Climat : quand Hollande et Merkel plaident ensemble pour la tarification du carbone

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Si nous voulons vraiment envoyer un signal aux marchés pour permettre aux entreprises de faire leurs choix dans les meilleures conditions économiques (...), la question des prix du carbone surgit inévitablement, a souligné François Hollande qui, en vue de la COP 21, se montre très actif sur la question du réchauffement climatique.
"Si nous voulons vraiment envoyer un signal aux marchés pour permettre aux entreprises de faire leurs choix dans les meilleures conditions économiques (...), la question des prix du carbone surgit inévitablement", a souligné François Hollande qui, en vue de la COP 21, se montre très actif sur la question du réchauffement climatique. (Crédits : Reuters)
Une coalition de plusieurs chefs d'Etats, dirigeants d'organisations internationales et de collectivités locales a lancé lundi un appel destiné aux autres pays et à l'ensemble des entreprises. Il insiste sur la nécessité d'instaurer un prix du carbone afin d'accélérer la transition écologique.

Elle est largement reconnue comme l'un des instruments économiques indispensables pour faire advenir la transition écologique. Pourtant, la tarification du carbone n'est nullement mentionnée dans le projet d'accord discuté cette semaine à Bonn où se déroule le dernier round de négociations avant la conférence internationale sur le climat qui se tiendra en décembre à Paris.

Néanmoins, lundi 19 octobre, une large coalition de chefs d'Etats, d'institutions internationales, de leaders locaux et de dirigeants de grandes entreprises, reprenait le sujet à son compte, en lançant un appel aux pays et aux sociétés privées pour la mise en place d'un tel instrument.

Constitué à l'initiative du président de la Banque mondiale Jim Yong Kim et de la directrice du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, ce groupe (baptisé Carbon Price Panel) est inédit par sa portée: il réunit François Hollande et Angela Merkel, mais aussi le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) Angel Gurria, la présidente du Chili, Michelle Bachelet, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, le président des Philippines, Benigno Aquino III, celui du Mexique, Enrique Peña Nieto, ainsi que le gouverneur de Californie, Jerry Brown, et le maire de Rio de Janeiro, Eduardo Paes.

Une quarantaine de pays déjà engagés

François Hollande, qui, en vue de la COP 21, se montre très actif sur la question du réchauffement climatique, a souligné l'importance de ce dispositif:

"Si nous voulons vraiment envoyer un signal aux marchés pour permettre aux entreprises de faire leurs choix dans les meilleures conditions économiques (...), la question des prix du carbone surgit inévitablement."

Angela Merkel lui a emboîté le pas:

"Les technologies à faible émission de carbone sont un élément du combat contre le changement climatique mondial. Avec un prix pour le carbone et un marché mondial du carbone, nous soutenons l'investissement dans ces technologies respectueuses du climat", a-t-elle déclaré.

Aujourd'hui, une quarantaine de pays et une vingtaine de collectivités locales se sont engagées dans diverses formes de tarification des émissions de gaz à effet de serre, afin d'encourager les investissements dans les solutions sobres en carbone, et inversement, de dissuader de recourir aux technologies polluantes.

Leurs initiatives couvrent environ 12% de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre et atteignent dans leur ensemble une valeur de marché d'environ 50 milliards de dollars (44 milliards d'euros), a récemment relevé une étude du réseau The New Climate Economy.

En outre, début septembre, la Banque mondiale a publié, avec l'OCDE et le FMI, un ensemble de principes visant à accélérer l'universalisation de cet instrument.

Les entreprises sont de la partie

Malgré les "inquiétudes, justifiées, pour leur compétitivité", reconnues par François Hollande, des industries les plus émettrices de carbone, l'appel des leaders internationaux a aussi le mérite d'être soutenu par des chefs d'entreprises, réunis dans une plateforme qui sera officiellement lancée à Paris le 30 novembre, à l'ouverture de la COP21: la Carbon Pricing Leadership Coalition.

En font partie le Pdg d'Engie (ex-GDF Suez) Gérard Mestrallet, ainsi que les dirigeants du fonds de pension public californien Calpers, du groupe chimique néerlandais Royal DSM, du conglomérat indien Mahindra Group. Ils ont estimé qu'un prix du carbone constituerait une "incitation économique" à renoncer aux énergies fossiles.

"Généraliser la fixation d'un prix du carbone est crucial pour conduire et accélérer la transition vers une économie à faible carbone partout", a notamment observé Gérard Mestrallet.

     >| Lire aussi : Engie arrêtera d'investir dans le charbon

Ce soutien des entreprises est d'autant plus nécessaire que la question de la tarification du carbone constituera l'un des sujets clés de l'"Agenda des solutions" qui, en parallèle de la COP21, vise à donner davantage de visibilité aux engagements et solutions portés par les divers acteurs de la société civile.

Le sujet ne sera en revanche pas abordé dans le cadre de la négociation pour la conclusion d'un accord international impliquant 195 pays, un mécanisme unique n'ayant pas été considéré comme envisageable à cette échelle.

Selon Angel Gurria (OCDE), cité dans le communiqué, "la COP21 sera cruciale pour créer un cadre d'ensemble et tracer le chemin, mais ce sont les politiques nationales, comme celles visant à donner un prix au carbone, qui nous permettront d'atteindre l'objectif".

Un marché ou une taxe?

Le document ne tranche toutefois pas clairement entre les deux grands modes de tarification du carbone à la disposition des décideurs: un système de quotas d'émissions du CO2 -comme celui en vigueur depuis 2005 en Europe (EU ETS)- ou une taxe carbone. Récemment, le FMI s'est déclaré favorable à cette dernière option. Christine Lagarde a profité de l'occasion du lancement de l'appel pour répéter sa position:

"Les ministres des Finances doivent réfléchir à des réformes des systèmes fiscaux afin de récolter davantage de recettes de taxes sur les carburants intensifs en carbone et moins de recettes d'autres taxes qui sont nocives pour la performance économique, telles que des taxes sur le travail ou le capital."

"Ils doivent évaluer le taux d'une taxe sur le carbone qui leur permettra d'atteindre les objectifs d'atténuation des émissions affichés pour la conférence de Paris et les mesures d'accompagnement nécessaires afin d'aider les ménages à bas revenus les plus vulnérables à une hausse des prix de l'énergie", a-t-elle ajouté.

Ségolène Royal s'était en revanche exprimée le 8 octobre en faveur de l'instauration d'un prix plancher du carbone pour le secteur électrique dans l'Hexagone, une mesure visant à pallier le fonctionnement encore imparfait du marché du carbone européen, pourtant désigné comme le principal instrument de la politique climatique de l'UE.

Les combustibles fossiles encore très subventionnés

Donner un prix au carbone, notamment via une taxe, est "essentiel" pour limiter le réchauffement climatique, estime également l'OCDE dans un rapport publié mardi 20 octobre qui dresse un état des lieux des politiques publiques menées contre le réchauffement dans ses 34 pays membres et dix pays partenaires.

Pourtant, si "un nombre croissant" de pays "utilisent des taxes carbone" ou des systèmes d'échange de quotas pour décourager les émissions de CO2, les émissions couvertes par ce mécanisme restent cependant faibles, déplore l'organisation, les taux et les prix étant trop faibles pour être dissuasifs.

En revanche, le niveau de soutien aux combustibles fossiles (charbon, gaz, pétrole), bien qu'"en baisse", demeure "élevé", souligne l'OCDE. Dans un autre rapport publié le 21 septembre, l'institution relevait que malgré une légère tendance à la baisse, dans les 34 pays membres et les six grandes économies émergentes du G20 -Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Russie et Afrique du Sud- le soutien public aux énergies fossiles représente encore entre 140 et 180 milliards d'euros par an. Angel Gurría avait à cette occasion dénoncé un comportement contradictoire et une "politique révolue":

"Les États dépensent, pour soutenir les combustibles fossiles, quasiment le double du montant nécessaire pour atteindre les objectifs de financement de la lutte contre le changement climatique définis par la communauté internationale, qui appelle à mobiliser 100 milliards de dollars (soit quasiment 90 milliards d'euros, Ndlr) par an d'ici à 2020", avait-il déploré.

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Commentaires
a écrit le 21/10/2015 à 12:24 :
indignés.. sont la majorité d entre nous par ces politiques qui brassent de l air. a longueur de journée..le changement c est pas pour demain
a écrit le 21/10/2015 à 8:37 :
Oui, l'énergie bon marché comparé au cout du travail est la cause du chomage, tout au moins en France comparé à l'Allemagne.
a écrit le 20/10/2015 à 20:33 :
Après l'eau , ils vont nous vendre de l'air + Taxes et abonnements .
a écrit le 20/10/2015 à 19:17 :
suite. Il reste à définir l'usage de cette taxe.
a écrit le 20/10/2015 à 19:14 :
L'idée d'une taxe sur l'énergie semble acceptée par certains responsables.
a écrit le 20/10/2015 à 18:29 :
soyons clair, les decisions motivees par les medias en allemagne ont vide les caisses de e.on et rwe de 80 milliards
pour continuer de produire de l'electricite pas nucleaire ils ont fait tourner le Braunkohle ( charbon brun, aka 'lignite')
maintenant les allemands doivent importer leur electricite au moindre pb, et on veut les rendre 100% dependant du vent ou des courants marins qui marchent 15% du temps
si la france veut suivre, pas de pbs......... par contre les francais sont bcp moins sympas que les allemands quand le congelo tombe en panne toute les 3 semaines
remarquez, la france n'a plus grand chose a perdre vu qu'elle a deja coule 50% de son industrie manufacturiere en 15 ans!
a écrit le 20/10/2015 à 17:53 :
Une taxe de plus Monsieur Hollande? Cette histoire de carbone est une mascarade. A vrai dire, sachant que l'industrie chinoise vit du charbon qui lui donne 90 % de son énergie, le taxer, c'est taxer les produits chinois. La France paiera mais ne se modernisera pas pour autant car personne ne veut investir dans ce pays lamentable.
a écrit le 20/10/2015 à 17:35 :
Et n'oublions pas que son ennemi est la finance. On s'est encore bien fait avoir comme avec sarko, sur ce coup-là. D'ici que des fachos arrivent au pouvoir partout dans le monde, y'a pas loin.

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