Climat : les majors pétrolières militent pour la lutte contre le réchauffement

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Le Français Total est notamment épinglé pour sa participation à l'American Petroleum Institute (API), la plus active des associations professionnelles agissant contre l'adoption de règles internationales en matière de climat selon InfluenceMap.
Le Français Total est notamment épinglé pour sa participation à l'American Petroleum Institute (API), la plus active des associations professionnelles agissant contre l'adoption de règles internationales en matière de climat selon InfluenceMap. (Crédits : REUTERS/Charles Platiau)
Total et six autres grandes compagnies pétrolières et gazières ont appelé vendredi à "un accord efficace sur le climat" lors de la conférence internationale qui aura lieu à Paris en décembre. Mais l'ONG britannique InfluenceMap dénonce le décalage entre leurs paroles et leurs actions de lobbying.

A quelques semaines de la conférence internationale sur le climat (COP 21), qui se tiendra à Paris en décembre, la cause de la lutte contre le réchauffement climatique ratisse large. Dix compagnies pétrolières et gazières mondiales se sont engagées vendredi 16 octobre à y contribuer, en investissant et en collaborant davantage .

Les poids lourds du secteur, qui assurent près d'un cinquième de la production mondiale d'hydrocarbures et fournissent environ 10% de l'énergie de la planète, ont déclaré soutenir l'objectif de contenir le réchauffement climatique à 2 degrés -permettant, selon les préconisations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), d'éviter l'emballement du système climatique. Regroupés depuis 2014 au sein de l'Oil and Gas Climate Initiative (OGCI), les dirigeants de dix groupes (BG Group, BP, Eni, Pemex, Repsol, Saudi Aramco, Reliance Industries, Royal Dutch Shell, Statoil et Total ) ont appelé à "un accord efficace sur le climat" lors de la COP 21.

"Réduire l'intensité en carbone du mix énergétique mondial"

"Notre ambition commune est un futur à 2°C. C'est un défi pour l'ensemble de la société. Nous sommes prêts à jouer notre rôle", ont-ils affirmé dans une déclaration commune. Rôle qui consisterait justement "à réduire l'intensité en carbone du mix énergétique mondial", en misant sur la collaboration afin "d'obtenir davantage que la somme de leurs efforts individuels". L'efficacité énergétique, le gaz naturel -présenté comme l'énergie fossile la moins polluante- et la recherche et développement sont cités parmi les domaines "des actions pratiques, significatives et basées sur la technologie" qu'elles promettent d'engager.

Les dix compagnies -qui ne comptent parmi elles aucune américaine- affirment aussi avoir déjà diminué d'environ 20% les émissions de gaz à effet de serre de l'ensemble de leurs opérations au cours des dix dernières années.

Un double langage

Toutefois, les déclarations de ces grands groupes "sont ébranlées par le soutien qu'ils apportent à des associations professionnelles qui entravent activement la politique climatique", dénonce l'ONG InfluenceMap, dans une étude publiée vendredi et fondée sur l'analyse de  plus de 10.000 données (déclarations publiques, réponses des lobbies aux consultations publiques etc.). Un double langage particulièrement pratiqué par Shell, qui "montre la plus grande déconnexion entre rhétorique et action", estime l'association britannique.

L'étude, qui s'est penchée notamment sur trois points clé de la négociation climatique (la taxe carbone, l'échange de quotas d'émission et la réglementation des émission de gaz à effet de serre), souligne que Shell participe au Conseil européen de l'industrie chimique (CEFIC, acronyme de Conseil européen des fédérations de l'industrie chimique, son ancien nom). Cette association professionnelle s'est pourtant activement opposée à une réforme du système communautaire d'échange de quotas, lancé en 2005 mais qui jusqu'à présent n'est pas parvenu à faire émerger un prix du carbone efficace.

"Shell a également mené une action de lobby contre les objectifs et la réglementation en matière d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables dans l'Union européenne", ajoute InfluenceMap.

Total second mauvais élève

A la deuxième place de ce classement du décalage entre paroles et action figure le Français Total, notamment épinglé pour sa participation à l'American Petroleum Institute (API), la plus active des associations professionnelles agissant contre l'adoption de règles internationales en matière de climat. Le président de l'API ne s'est d'ailleurs pas privé d'affirmer que les négociations climatiques n'étaient motivées que par "une idéologie politique étriquée", rappelle InfluenceMap. Or, l'un des dirigeants de Total, Jean-Michel Laverge, fait partie du Conseil d'administration de cet organisme.

Quant aux autres, "BP, Chevron et Exxon, néanmoins, semblent faire obstacle (à l'action climatique, NDLR) autant que leurs associations professionnelles, avec lesquelles ils sont parfaitement alignés", lit-on encore dans l'étude.

La crédibilité en jeu

Pourtant, la crédibilité de ces groupes, y compris vis-à-vis de leurs actionnaires et investisseurs, dépend directement d'une plus grande cohérence entre déclarations publiques et action de lobbying, souligne Anthony Hobley, à la tête du think-tank Carbon Tracker. Une relation inextricable déjà soulignée au printemps 2015 par l'actuelle secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique, la Costaricaine Christiana Figueres. Répondant à une lettre reçue par six compagnies pétrolières et gazières européennes (BG, BP, Eni, Shell, Statoil, Total), qui s'y exprimaient en faveur de la tarification du carbone, elle avait insisté:

"Je vous appelle à vous assurer qu'à partir de maintenant, votre position dans vos discussions avec les gouvernements soit clairement en ligne avec ce que vous avez souhaité dans la lettre que vous m'avez envoyée, à savoir un cadre politique ambitieux et de long terme en matière de changement climatique."

"Une tentative cynique de manipuler l'opinion publique"

Dès lors qu'une compagnie est incapable d'assurer une telle cohérence, ses appels à l'action en matière de changement climatique "devraient alors être vus pour ce qu'ils sont, à savoir une tentative cynique de manipuler l'opinion publique et de faire croire aux actionnaires que la société prend sérieusement la question du changement climatique", ajoute Anthony Hobley.

Est-ce que Shell, Total et BP "se cachent derrière des associations professionnelles auxquelles on ne peut pas demander des comptes afin de contourner et retarder toute avancée sur les détails de la législation climatique? Et si elles sont aussi sérieuses qu'elles l'affirment quant à leur action en matière climatique, ne serait-il pas temps qu'elles se retirent des associations professionnelles en question?", s'interroge InfluenceMap.

Ces groupes "semblent avoir transféré leur opposition directe à la législation climatique à certaines associations professionnelles clé (...)", affirme encore plus explicitement Dylan Tanner, directeur exécutif de InfluenceMap. "Les investisseurs doivent être conscients que ces puissants organismes des secteurs de l'énergie et de la chimie sont financés par et agissent sous les instructions de leurs membres clé et devraient ainsi être considérés comme une extension de l'activité et du positionnement de ces sociétés membres", met-il en garde.

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a écrit le 18/10/2015 à 16:34 :
Pour préserver le climat et mon portefeuille, je vais donc faire poser un kit Pantone sur ma vieille voiture (pourtant bien entretenue). Ca me coûtera un peu, certes, mais moins cher que d'investir dans un autre véhicule essence; et je ferai également des économies de gazole (en litres et en prix).
Et je conserve ma Ducati préférée pour le plaisir. Pourquoi n'y avais je pas pensé plus tôt ? Certains seront peut être tentés de faire comme moi.
a écrit le 17/10/2015 à 20:15 :
S'ils veulent être crédibles, ils devraient déjà capter le gaz brûlé dans les diverses torchères. Parait que la totalité représente les 2/3 de la consommation annuelle de gaz de l'Europe. Mais ça coûte (très dispersé) et nuirait au commerce. La taxe carbone sur le gaz des particuliers va doubler (en France) début 2016.
20% de réduction, ouaf ouaf, faut les croire sur parole. Purement déclaratif. Ne dit-on pas "mentir comme un pétrolier" ? :-))
a écrit le 16/10/2015 à 20:19 :
A ce niveau, l'appétit monstrueux d'argent fait éclater l'hypocrisie obligatoire. Ils le savent, sinon, qu'ils dansent sur un lit de nitro-glycérine..?? Tant que ça marche...
a écrit le 16/10/2015 à 18:46 :
Les acteurs cités, même s'il y a de grands noms ne représentent pas l'essentiel de la production mondiale.
Manque principalement les chinois, les américains et les russes, mais encore les suisses, les indiens, les australiens, etc.
Les groupes pétroliers et parapétroliers qui font des efforts pour produire plus propre sont bien européens, dont certains se sont engagés à abandonner le fossile.
......
Shell s'est tout de même désengagé des forages en Alaska tandis que russes et américains s'installent en Arctique.
Réponse de le 17/10/2015 à 12:26 :
"dont certains se sont engagés à abandonner le fossile" faut arrêter de rêver, là.
Réponse de le 17/10/2015 à 15:38 :
@yvan
Oups!
Le charbon

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