Levothyrox : Merck et Buzyn revoient leur position sous la pression des patients

 |   |  600  mots
La ministre de la Santé promet  de nouveaux médicaments dans un mois pour permettre progressivement aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux.
La ministre de la Santé promet de nouveaux médicaments dans un mois pour permettre "progressivement aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux". (Crédits : Reuters/Charles Platiau)
Les patients pourront revenir quelques temps à l'ancienne formule du Levothyrox, s'ils subissent d'importants effets secondaires avec la nouvelle formule, et des solutions thérapeutiques alternatives seront ensuite proposées, a promis la ministre de la Santé. La mobilisation des patients en colère a pris de l'ampleur ces dernières semaines.

Bientôt la fin de crise autour du Levothyrox ? Le laboratoire allemand Merck KGaA a annoncé, vendredi 15 septembre, mettre à disposition l'ancienne formule sous prescription médicale de ce traitement pris pour soigner hypothyroïdie ou après une opération de cancer de la thyroïde. L'ancienne formule sera destinée aux patients "présentant des critères précis quant à leur état de santé et leur réponse à la formule de lévothyroxine sodique actuellement disponible". Ces stocks sont "européens" précise l'ANSM dans un communiqué du 15 septembre. Et cette solution n'est que "temporaire".

La formule précédente sera ainsi "accessible" dans quinze jours, a annoncé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, sur France Inter, vendredi 15 septembre. Ensuite, les patients devraient être orientés vers des alternatives normalement "accessibles dans un mois". De nouveaux médicaments seront disponibles pour permettre "progressivement aux patients de pouvoir choisir le médicament qui leur convient le mieux", a-t-elle ajouté.

Avec ces annonces, le laboratoire et la ministre font ainsi en partie machine arrière. Car jusque-là, Merck tentait avant tout de rassurer sur la nouvelle formule du Lévothyrox et ne voulait pas la remettre en question. Les "symptômes rapportés (par des patients prenant le traitement mis à jour, NDLR) sont identiques à ceux de l'ancienne formule", avançait-il dans un communiqué du 23 août. Le laboratoire rappelait que le changement de formule ne concerne pas le principe actif (la lévothyroxine, une hormone de substitution), mais porte sur les excipients - substances accompagnant le principe actif -, qui lui sont associés. En clair, la nouvelle formule n'était pas censée poser problème. Du côté de l'Agence nationale de la sécurité des médicaments (ANSM), on recommandait en août de ne pas passer à l'ancienne formule après avoir pris la nouvelle. Une recommandation que la ministre de la Santé avait réitérée début septembre, expliquant qu'il était hors de question de revenir à l'ancienne formule.

Une mobilisation qui a pris de l'ampleur

Les patients ont donc obtenu plus ou moins gain de cause. Depuis leur passage à la nouvelle formule, plusieurs milliers de patients (sur trois millions de personnes prenant du Levothyrox en France) se sont plaints de vertiges, de crampes de fatigue, des pertes de cheveux, de troubles du sommeil... Les plaintes déposées à la justice se sont multipliées, et la mobilisation a pris de l'ampleur avec une pétition signée par plus de 272.000 personnes. Vendredi 8 septembre, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant l'Assemblée nationale pour demander l'abandon de la nouvelle formule du médicament pour la thyroïde. Le passage à cette nouvelle formule avait été instauré en mars 2017, suite à une demande le l'ANSM faite auprès du laboratoire Merck en 2012 pour obtenir "une stabilité plus importante de la teneur en substance active".

De nombreux médecins ont également critiqué l'action des autorités de santé. Dominique Dupagne, un généraliste médiatique expliquait dans son blog que "les excipients ne sont pas destinés à avoir un effet pharmacologique" mais qu'ils "peuvent influencer l'absorption du principe actif par le tube digestif, ce qui explique que l'effet d'un médicament générique puisse ne pas être identique à celui du médicament original". Ce dernier cite une étude que la bioéquivalence (qui engendre les mêmes effets thérapeutiques) entre ancienne et nouvelle formule du Levothyrox n'est pas valable pour tous les patients. A voir si les alternatives médicamenteuses annoncées permettront aux patients de trouver un équilibre dans leur traitement.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 06/12/2017 à 19:00 :
Quand les médias dénonceront-ils le scandale, la collusion, le conflit d'intérêt entre les gouvernements et Merck.
Cherchez "lévothyroxine sodique" sur inpi.fr pour comprendre !
L'ancienne formule a un brevet déposé en mai 1998 pour 20 ans donc jusqu'en 2018.
En mai prochain, ce brevet tombe dans le domaine public, donc les génériques seront moins chers. Pour pallier cet énorme inconvénient, Merck a un peu modifié la formule (juste les excipients) pour pouvoir déposer un nouveau brevet en 2012 (pour être protégé jusqu'en 2032 !)
En résumé, Merck a donc, avec la complicité des gouvernements et des agences de médicaments, asséché le marché de l'ancienne formule pour pouvoir imposer la nouvelle. Quand à l'argument fallacieux du lactose: pendant 14 ans (de 1998 à 2012) les intolérants n'étaient pas une priorité pour Merck.
a écrit le 17/09/2017 à 20:29 :
Ce n'est pas parce quelques milliers de malades ont des effets secondaires invalidant que les millions d'autres ne ressentent aucun effet secondaire...
a écrit le 17/09/2017 à 10:59 :
J'avais écrit un article réactif corrosif au sujet de ce médicament nouveau. Pour quelle raison le quotidien « La Tribune » a t'il refusé de le publier ? Il ne comportait ni injure, ni grossièreté ni impolitesse et restait uniquement critique à l'égard du laboratoire et de l'ANSM.
En suspension voici ce que j'écrivais :
Je ne suis pas directement touché par les effets secondaires de ce médicament révisé avec la bénédiction de l'ANSM. Par contre, j'ai une soeur à laquelle ce médicament est prescrit préventivement en appui à un autre médicament pouvant perturber la thyroïde.
Or depuis le changement de composants elle subit toutes sortes de désagréments invalidants qui rendent sa vie de tous les jours très difficile à supporter sans savoir si ces effets secondaires ne finiront pas par déclencher une affection très sérieuse et irréversible au point où elle est fermement décidée à déposer une plainte ou à rejoindre le collectif déjà constitué.
Elle estime inadmissible et éminemment honteux qu'une agence nationale dont le travail est de protéger des patients/consommateurs dédaigne les nombreux effets secondaires invalidants et la souffrance des assujettis en autorisant le remplacement d'un médicament performant qui satisfaisait tout le monde.

Je me souviens avoir entendu une doctoresse spécialiste de l'agence lors d'un interview télévisé déclarer que le levothyrox nouvelle formule ne présentait aucun danger et devait continuer à être consommé sans qu'elle dise un seul mot d'un retour à l'ancienne fabrication. Aucun danger selon elle et aucune commisération pour les victimes !

Cette agence qui n'a rien communiqué à qui que ce soit s'est comportée tout au long de cette affaire comme une succursale commerciale du laboratoire incriminé.
Que s'est il passé au juste ? Pour quelle raison et au nom de quoi un médicament qui donnait satisfaction à tous a t'il été modifié pour devenir une malédiction ?

Je ne puis m'empêcher d'imaginer qu'il ne s'agit que d'une vulgaire question de profit pour ce laboratoire qui a fait l'impasse sur des effets secondaires sans aucun doute identifiés avant la mise sur le marché.

Il est tout à fait symptomatique qu'aucune explication très claire et détaillée ne soit donnée par le laboratoire sur la nécessité de changer la formule. Cela signifie tout simplement qu'il n'y a absolument aucune raison autre que de réduction des coûts de fabrication et de rentabilité financière.

Ce serait l'exemple typique d'un abandon d'éthique commandée par le soin au malade pour passer à celle de la puissance de l'argent puisque l'étique serait devenue celle du profit pur.
Si c'est bien cela alors il faudra se montrer sans aucune pitié ni complaisance, d'une dureté exemplaire.
La sanction devra toucher aussi bien les intervenants concernés de l'ANSM que les responsables du laboratoire. Je serais même partisan de peines de prison ferme, d'interdiction d'exercer à vie et de confiscation des biens en vue des réparations.

En effet, toutes les affaires passées démontrent que ces intervenants ne sont pas assez menacés et sanctionnés, prennent les risques et effets secondaires à la légère et ne craignent pas de considérer les populations comme des cobayes à manipuler en connaissance de cause.
Cette pratique doit impérativement s'arrêter et la seule manière est de les condamner lourdement surtout lorsque le profit guide leurs actes.
a écrit le 17/09/2017 à 5:10 :
C'est surtout que les patients commençaient à s'approvisionner à l’étranger...dans ce pays, il faut toujours en arriver aux extrêmes pour se faire entendre !
a écrit le 16/09/2017 à 10:42 :
"Les patients pourront revenir quelques temps à l'ancienne formule du Levothyrox" donc si je comprends bien, les problèmes que rencontrent actuellement les patients se reproduiront après ces "quelques temps" !
a écrit le 15/09/2017 à 23:14 :
Enfin un retour sur terre, certains ministres ont du mal avec le principe de "réalité". l'ANSM....des collusions à foison, un passage par la case pénal serait des plus salutaire

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :