Nucléaire : 'Il faut un plan Marshall" pour la construction de nouveaux réacteurs, prévient l'ASN

La filière nucléaire française, pour faire face aux nouveaux projets, risque de devoir mettre en oeuvre un "véritable plan Marshall", a prévenu mercredi le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Bernard Doroszczuk, lors d'une conférence de presse. A ses yeux, les questions de sûreté nucléaire devraient être placées au même plan que celles relatives à la production dans le débat sur l'évolution du mix énergétique.

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(Crédits : Wolfgang Rattay)

Un « plan Marshall » pour la filière française du nucléaire. C'est ce que demande le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Bernard Doroszczuk, pour mettre en œuvre la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France comme le souhaite le gouvernement. A ses yeux, en effet, les questions de sûreté nucléaire devraient être placées au même plan que celles relatives à la production dans le débat sur l'évolution du mix énergétique. Le président de l'ASN a tenu ces propos devant la presse, alors que le système électrique français, fait face aujourd'hui, selon lui, à une absence de marges et un déficit d'anticipation, dans un contexte de fragilisation du cycle du combustible nucléaire.

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Disponibilité des centrales au plus bas

Bernard Doroszczuk a souligné la situation "inédite" du parc nucléaire français cet hiver, avec une disponibilité à des niveaux historiquement bas pour de nombreuses raisons. Des problèmes de corrosion, inattendus, ont dernièrement conduit à l'arrêt de 5 réacteurs d'EDF en plein hiver, accroissant un peu plus la tension déjà forte sur l'approvisionnement électrique.

"Cette accumulation d'événements sur le parc nucléaire illustre le besoin impératif (...) de maintenir des marges dans le dimensionnement du système électrique et des installations, pour pouvoir faire face à des aléas et ne pas mettre en concurrence les décisions à prendre lorsqu'il y a un risque pour la sûreté", a relevé le président de l'ASN.

Autrement dit, ces "marges" doivent permettent d'éviter l'arbitrage impossible entre la sûreté et la sécurité d'approvisionnement.

Sûreté

Pour l'avenir, le président de l'ASN demande aussi que "les préoccupations de sûreté nucléaire soient dès à présent intégrées dans les choix de politique énergétique, au même niveau que les préoccupations de production d'électricité décarbonée à horizon 2050".

Il signale notamment que la prolongation des réacteurs nucléaires au-delà de 50 ans n'est pas "acquise". Les scénarios reposant sur la prolongation des réacteurs après 60 ans repose aussi sur des hypothèses "non justifiées".

"Il ne faudrait pas que, faute d'anticipation suffisante, la poursuite de fonctionnement des réacteurs nucléaires résulte d'une décision subie au regard des besoins électriques, ou hasardeuse en matière de sûreté", avertit Bernard Doroszczuk.

Le président de l'ASN a encore évoqué les défis pour la filière, notamment si le choix de relancer la construction de nouveaux réacteurs, annoncé par le président Emmanuel Macron en novembre, était confirmé.

"Si le nucléaire fait partie des choix faits pour assurer un mix énergétique décarboné et robuste à horizon 2050, la filière nucléaire devra mettre en place un véritable plan Marshall pour rendre industriellement soutenable cette perspective, et disposer des compétences lui permettant de faire face à l'ampleur des projets et à leur durée", a-t-il dit, en alertant sur l'urgence à trouver "des solutions concrètes et sûres de gestion des déchets".

Baisse de la production d'électricité nucléaire

Pour rappel, un problème de corrosion sur le système de sécurité des réacteurs nucléaires français s'est étendu à au moins un autre réacteur, un nouveau déboire qui tombe mal au moment où l'approvisionnement électrique est tendu et la filière scrutée comme jamais.

Ces problèmes ont poussé le groupe français EDF a réduire sa prévision de production d'électricité nucléaire pour 2022 "à 300 - 330 TWh, contre 330 - 360 TWh", en raison "du prolongement de la durée d'arrêt de 5 réacteurs du parc nucléaire français d'EDF", a annoncé le groupe dans un communiqué jeudi soir.

Parmi eux, un réacteur de la centrale de Penly (Seine-Maritime) est désormais aussi concerné par ce défaut, qui n'avait jusqu'à présent affecté que des réacteurs plus puissants et récents. Le problème n'avait jusqu'à présent été identifié que sur des réacteurs de 1.450 mégawatts. Le défaut détecté à Penly 1, un réacteur de 1.300 MW, est le premier qui concerne une autre famille de réacteurs. EDF avait annoncé à la mi-décembre l'arrêt par précaution des deux réacteurs de la centrale de Chooz (Ardennes) pour vérification d'éventuels défauts sur son circuit de refroidissement de secours, après la détection de défauts à Civaux (Vienne), une autre centrale de même modèle. Le groupe a, depuis, annoncé qu'un des réacteurs de Chooz était effectivement concerné par le même problème. Le second fait toujours l'objet d'investigations. Le problème identifié à Penly "serait dû aussi à un phénomène de corrosion sous contrainte, c'est-à-dire le même phénomène qui a été détecté" sur les réacteurs de 1.450 MW, a précisé Karine Herviou à l'AFP, évoquant "un défaut de l'ordre du millimètre". L'arrêt des quatre réacteurs de Civaux et de Chooz en plein mois de décembre avait privé la France de 10% de sa capacité nucléaireet fait bondir les prix de l'électricité, déjà très élevés, sur le marché.

"La réalisation des contrôles, l'instruction de solutions techniques et leur déploiement conduisent EDF à prolonger l'arrêt des réacteurs de Civaux 1, Civaux 2, Chooz 1, Chooz 2 et Penly 1", a prévenu jeudi soir le groupe public d'énergie.

Le gestionnaire du réseau RTE a renforcé dernièrement son niveau de vigilance sur l'approvisionnement de la France en électricité alors que la disponibilité du parc nucléaire, également chamboulée par la pandémie, est au plus bas.

D'autres centrales concernées?

Au total, la France, qui tire la grande majorité de son électricité du nucléaire, comptait la semaine dernière 10 réacteurs indisponibles sur 56 et était privée de 20% de ses capacités, au moment où la consommation est élevée avec la baisse des températures.

La question est désormais de savoir si d'autres réacteurs du parc français sont concernés par ce problème de corrosion.

"On ne sait pas s'il n'y a pas de problèmes ailleurs. EDF est en train de revoir tous les enregistrements" des contrôles effectués dans le passé sur le parc, a indiqué Karine Herviou.

"Il est impossible d'exclure que d'autres réacteurs du palier 1.300 MW soient touchés", a jugé Yves Marignac, expert nucléaire de l'association NégaWatt.

"Ce qui pose un problème difficile pour les autorités, qui est de savoir si on applique la même logique (que pour les réacteurs de 1.450 MW) et on ferme préventivement les réacteurs ou si on privilégie la sécurité électrique", a-t-il ajouté. Car "fermer davantage de réacteurs de 1.300 MW conduirait inévitablement à des ruptures d'approvisionnement".

(avec AFP)

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Commentaires 10
à écrit le 19/01/2022 à 19:22
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Il faut faire pédaler la population carcérale; en faisant pédaler les politiciens véreux allergiques à la détention, on peut même espérer un rendement supérieur de ces bien nourris!

à écrit le 19/01/2022 à 18:19
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Le coût capital d’une centrale solaire thermique maintenant s’elève a $1 par Watt aux Etats Unis (ex. Impact Solar Farm, Lamar County, Texas). Donc une centrale solaire thermique de la taille de l’EPR FLA3 couterait $1.6 milliard – contre le €19 mill...

à écrit le 19/01/2022 à 17:24
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Ca fait déjà 20 ans que L'ASN communiquait auprès du Parlement sur sa crainte, son "obsession" disait son Président de l'époque, que soit decouvert un incident generique grave affectant plusieurs reacteurs. Ce qui obligerait à choisir entre sécurité ...

à écrit le 19/01/2022 à 16:14
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Pas de problème, on va bientot pouvoir acheter du courant aux Allemands. Du courant produit dans la toute nouvelle centrale de Datteln en Rhénanie. Du courant produit avec du bon vieux lignite. Pour cela on coupe la forêt de Hambach, vieille de 12000...

à écrit le 19/01/2022 à 14:41
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On dirait que c'est un peu le foutoir, dans le pré carré des X-Mines et de la CGT. Il a coûté bonbon, l'EPR qui n'est toujours pas au point.

à écrit le 19/01/2022 à 13:53
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Avant de dire que le nucléaire c'est chère regardez le coût moyen de "l'électricité verte" Notre parc nucléaire nous a permis de produire une électricité pas chère, fiable et en quantité. Nos voisins nous enviais mais maintenant avec les sois disant...

à écrit le 19/01/2022 à 13:40
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100 ans de durée de vie aux US, il y a de la marge !!

à écrit le 19/01/2022 à 13:30
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Un plan Marshall , cela ne veut RIEN dire , le financier c'était les USA .Maintenant il n'y a personne pour financer un tel trou noir, qui va financer une industrie qui produit de l'électricité à 2 fois le prix moyen ???Sans compter les déchets radi...

à écrit le 19/01/2022 à 13:09
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Il faut pousser la production industrielle de petits réacteurs. C'est la filière des petits réacteurs à thorium sel fluorés qui permettent de brûler les déchets, le plutonium, les actinides, l'uranium. Quand dix petits manqueront ce ne sera pas un dr...

à écrit le 19/01/2022 à 11:59
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L'ASN c'est la ceinture , les bretelles , le parapluie, etc... quoi qu'il en coute! de par leur position de garant de la sécurité, il ne prendront jamais le moindre risque. Je me demande comment feraient les Chinois dans le même contexte? Ils seraie...

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