présente une activité inhibitrice extraordinaire », assure Loïc Faye.

« Il pourrait offrir une immunité immédiate aux personnes malades ou à risque de complication ainsi qu'à celles qui ne peuvent ou ne veulent pas se faire vacciner », complète le docteur Vezina, PDG d'Angany.

Un enjeu de souveraineté

Forte de ses premiers résultats, la société cherche à lever vingt millions d'euros pour réaliser les essais cliniques qui devraient durer entre six à sept mois. En attendant de pouvoir lancer cette ultime phase, ses dirigeants se disent prêts à mettre leur technologie et leur expertise à disposition de l'État français. Objectif ? Accompagner la mise en place  « d'une capacité autonome et adaptable  de production d'anti-corps monoclonaux » à partir des plantes.

« Dans un premier temps, nous pourrons nous appuyer sur des sous-traitants  nord- américains mais il serait bon, pour préserver notre souveraineté, de construire rapidement des unités en France car, si l'on se fie à d'autres modèles épidémiques, il est fort probable que nous aurons à adapter les traitements en fonction des variants», insiste Loïc Faye. A toutes fins utiles, le chercheur précise avoir déjà repéré un terrain à proximité de son laboratoire.

Le gouvernement répondra t-il à cet appel du pied ? Difficile de l'affirmer à ce stade. Véronique Gomord, directrice scientifique d'Angany, indique avoir été approchée cette semaine par plusieurs ministères mais elle reste prudente.

« L'Etat, après avoir beaucoup misé sur les grands laboratoires, commence à s'intéresser de plus près aux travaux des biotechs. C'est une bonne chose mais prenons garde à ce que cela ne soit pas un feu de paille. Attention à ne pas reproduire l'effet Moderna », prévient-elle.

Moderna dont le PDG (marseillais) Stéphane Bancel, très critique envers la lourdeur du système français, s'est expatrié aux Etats-Unis... après avoir été formé à Centrale Paris.

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Encadré

Monographie d'une biotech

Angany est une société pharmaceutique émergente franco-canadienne. Pionnière de la moléculture, elle a développé une plateforme vaccinale novatrice et exclusive, basée sur la biologie synthétique et une autre de production végétale de troisième génération. Après avoir levé 15 millions de dollars auprès d'investisseurs nord-américains, elle s'apprête à lancer les essais cliniques pour deux types de vaccins destinés à combattre les allergies aux arachides et au chat.

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Commentaires
a écrit le 18/03/2021 à 12:57 :
Tout ce qui les intéressent c'est de breveté ce qui a déjà été découvert par les Anciens et nous faire croire qu'ils font de la "Recherche"!
Réponse de le 19/03/2021 à 12:37 :
À Madame ou Monsieur Bah,
Les Anciens ont inventé le mot "atome" - n'étaient-ce pas les Grecs? Il aura fallu quelques milliers d'années de recherche pour harnacher la radioactivité, faire briller les réverbères à Rouen et activer cet échange de vues, malgré les abysses qui nous séparent.
Le sort de beaucoup d'Anciens et de générations de leurs successeurs était de mourrir avant 35 ans en toussant une grippe, en pansant d'herbes une blessure de travail infectée ou grugé par une allergie chronique.
La plupart des antibiotiques, qui aujourd'hui ne coûtent presque rien, ont déjà été brevetés. C'est un pacte social : on octroie à l'inventeur un monopole ponctuel en échange du partage public et immédiat de son secret - après vingt ans, le remède est libre de droits. Entretemps la Recherche (votre recours à la majuscule n'est pas vain) fait son oeuvre, trouve mieux et ainsi tourne la roue du savoir. Souhaitons qu'il en aille de même pour les antigènes des Modernes.
Nous vivons de science. Que vive la science!
Bonne journée à vous, sans virus ni allergie.
F.
a écrit le 18/03/2021 à 9:20 :
Les chercheurs classiques étant compromis avec les sociétés financières pharmaceutiques n'ont pas une valeur sémantique colossale. Tant que ces labos dépenseront plus en marketing qu'en recherche ils feraient mieux de se taire.

Après il est vrai que ces mêmes gens compromis sont main dans la main avec nos politiciens compromis faisant qu'il commence à être compliqué de dévellopper des solutions alternative à leur pathologique cupidité.

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