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Les Verts devraient être confortés... les pronucléaires aussi !

Marie-Caroline Lopez et Valérie Segond

Publié le 12 janvier 2012 à 05:18 - Mis à jour le 12 janvier 2012 à 05:20

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Chacun trouvera dans les arguments techniques de la Cour de quoi renforcer ses positions.

Pavé dans la mare, ou non-événement ? Quel sera l'impact politique du rapport de la Cour des comptes sur le vrai coût de l'électricité nucléaire ? Pèsera-t-il dans la campagne, contraindra-t-il les candidats à infléchir leur position, ou viendra-t-il seulement valider la politique nucléaire de la France ? Dans sa Lettre de mission du 17 mai 2011, François Fillon avait imposé la remise des conclusions « avant le 31 janvier 2012 ». Un temps de travail si court qu'il ne permettait pas au groupe d'experts d'intégrer rigoureusement les conclusions de l'Autorité de sûreté nucléaire, publiées le 3 janvier, car cela aurait différé la publication de plusieurs mois. Ce qui fait dire à certains que ce rapport avait surtout pour vocation de valider la politique du tout-nucléaire de la France et donner ainsi des arguments au candidat sortant, histoire de clore, une fois pour toutes, le débat ouvert par Fukushima.

Or voilà que, loin de fermer le débat public, le rapport semble l'ouvrir en grand. Il confirme en effet que le coût réel du nucléaire recèle tant d'incertitudes, en matière de démantèlement des centrales comme de stockage à très long terme des déchets, que la mesure faite à partir des comptes d'EDF n'est pas fiable. Ainsi, estime le politologue Daniel Boy du Cevipof, « ce rapport vient donner raison aux Verts qui expliquent depuis toujours que le nucléaire est beaucoup plus cher que ce que tous les responsables politiques UMP et PS répètent » à l'envi. À savoir que l'électricité d'origine nucléaire ne coûte à produire que 30 à 45 euros/MWh, contre 80 euros pour l'éolien terrestre, 120 à 140 pour la biomasse, 150 à 180 euros pour l'éolien offshore, et surtout 300 à 600 euros pour le solaire. Car ces chiffres, brandis comme preuve irréfutable de la compétitivité de la stratégie nucléaire française, sont des coûts d'aujourd'hui qui n'intègrent pas tous les coûts incertains, lesquels n'interviendront qu'à l'avenir.

Zones de flou

Ce rapport a donc l'avantage de vouloir faire la transparence sur le vrai coût du nucléaire, en prenant en compte tous les coûts passés, présents et futurs, de recherche, d'investissements et d'exploitation, mais aussi d'actualiser les flux en euros 2010, et de poser les bonnes questions sur les zones de flou. Il vient fissurer les vraies-fausses certitudes sur lesquelles reposait le consensus national sur le nucléaire. Mais il ne va pas jusqu'à écrire noir sur blanc que les provisions d'EDF pour le financement des coûts futurs sont très insuffisantes. On ne le comprend qu'en creux. En revanche, on lit bien qu'EDF a intégré dans ses comptes l'allongement à quarante ans de la durée de vie de toutes ses centrales, alors que l'ASN n'a, pour l'heure, donné son feu vert que pour deux réacteurs. Surtout, le rapport réclame distinctement que soient menées des expertises complémentaires rigoureuses sur les coûts et leurs méthodes d'évaluation. Très techniques, les experts seront cependant restés prudents dans leur rédaction.

Ce qui signifie que chacun va pouvoir s'emparer de ce document pour y trouver les éléments qui viendront étayer son programme. L'UMP, qui peaufine déjà son argumentaire de campagne en tentant d'élargir le débat aux « avantages écologiques » du nucléaire, pourra aussi affirmer, sur la foi du rapport, que « les coûts de production totaux sont in fine peu sensibles à l'évolution des charges futures ». « Si le devis de démantèlement augmentait de 50 %, affirme le rapport, le coût annuel de production de l'électricité nucléaire croîtrait de 505 millions d'euros. » Ce qui, rapporté aux 10 milliards d'euros de coûts annuels, n'augmenterait ce coût que de 5 %. De même pour la gestion des déchets radioactifs : « Le nouveau devis de l'Andra étant d'un peu plus du double de celui qui sert aujourd'hui de base au calcul des provisions d'EDF, ce doublement n'augmenterait que de 200 millions d'euros le coût annuel de production de l'électricité nucléaire. » En clair, les défenseurs de la stratégie nucléaire ne manqueront pas d'avancer que, même en augmentant très fortement les provisions d'EDF pour financer les coûts futurs, l'électricité tirée de l'atome restera, et de très loin, la plus compétitive. Et Daniel Boy de conclure : « Pas de quoi modifier radicalement les rapports de force lors de l'élection présidentielle. »

Marie-Caroline Lopez et Valérie Segond

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