Le patron de la sureté nucléaire américaine était-il trop...anti-nucléaire ?

Gregory Jaczko, président de la toute puissante NRC américaine, vient de démissionner. Violemment critiqué pour son comportement depuis un an, il avait été le seul en février à voter contre la construction d'un nouveau réacteur en Géorgie.
Gregory JaczkoCopyright Reuters
Gregory JaczkoCopyright Reuters

Après plusieurs mois de violentes mises en cause de son comportement personnel et professionnel à la tête de la puissante Commission de régulation nucléaire américaine, Gregory Jaczko vient de présenter sa démission. George W. Bush l'avait désigné en 2005 comme l'un des cinq commissaires de la NRC, organe de supervision de la sûreté des 104 réacteurs américains, avant que Barack Obama ne le nomme président en 2009, aux côtés de deux commissaires républicains et deux commissaires démocrates.

Le seul à voter contre le premier projet nucléaire depuis 30 ans aux Etats-Unis
Gregory Jaczko avait notamment marqué sa différence en février dernier en étant le seul des cinq commissaires de la NRC à voter contre l'autorisation de construire deux réacteurs sur le site de Vogtle, en Géorgie (Sud Est), le premier projet de nouvelle centrale nucléaire depuis trente ans aux Etats-Unis. Il estimait qu'il fallait, en préalable, demander au constructeur Toshiba-Westinghouse de faire la démonstration qu'il avait remédié aux failles constatées à l'occasion de l'accident nucléaire de Fukushima, sur des réacteurs de même type (à eau bouillante). Il refusait de se contenter de la seule parole de l'industriel. "Je ne peux pas soutenir l'idée de donner cette autorisation comme si Fukushima ne s'était jamais produit" et "de mon point de vue c'est ce que nous faisons", avait-il dit.
Dans un communiqué commentant sa démission, l'organisation américaine pro-nucléaire Nuclear Energy Institute reconnaît qu'il y avait des « différends » entre eux mais loue le dialogue qui s'était établi. En réalité, les relations étaient particulièrement tendues depuis Fukushima. L'industrie nucléaire redoute que la NRC n'impose de nouvelles normes couteuses qui viendraient encore entamer la compétitivité de l'atome, battue en brèche outre Atlantique par les faibles prix du gaz.

Une plainte contre lui des quatre autres commissaires
Ce n'était pas la première fois, avec ce vote contre le projet de Vogtle, que Gregory Jaczko déchaînait contre lui les foudres de l'industrie nucléaire et des Républicains. Lorsqu'il avait tiré les conséquences en 2010 de la décision de Barack Obama d'arrêter le projet de stockage de déchets nucléaires, mené depuis 1987, sur le site de Yucca Mountain dans le Nevada, des élus républicains et des industriels nucléaires avaient estimé, un an après, qu'il avait outrepassé ses droits et forcé la main à la NRC. Ces critiques insistaient sur le fait que Gregory Jaczko avait débuté sa carrière en travaillant avec un opposant notoire à ce projet de stockage, l'actuel sénateur démocrate du Nevada Harry Reid.
Depuis fin 2011, les attaques s'étaient intensifiées sur un plan plus personnel contre Gregory Jaczko. Les quatre autres commissaires ont envoyé en octobre dernier une lettre commune à la Maison Blanche pour se plaindre du comportement « tyrannique » de leur président. Ils affirmaient qu'il avait tenté d'intimider un panel de conseillers techniques. Ces plaintes, rejetées par la Maison Blanche, reprenaient en partie des critiques formulées par un inspecteur interne de la NRC dans un rapport. Ce document, qui était sur le point d'être réactualisé, décrivait Gregory Jaczko comme quelqu'un qui perdait souvent son calme et qui usait de menaces contre ses collaborateurs. Il était réputé avoir fait pleurer des cadres femmes. Gregory Jaczko a toujours démenti ces accusations.
La tension est encore remontée d'un cran ce printemps. La Maison Blanche tarde en effet à renouveler le mandat d'un commissaire républicain de la NRC, arrivé à échéance. Gregory Jaczko a cependant affirmé que sa démission n'avait aucun rapport avec toutes ces attaques. Il a précisé qu'il resterait en poste jusqu'à ce que son successeur soit nommé.

 


 

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Commentaires 2
à écrit le 23/05/2012 à 16:10
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juste une petite correction: les réacteurs de Vogtle sont à eau pressurisées, pas du type "bouillant" BWR comme à Fukushima. Ils sont d'un type avancé, dit génération 3, de type "passif", pouvant en théorie se passer de toute source éléctrique inter...

à écrit le 23/05/2012 à 12:47
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L'autorité de contrôle est respectée... tant que les conclusions vont dans le sens de l'économie. Si ce n'est pas le cas, autant prendre des personnes plus conciliantes...

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