Climat : General Electric parie sur l'efficacité énergétique

Par Giulietta Gamberini  |   |  951  mots
"Nous devons adresser le problème du réchauffement climatique, mais aussi celui de la création d'emplois", souligne Jeffrey Immelt. (Crédits : Reuters)
Le conglomérat américain consacrera 10 milliards de dollars entre 2015 et 2020 à son programme environnemental dénommé Ecomagination, après en avoir dépensé 15 depuis 2005. Le patron de GE, présent à Paris pour finaliser le rachat de la branche énergie d'Alstom, a aussi annoncé jeudi la conclusion de 8 partenariats dans le domaine de l'eau et de l'efficacité énergétique, avec des sociétés telles que Total, Statoil, Bhp Billiton, Goldman Sachs, Intel...

"La meilleure stratégie en faveur de l'environnement, c'est l'efficacité technologique". Telle est la devise du patron de General Electric Jeffrey Immelt, qui a annoncé jeudi 29 octobre la conclusion de huit partenariats entre le conglomérat américain et neuf autres sociétés (Total, Statoil, Intel, Walmart, Goldman Sachs, BHP Billiton, MWH Global et Masdar) dans le domaine de l'eau et de l'efficacité énergétique.

Si les politiques peuvent accélérer le processus de la transition écologique, rien ne pourra en effet aboutir sans le concours de l'industrie, estime en effet l'Américain, qui insiste sur la complexité de l'objectif:

"Nous devons adresser le problème du réchauffement climatique, mais aussi celui de la création d'emplois".

Une stratégie environnementale depuis 2005

General Electric a jusqu'à présent investi 15 milliards de dollars (13,7 milliards d'euros) dans sa stratégie environnementale, qu'il a lancée il y a 10 ans sous le nom d'Ecomagination. A l'époque, admet Jeffrey Immelt, ces sortes d'initiatives n'étaient pas simples à mettre en place. Mais aujourd'hui, elles sont "acceptée par l'industrie et constituent un moteur d'efficacité", affirme-t-il.

La conférence internationale sur le climat qui se tiendra à Paris en décembre est ainsi l'occasion pour le conglomérat américain d'insister sur son engagement.

Le groupe affirme ainsi que sa stratégie environnementale lui a permis, en dix ans, de réduire de 31% les émissions de gaz à effet de serre (GES) et de 42% l'utilisation d'eau. Elle a engendré 200 milliards de dollars (182 milliards d'euros) de recettes et 300 millions de dollars (273 millions d'euros) d'économies.

GE s'engage pour le climat... mais refuse de révéler ses émissions

C'est pourquoi, Jeffrey Immelt n'a pas de doutes concernant la suite:

"Quelle que soit l'issue de la COP 21, nous allons continuer d'investir", promet-il.

Pour la période 2015-2020, l'entreprise confirme s'engager à placer 10 milliards de dollars (9 milliards d'euros) supplémentaires, et à réduire ses émissions de GES comme son utilisation d'eau encore de 20% par rapport à 2011.

General Electric fait d'ailleurs partie des 80 grands noms de l'industrie américaine qui se sont réunis autour du président Obama contre le changement climatique, en s'engageant à soutenir un accord limitant la hausse du thermomètre mondial. On ne parle toutefois que de taux de réduction, puisque le groupe refuse de révéler le niveau de ses émissions.

Le patron de GE tient d'ailleurs à souligner que, à ses yeux, le rachat de la branche énergie d'Alstom, qui sera clôturé lundi 2 novembre, entre également dans cette stratégie environnementale:

"Nous possédons maintenant les technologies les plus efficaces du monde", considère Jeffrey Immelt.

Avec Total, GE travaillera en Afrique

Concernant les partenariats souscrits dans cette lignée, "chacun est un peu unique, puisque dans certains cas nous développons des nouvelles technologies, dans d'autres nous en déployons de déjà existantes", observe Deb Frodl, à la tête d'Ecomagination. Cependant, à ses yeux, l'objectif est commun: "Agir et accélérer de manière exponentielle nos progrès".

La liste de ces partenariats donne un aperçu de la diversité des approches :

  • Avec Statoil, GE espère améliorer les procédés d'extraction de gaz de schiste, en réduisant notamment l'injection d'eau: un partenariat dont Eldar Saetre, Pdg de Statoil, affirme apprécier le caractère "très concret".
  • Avec Total, le groupe compte travailler pour développer l'utilisation industrielle des énergies renouvelables, notamment en Afrique.
  • Avec Masdar, le projet de ville écologique pilote de l'émirat d'Abou Dabi, GE espère diminuer l'intensité énergétique du traitement des eaux usées.
  • Avec WalMart, il s'agit d'accélérer l'adoption commerciale de solutions d'efficacité énergétique telles que les LED, ainsi que des énergies renouvelables.
  • Avec Goldman Sachs et MWH Global, le partenariat tourne autour de la réutilisation civile comme industrielle de l'eau.
  • Avec Bhp Billiton, GE veut réduire l'intensité des émissions des exploitations minières.
  • Et avec Intel, il s'agit de réduire le gaspillage industriel d'eau et énergie via l'optimisation numérique.

Aucun de ces partenariats ne prévoit néanmoins d'objectif chiffré.

Un "double langage"?

Lors de la conférence de presse organisée jeudi 29 octobre pour la présentation de ces projets, la préoccupation face au changement climatique était d'ailleurs de mise. Interrogé sur la nécessité d'instaurer un prix du carbone pour donner à la lutte contre le réchauffement les moyens de ses ambitions, le Pdg de Statoil en a reconnu le caractère indispensable.

"Connecter les divers systèmes déjà existants prendra du temps. Mais nous devons prendre ce temps", a-t-il déclaré, estimant qu'un prix efficace devrait se situer autour des 50 dollars la tonne de CO2. "A condition qu'il s'agisse d'un prix global, afin d'éviter qu'il affecte la compétitivité", a toutefois tempéré le représentant de BHP Billiton, Nick Allen.

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Ces affirmations vont dans le sens de l'engagement pris par dix compagnies pétrolières et gazières mondiales (dont Total et Statoil), le 16 octobre, en faveur de la limitation du réchauffement climatique et de la COP 21.

A cette occasion, l'ONG InfluenceMap soulignait néanmoins le double langage de ces grands groupes qui apportent aussi leur soutien "à des associations professionnelles qui entravent activement la politique climatique".

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La vente de turbines pour les centrales à combustibles fossiles et d'équipements pour l'extraction du pétrole reste par ailleurs au centre des activités de GE, d'autant plus que le groupe a décidé de se recentrer sur ses activités industrielles.