Étiquetage énergétique : les consommateurs demandent une refonte

L'étiquette énergie est désormais devenue obsolète, dénonce l'association UFC-Que Choisir, qui préconise de revenir à une échelle de A à G et de mettre en avant le coût d'usage comme la durée de vie des produits. Elle insiste également sur la nécessité de renforcer les contrôles.
Giulietta Gamberini
Pour les gros électro-ménagers les plus courants, la note A+ est en effet devenue le minimum. Résultat, les consommateurs se limitent à exclure les classes problématiques (B et inférieures), mais ne sont plus incités à dépasser le A.
Pour les gros électro-ménagers les plus courants, la note A+ est en effet devenue le minimum. Résultat, les consommateurs se limitent à exclure les classes "problématiques" (B et inférieures), mais ne sont plus incités à dépasser le A.

Comme en matière d'alimentation et de santé, en matière d'énergie les consommateurs veulent plus de transparence, tant sur la performance que sur la durabilité des produits. C'est ce qui ressort d'une enquête qualitative menée par l'association UFC-Que Choisir au mois de mars avec le cofinancement de l'Ademe, et publiée mardi 25 octobre.

Alors que quasiment tous les ménages sont désormais équipés en réfrigérateur et en lave-linge, et la grande majorité en ordinateur, l'étiquette énergie imposée depuis 1992 et revue en 2011 a en effet désormais été dépassée par la technique et ne se montre plus en phase avec l'offre. Pour les gros électro-ménagers les plus courants, la note A+ est en effet devenue le minimum. Résultat, les consommateurs se limitent à exclure les classes "problématiques" (B et inférieures), mais ne sont plus incités à dépasser le A.

"A partir du A c'est bon, et si je peux, je prends des +. Quand je suis dans le vert je me dis : 'J'ai déjà fait une bonne chose, je ne peux pas faire plus'", a notamment expliqué l'un des consommateurs interrogés à TNS Sofres, qui a mené l'enquête. Et l'UFC d'en conclure que "même l'appareil le plus énergivore du marché peut paraître écologiquement vertueux aux yeux des consommateurs". Un constat qui prend un sens particulier alors que la révision de la directive Étiquette énergie de 2011, proposant de revenir à une échelle de A à G, est toujours en cours au niveau européen. Une solution très majoritairement perçue comme positive selon l'enquête de l'UFC, malgré "quelques inquiétudes liées à la période d'adaptation".

Le coût d'usage, levier de transparence

Quant à la deuxième partie des étiquettes actuelles, détaillant les niveaux de consommations en kilowattheures et en litres, une large part des consommateurs interrogés la trouve trop abstraite, voire source de confusion par rapport à l'échelle énergétique au-dessus. Pourtant, dans des ménages de plus en plus équipés, la consommation d'électricité augmente sensiblement: en 2015, celle liées à l'électroménager et aux appareils électroniques atteignait en moyenne 390 euros par an, soit 70% de la consommation totale, souligne l'association. En se fondant sur les attentes des consommateurs, l'UFC préconise ainsi de basculer vers une information plus concrète, fondée sur le coût d'usage:

"Ils nous parlent en kilowatts, ils feraient mieux de nous parler en argent, nous ce qui nous intéresse en vrai, c'est le budget", résume un consommateur.

Le mérite de cette approche serait de montrer que même plus cher à l'achat, un équipement écologiquement vertueux peut s'avérer plus économique sur toute sa durée de vie. "Sur dix ans d'utilisation d'un lave-linge, le prix d'achat ne représente en effet que 28 % à 35% du coût global", souligne l'UFC. Dans un test mené au Royaume-Uni, l'affichage du coût global a d'ailleurs entraîné l'acquisition de produits plus performants, et d'une baisse moyenne de la consommation d'énergie de 6,64 kWh.

Une grande méfiance

Quelle que soit la forme des étiquettes, leur crédibilité aux yeux des consommateurs est d'ailleurs la condition de leur capacité d'incitation. Or, les entretiens menés dans le cadre de l'enquête montrent une grande méfiance sur l'origine et la fiabilité des données. "Certains acheteurs vont jusqu'à volontairement ignorer l'étiquette pour ces raisons", regrette l'UFC, qui toutefois souligne le caractère fondé d'une partie de ces craintes.

"Plusieurs campagnes européennes de contrôle"  ont bel et bien montré des grands écarts de consommation par rapport aux allégations sur l'étiquette. Par exemple, dans le cadre projet MarketWatch financé par la Commission européenne, et auquel  l'UFC - Que Choisir a activement participé, près d'1 produit testé sur 5 sous-estimait sa consommation réelle", observe l'association.

En cause, l'absence de contrôles, qui en France sont menés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF, dépendant du ministère de l'Economie et des Finances) quant à la présence des étiquettes en magasin, et par la Direction générale de l'Energie et du Climat (DGEC) pour la véridicité des allégations de performance. Cette dernière "n'a à ce jour mené aucune action de contrôle", dénonce l'UFC, "par manque de moyens comme de volonté politique".

Une meilleure information pour des achats plus durables

Autre volet de l'enquête de l'UFC, l'information sur la durée de vie des produits. Selon un sondage de la Commission européenne de 2013, elle est réclamée par 92% des consommateurs. Un enjeu de plus en plus actuel en raison de l'accroissement du taux d'équipement des ménages en produits électroménagers et électroniques, qui augmente les cas de panne: sur un an, un ménage sur trois en subit une de son électroménager. Or, une meilleure information inciterait à des achats plus durables, estime l'UFC: une étude du Conseil économique et social européen (CESE) de 2016 a enregistré une croissance de ventes de ces derniers de 56% en moyenne, et de pas moins de 118% en France. "La durée de vie affichée serait indicative, et correspondrait à la durée de fonctionnement moyenne mesurée dans des conditions spécifiques de tests, définies à partir de normes établies", précise l'association, qui cite un exemple concret déjà existant: les ampoules LED.

Un effet contenue sur les prix

Une telle mesure aurait à l'évidence un effet sur le marché des assurances.

"Cela va m'inciter à ne plus prendre les garanties supplémentaires", observe un consommateur, qui explique: "Si ma télévision dure 10 ans et que le vendeur me propose d'étendre la garantie 5 ans pour 200 , je vais refuser".

Mais selon l'UFC ces garanties doivent justement être étendues, pour une durée variable en fonction des différentes familles de produits. Aujourd'hui, leur courte durée constitue en effet plutôt un frein à la réparation, poussant -avec la rareté des pièces détachées comme des réparateurs- 40% à préférer remplacer leur produit en panne pour des raisons de coûts. Cela bénéficierait aux produits de meilleure qualité, tout en étant parfaitement acceptable en termes de prix, puisqu'un passage de deux à cinq ans sur l'électroménager n'augmenterait ceux-ci que de 1 % à 3 %. Selon le CESE, les consommateurs seraient d'ailleurs disposés à payer plus (en moyenne 102 € pour un produit vendu entre 300 et 500 euros) pour un produit plus durable, souligne l'UFC, qui mise sur la révision de la directive européenne de 1999 sur les garanties des produits pour les consommateurs pour bousculer les règles de garantie françaises.

Giulietta Gamberini

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