"Les médicaments ont des prix très bas" (Philippe Lamoureux)

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(Crédits : DR)
TROIS QUESTIONS. Le modèle économique des « big pharmas » a évolué. Il se focalise non pas sur l’investissement dans la R&D mais sur la recherche de médicaments vedettes qui ciblent un large public, et délaisse les études sur les maladies plus rares. Trois questions à Philippe Lamoureux, directeur général de LEEM, l'organisation professionnelle des entreprises du médicament opérant en France.

LA TRIBUNE - Quelles sont les grandes mutations du secteur pharma ?

PHILIPPE LAMOUREUX - Trois révolutions interviennent simultanément. Tout d'abord, l'innovation provient de plus en plus souvent des sciences du vivant, même si la chimie garde une place importante. Ensuite, le médicament s'inscrit désormais dans des solutions de santé globales aux côtés du diagnostic, du dispositif médical, du numérique et de l'intelligence artificielle. Enfin, les services se développent autour des produits. En conséquence, il y a moins de blockbusters et de plus en plus de thérapies ciblées.

Comment les laboratoires réagissent-ils à ces évolutions ?

Certains groupes se recentrent sur leur cœur de métier, en externalisant un certain nombre de fonctions. D'autres développent une approche d'entreprise globale de santé. Les alliances stratégiques se multiplient avec les géants du big data. Enfin, la recherche d'une taille critique par fusions-acquisitions se poursuit. Notre industrie est bien moins concentrée que d'autres. Les 20 premiers laboratoires ne couvrent que 50% du marché mondial.

Et comment réagissent-ils aux demandes de baisser les prix ?

Les médicaments ont généralement des prix très bas, surtout en France, au regard de nos voisins européens. Seuls les plus innovants ont des prix élevés, pour plusieurs raisons : les coûts de recherche et de développement, la durée d'immobilisation du capital, la prise de risque compte tenu du taux d'attrition élevé de la recherche. Par ailleurs, il s'agit souvent de médicaments de niches qui concernent des populations restreintes. Enfin, ces prix permettent de financer le développement des médicaments de demain. Sur ces médicaments, la marge doit être significative, comme elle l'est dans les industries high-tech : il faut deux fois plus de temps pour mettre au point un nouveau médicament que pour concevoir un nouvel Airbus !

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Commentaires
a écrit le 30/04/2019 à 9:10 :
Dans ce secteur particulier, où se joue la question de la vie, le prix d'un médicament sera trop élevé tans qu'il sera rentable à outrance. Le modèle ultra-capitaliste de l'industrie du vivant doit être mis sous contrôle au risque de graves dérives éthique (lesquelles ont déjà lieu au demeurant). Cette règle doit être spécifique.

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