L'OPA chinoise sur Energias de Portugal rejetée par les actionnaires

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L'offre publique d'achat (OPA) lancée en mai 2018 devait permettre à China Three Gorges d'acquérir la totalité du capital d'EDP, dont il est déjà le principal actionnaire.
L'offre publique d'achat (OPA) lancée en mai 2018 devait permettre à China Three Gorges d'acquérir la totalité du capital d'EDP, dont il est déjà le principal actionnaire. (Crédits : Reuters)
Les actionnaires de la compagnie d'électricité portugaise Energias de Portugal (EDP), dont le fonds activiste Elliott, ont rejeté une proposition visant à supprimer la limitation des droits de vote, ce qui était une condition posée par le chinois China Three Gorges (CTG) pour mener à bien son offre d'achat de 9 milliards d'euros. Celle-ci est désormais caduque, a fait savoir le régulateur boursier. Mais EDP a assuré que son partenariat avec CTG continuerait, en visant notamment l'Amérique latine.

Le groupe étatique China Three Gorges (CTG) a échoué à prendre le contrôle total d'Energias de Portugal (EDP) - les autres actionnaires du groupe d'électricité portugais ayant bloqué mercredi cette opération chiffrée à 9 milliards d'euros qui avait déjà du plomb dans l'aile. L'offre publique d'achat (OPA) lancée en mai 2018 devait permettre à CTG d'acquérir la totalité du capital d'EDP, dont il est déjà le principal actionnaire, mais restera sans effet car une des conditions préalables à son succès a été rejetée lors d'une assemblée générale des actionnaires à Lisbonne.

« Les actionnaires ont décidé de ne pas approuver le changement des statuts de l'entreprise » comme l'exigeait l'autorité boursière portugaise pour donner son feu vert à l'offre sur la première entreprise du pays, avec une capitalisation boursière de 11,4 milliards d'euros.

Les statuts d'EDP continuent ainsi d'interdire à tout actionnaire du groupe de disposer de plus de 25% des droits de vote, quelle que soit sa participation au capital.

Principal actionnaire d'EDP avec 23,27% du capital, China Three Gorges souhaitait acquérir les 76,7% restants au prix de 3,26 euros par action, un montant aussitôt jugé trop bas par l'administration d'EDP. L'entreprise publique chinoise avait également lancé une offre sur la filiale d'EDP pour les énergies renouvelables, EDP Renovaveis.

Le partenariat avec CTG "sera maintenu"

« Ce qui s'est passé aujourd'hui concernait cette offre en particulier (de CTG) et non l'avenir du groupe. Le partenariat avec CTG sera maintenu », a déclaré António Mexia, le directeur général d'EDP, à la presse. « Pour le reste, nous verrons - toutes les options sont sur la table. »

Pour sa part, le groupe chinois assurait dès lundi que la réussite ou l'échec de l'OPA ne mettrait pas en cause son intention de "demeurer un investisseur stratégique d'EDP sur le long terme".

Depuis plusieurs semaines, les analystes anticipaient un échec d'une opération qui nécessitait l'autorisation des autorités de l'Union européenne et d'autres pays où est présent EDP, dont les Etats-Unis. Dans le contexte de guerre commerciale entre Washington et Pékin, l'ambassadeur américain au Portugal, George Glass, avait déclaré à la mi-mars qu'en "aucune circonstance les Chinois ne prendraient le contrôle de ce qu'EDP détient sur le sol américain".

Depuis l'annonce de l'OPA, l'actionnariat du groupe portugais a été sensiblement modifié par le départ du fonds de pension américain Capital Group et l'entrée en scène du fonds Elliott, qui possède désormais une participation de 2%. Ce fonds, connu pour investir dans des entreprises en difficulté en engageant un bras de fer avec leur direction, s'était également opposé à l'offre chinoise, pourtant vue d'un bon œil par le gouvernement portugais.

D'autres fleurons déjà sous pavillon chinois

Dans le cadre du vaste programme de privatisations que le Portugal s'était engagé à mettre en œuvre en échange du plan de sauvetage financier qui lui a permis de surmonter la dette de la zone euro, le gouvernement avait cédé 21,35% du capital d'EDP à China Three Gorges, en décembre 2011, pour 2,7 milliards d'euros.

Depuis, le groupe chinois a porté sa part à 23,27% du capital, tandis que l'Etat a vendu sa dernière participation de 4,14% en février 2013 tout en conservant un droit de regard sur cette entreprise stratégique, une des plus importantes du pays à l'instar de la compagnie pétrolière et gazière Galp Energia.

Le Portugal étant l'un des pays d'Europe les plus favorables aux capitaux venus de Chine, il a vu d'autres fleurons de son économie passer sous pavillon chinois, tels que la première banque privée BCP, sa principale compagnie d'assurances Fidelidade ou le gestionnaire du réseau électrique REN. Le pays ibérique a également décidé d'ouvrir son plus grand port, Sines (100 km au sud de Lisbonne), au projet chinois des "nouvelles routes de la soie", et l'opérateur de télécommunications MEO, filiale d'Altice, a signé un accord de coopération avec le géant chinois des télécoms Huawei pour le développement du réseau 5G.

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Commentaires
a écrit le 25/04/2019 à 9:40 :
Pfiou... de justesse quand même hein !

Dans quel état est notre union européenne... -_-

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