Pékin incite son industrie solaire à se tourner vers... la Chine

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L'introduction de tarifs de rachat va donner un coup d'accélérateur au développement du marché domestique.

La décision était attendue de longue date par toute l'industrie solaire chinoise. Pékin s'est finalement décidé en août dernier. Les autorités chinoises ont annoncé l'introduction de tarifs de rachat dans l'industrie solaire. Les producteurs seront payés 1,15 yuan pour chaque kilowattheure (kWh) produit. Annoncés en 2009, puis retardés, ces tarifs devaient permettre à une industrie, qui peinait à se développer, de prendre son envol. Jusqu'ici, le gouvernement chinois avait concentré ses efforts financiers au soutien de l'industrie éolienne, plus facile et moins chère à développer.

Mais depuis un an, le marché de l'export - surtout européen - dont dépendent les fabricants de panneaux solaires est menacé. L'Allemagne a ralenti ses installations et le marché italien est au point mort, crise oblige. Or, à l'image de Yingli et de Suntech, les deux plus importants producteurs chinois ne réalisent que 5 % et 22 % de leur chiffre d'affaires sur leur marché domestique. Pékin, qui a depuis plusieurs années placé le développement des énergies renouvelables parmi ses priorités, s'est finalement décidé à donner un coup de pouce à son industrie solaire. Il s'est notamment engagé à installer 20 gigawatts (GW) d'énergie solaire d'ici à 2020. Mais certains, à l'image de la direction de Yingli, pensent que cette capacité pourrait atteindre 50 GW.

Analystes et industriels s'attendent donc à voir le marché intérieur chinois décoller rapidement. Le leader mondial, Suntech, a du coup revu ses projections à la hausse. Le marché pourrait gagner jusqu'à 2 GW cette année et 4 GW en 2012. En termes de capacités supplémentaires annuelles installées, la Chine a presque rattrapé les États-Unis.

Marché gigantesque

Potentiellement le marché chinois est gigantesque. Toute une partie des provinces de l'Ouest sont désertes et très exposées à l'ensoleillement. Et les besoins en énergie de la deuxième puissance mondiale sont tout aussi immenses. Les producteurs chinois se bousculent donc sur le marché intérieur. Yingli a annoncé qu'il espérait conquérir 30 % du marché cette année, Suntech estime désormais qu'une partie croissante de ses revenus seront issus de son marché domestique. « En 2012, la Chine devrait représenter 20 % des ventes mondiales contre 10 % actuellement », explique Charles Yonts, analyste chez CLSA, qui voit progressivement le marché mondial se recentrer vers l'Asie-Pacifique.

Pour autant, ce repositionnement ne va pas être aisé pour ces grands producteurs habitués aux marchés européen et américain. Les prix en Chine y sont plus bas et la compétition intense. Ni les professionnels - distributeurs, chefs de projets - ni les infrastructures ne sont encore au niveau. Et d'ailleurs, dans un premier temps, Suntech compte recourir à des professionnels étrangers pour monter ses projets en Chine. « La compétition des petits fabricants locaux et le risque d'une surcapacité vont faire baisser les prix et consolider l'industrie », prévoit d'ores et déjà Charles Yonts. Un officiel de l'Institut de la recherche sur l'énergie, cité par l'agence Bloomberg, estime que, d'ici à cinq ans, seulement 15 producteurs existeront encore, alors qu'on en compte 330 aujourd'hui.

Coûts très compétitifs

L'industrie doit aussi faire face aux incertitudes, qui pèsent sur les tarifs de rachat, et surtout sur la durée de vie des subventions, qui reste encore floue. Le réseau, quant à lui, aura du mal à suivre et les analystes estiment que l'industrie solaire pourrait connaître le même sort que l'éolien : des milliers de kW installés, qui ne peuvent pas être raccordés au réseau. « On se rend compte qu'il manque encore beaucoup de maillons. Mais les producteurs font toutefois confiance au gouvernement et investissent quand même », poursuit l'analyste.

Que peuvent espérer les acteurs étrangers ? Tout comme pour l'industrie éolienne, elle restera minime. Les fabricants chinois sont déjà très compétitifs sur les coûts et ont acquis un savoir-faire grâce à leur implantation à l'étranger. De plus, Pékin n'a jamais caché sa volonté de vouloir imposer sa technologie et ses producteurs, lesquels bénéficient de prêts bancaires à des tarifs avantageux, de locations de terrains quasi gratuites et de dons divers. En 2010, les plus importants producteurs ont reçu des prêts pour une valeur moyenne de 6,5 millions de dollars chacun. Une aide qui n'a pas plu aux États-Unis, déjà inondés de panneaux solaires fabriqués en Chine.

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Commentaires
a écrit le 10/12/2011 à 10:20 :
première ligne, première faute.... ce n'est pas un tarif de RAchat mais bien ACHAT de l'électricité solaire.

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