En finir avec les cancers incurables

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Dans le domaine de l'immunothérapie, les cellules du patient (dites autologues) sont prélevées et corrigées pour ne plus le rendre malade, à l'aide de la nouvelle lame biologique CRISPR-Cas9.
Dans le domaine de l'immunothérapie, les cellules du patient (dites autologues) sont prélevées et corrigées pour ne plus le rendre malade, à l'aide de la nouvelle lame biologique CRISPR-Cas9. (Crédits : DR)
[Les nouveaux miracles de la médecine 5/6] Aujourd'hui, on peut espérer un an de survie après un mélanome en phase terminale et des mols gagnés contre les lymphomes très avancés : grâce à l'immunothérapie, on commence à venir à bout des cancers dont on ne survivait pas.

Face à certains cancers - poumon, leucémie, mélanome, etc. - très difficiles voire impossibles à traiter, l'immunothérapie laisse désormais imaginer un monde où « le crabe » serait devenu une « simple » maladie chronique gênante à surveiller. Cette façon d'attaquer les tumeurs, qui consiste à détruire leurs défenses et à rééduquer le système immunitaire, donne des résultats vraiment très encourageants.

Les uns après les autres, les big pharma se positionnent sur cette nouvelle arme de l'oncologie. Dans ce domaine, la France n'est pas en retard avec des sociétés qui dépassent le milliard d'euros de capitalisation boursière, à l'instar de Cellectis et des grands noms comme Innate Pharma. Le premier centre français d'immunothérapie des cancers a ouvert à l'Institut Curie et la biotech de Nantes OSE Immunotherapeutics vient de signer un accord avec le big pharma allemand Boehringer, qui pourrait lui rapporter jusqu'à 1,1 milliard d'euros.

En réalité, il existe plusieurs techniques d'immunothérapie. On peut stimuler des globules blancs appelés cellules T pour qu'ils soient plus efficaces. Mais on peut aussi rendre les cellules cancéreuses plus facilement « reconnaissables » afin que le système immunitaire les attaque. C'est d'ailleurs aujourd'hui une des techniques les plus avancées. Dénommée CAR-T, elle consiste à assembler une cellule T avec un anticorps spécial qui va aller se fixer sur les tumeurs cancéreuses visées. D'autres techniques visent, elles, à inhiber des cellules qui « protègent » les tumeurs cancéreuses en empêchant les cellules T de les repérer (Checkpoint inhibitor).

Un traitement de "deuxième ligne"

D'autres enfin développent des vaccins thérapeutiques destinés à déclencher une réponse immunitaire contre les cellules à éliminer. Qu'elles soient en essais ou déjà commercialisées, ces immunothérapies ne sont en général prescrites qu'en « deuxième ligne », autrement dit quand les rayons ou la chimiothérapie ont échoué.

De ce fait, les résultats sont difficiles à interpréter, puisque les patients sont déjà très malades. Selon les études, on parle d'une efficacité sur 17% à 20% des patients. Mais quand elles réussissent, les résultats sont impressionnants, puisqu'il s'agit souvent de cas désespérés. En plus, elles provoquent moins d'effets secondaires que les chimiothérapies.

En matière d'oncologie, les essais cliniques immunothérapiques sont souvent plus rapides, notamment parce qu'il n'existe pas de solution alternative, ni de médicament standard auquel comparer le nouveau traitement. Mais comme les développements sont personnalisés en fonction des tumeurs et des patients, ils coûtent très cher : ces nouveaux médicaments affichent des prix record. Selon l'Institut Curie, ils atteignent au moins 80.000 euros par an et par patient. Heureusement, les autorités de santé commencent à négocier avec les pharmas.

Récemment, Merck a ainsi accepté de revoir à la baisse le tarif de son Keytruda en France en échange d'une nouvelle indication et la possibilité de le prescrire en « première ligne » (premier traitement administré) contre le cancer du poumon. En immunothérapie, certains orientent leur technologie sur les maladies dites auto-immunes telles que la sclérose en plaque. C'est le cas de la biotech TxCell spécialisée dans les CAR-T.

« Nous développons une nouvelle technique autour des cellules T régulatrices, qui présentent des propriétés anti-inflammatoires et que nous modifions génétiquement afin d'en faire une thérapie ciblée, annonce Stéphane Boissel, directeur général. Nous allons déposer une première demande d'essais cliniques pour les tester dans la prévention de rejet chronique de transplantations. »

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POUR EN SAVOIR PLUS

Téléchargez le dossier publié dans LA TRIBUNE HEBDO n° 254 du 7 juin 2018 "Les nouveaux miracles de la médecine"

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HEBDO 254, couv, LA TRIBUNE, 7 juin 2018, « Les nouveaux miracles de la médecine »

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