Transition énergétique : cinq pépites tricolores à suivre de près pour leurs technologies de rupture

Des panneaux solaires made in France, du gaz synthétique décarboné, de l'hydrogène produit à partir de méthane, des micro réacteurs nucléaires alimentés par des déchets et des flocons de CO2 pour mieux les capturer... Zoom sur cinq technologies de rupture développées par des entreprises françaises, qui œuvrent pour accélérer la transition vers un monde bas carbone.
Pascal Richard et Pierre-Emmanuel Martin, les deux fondateurs de la start-up Carbon, veulent mettre sur pied une gigafactory pour fabriquer des panneaux solaires made in France.
Pascal Richard et Pierre-Emmanuel Martin, les deux fondateurs de la start-up Carbon, veulent mettre sur pied une gigafactory pour fabriquer des panneaux solaires made in France. (Crédits : DR)

Carbon concocte une gigafactory de panneaux solaires

Une gigafactory française de panneaux solaires. C'est le pari fou de la start-up lyonnaise Carbon, à l'heure où le marché européen du photovoltaïque est totalement inondé de panneaux provenant d'Asie, qui tirent les prix vers le bas. Mais dans un contexte où la souveraineté énergétique de l'Europe est devenue un enjeu crucial, Carbon entend tirer son épingle du jeu.

Elle ambitionne ainsi de rentrer dans le top 10 mondial des fabricants de panneaux solaires à l'horizon 2030 grâce à la création d'une usine XXL dotée de 15 à 20 GW de capacité annuelle, soit peu ou prou la moitié de la puissance installée en Europe au cours de l'année 2021.

Dans les détails, la jeune pousse compte intégrer à la fois le traitement des lingots pour la fabrication de wafers, la fabrication des cellules, ainsi que l'intégration des modules photovoltaïques sous formes de panneaux.

A la clé de cet ambitieux projet industriel : la création de 2.000 emplois directs. Reste à convaincre les investisseurs...Carbon espère réunir dans les années à venir quelque 1,5 milliard d'euros d'investissements.

Reevco capte le CO2 des fumées industrielles par cryogénie

Air Liquide n'est pas le seul français à avoir développé une technologie de captage de CO2 par cryogénie. La start-up Reevco, également lyonnaise, fondée en 2020 par deux jeunes ingénieurs, s'est elle aussi lancée sur ce vaste marché de la décarbonation. Sa technologie brevetée permet de récupérer le CO2 émis par les industriels directement dans leurs cheminées.

Très concrètement, les fumées sont aspirées et injectées dans le module de captage. Celui-ci effectue un premier tri pour isoler le C02 puis la mise en contact directe d'azote liquéfié et refroidi à -196 degrés avec les fumées industrielles provoque la formation de flocons de CO2. Une fois capturé, le CO2 est repassé sous forme liquide pour le stockage.

Baptisée CarbonCloud, la technologie s'adresse aux industriels dont les fumées ont de petites concentrations de CO2 (8 à 30%) et de petits volumes, contrairement à Air Liquide qui vise les fumées présentant de très fortes concentrations en CO2. "Très concrètement, nous visons essentiellement la métallurgie, la cimenterie, la sidérurgie et la production de chaux", précise Hugo Lucas, cofondateur de l'entreprise avec Paul Taton.

Reevco a déjà installé une unité pilote capable de capter 2 tonnes de CO2 par jour mais qui ne fonctionne pas encore à pleine capacité. La jeune pousse a récemment levé 3,5 millions d'euros auprès d'un pool d'investisseurs pour financer une deuxième unité de captage d'une capacité 10 fois plus importante avec 20 tonnes de CO2 captées par jour. Comme la première, elle sera installée sur le site de la carrière de chaux d'Eiffage à Avesne-sur-Helpe dans le Nord et devrait être opérationnelle d'ici fin 2023.

D'ici 2026, Reevco entend déployer une quarantaine d'unités. Pour séduire les industriels, la jeune pousse assure être la solution la moins énergivore du marché. Elle revendique un prix de 30 euros par tonne de CO2 captée, pour 8 centimes le kilowattheure et 20% de concentration de CO2 dans les fumées.

Charwood se lance en Bourse pour produire en masse du gaz synthétique décarboné

Le breton Charwood est un spécialiste de la biomasse, qu'il exploite aujourd'hui principalement par combustion pour les réseaux de chaleur et par méthanisation. Mais l'entreprise entend accélérer sur un troisième axe : la pyrogazéification, qui consiste à cuire la biomasse avec très peu d'oxygène, voire sans oxygène. "Ce procédé permet d'obtenir un gaz synthétique que l'on appelle 'syngaz', qui peut notamment se substituer au gaz naturel [émetteur de CO2, ndlr] dans des procédés industriels", explique Adrien Haller, fondateur et directeur général de l'entreprise.

Charwood a ainsi noué un premier contrat avec le groupe Terreal spécialisé dans la cuisson de terre cuite pour la fabrication de matériaux de construction. "Le recours à notre solution donne aux industriels une visibilité sur les prix de l'énergie, qui constituent une part non négligeable de leurs coûts de production. Ces derniers ne sont alors plus indexés sur les prix très volatiles des marchés de gros, mais sur les coûts de production. C'est aussi un approvisionnement décarboné, contrairement au gaz naturel", souligne le fondateur.

Plus largement, Charwood vise les industriels très gros consommateurs d'énergie que sont les fabricants de terres cuites, de verre, les géants de l'agroalimentaire et du bois. L'entreprise s'est fixée pour objectif de compter 30 unités en fonctionnement à l'horizon 2027 et 20 en cours de développement. Le spécialiste de la biomasse entend également se déployer en Afrique centrale, en Amérique Latine et dans les Dom Tom, des régions qui ont souvent recours au fioul pour produire de l'électricité et qui pourraient profiter de l'électricité cogénérée par pyrogazéification. Pour accélérer son développement, l'entreprise bretonne s'est récemment introduite sur Euronext, où elle a levé 12,4 millions d'euros. Charwood est déjà rentable.

Sakowin fabrique de l'hydrogène vert grâce au méthane

L'électrolyse de l'eau n'est pas la seule technologie permettant de produire de l'hydrogène décarboné. D'autres procédés peuvent être exploités et c'est bien ce qu'entend faire la start-up Sakowin Green Energy. La jeune pousse s'appuie sur une technologie qui permet de décomposer du méthane en hydrogène gazeux et en carbone solide, qui peut alors être réutilisé dans l'industrie du béton ou dans l'agriculture.

"La science nous indique qu'une molécule de méthane (CH 4) nécessite moins d'énergie pour être dissociée qu'une molécule d'eau (H 2 O)", pointe l'entreprise implantée à Aix-en-Provence. Son module, baptisé "South Beach", consommerait ainsi cinq fois moins d'électricité qu'un électrolyseur. Il s'installe directement sur les sites de consommation d'hydrogène comme les stations de recharge de véhicules.

Dirigée par Gérard Gatt, l'entreprise n'a pas encore passé le stade industriel. Son premier prototype pouvant produire jusqu'à 200 kg d'hydrogène par jour ne devrait voir le jour qu'en 2025. Malgré son stade de développement encore embryonnaire, Sakowin est parvenue à décrocher le soutien de Bpifrance et d'EIC Accelerator, programme phare lancé par le Conseil européen de l'innovation, qui lui a récemment accordé un financement de 6,5 millions d'euros.

Naaera rêve de micros réacteurs nucléaires plus "verts"

EDF n'est pas le seul Français à plancher sur un petit réacteur nucléaire modulaire ou SMR dans le jargon pour Small modular reactor. La toute jeune entreprise Naaera, officiellement fondée en novembre dernier, entend, elle aussi, se lancer sur ce vaste marché. Mais son projet diffère en de nombreux points de celui mené par l'électricien tricolore. D'abord Naaera travaille sur un extra small modular reactor, dont la puissance devrait osciller entre 1 et 40 GW, contre une fourchette comprise entre 50 et 200 MW pour la plupart des SMR. Elle vise ainsi les industriels et les collectivités.

Ensuite, Naaera entend s'appuyer sur des réacteurs de quatrième génération, capables de fonctionner grâce à des matières radioactives déjà utilisées, issues de la production électrique du parc nucléaire actuel. Objectif : réduire de manière considérable la quantité de déchets nucléaires. Principe sur lequel reposait justement le projet de recherche Astrid, pourtant abandonné il y a trois ans par le CEA. La jeune pousse entend également alimenter ses réacteurs avec du thorium, un déchet issu des mines, non utilisé.

Très ambitieuse, la start-up, fondée par Jean-Luc Alexandre et Ivan Gavriloff, vise la mise sur le marché de sa première micro-centrale dès 2030. Comme pour les SMR, l'idée est de diminuer drastiquement les coûts de production grâce à une approche standardisée et une construction en usine. Construire une ligne de production de micros réacteurs nucléaires est évidemment très capitalistique et la start-up devrait bientôt boucler une première levée de fonds de plusieurs dizaines de millions d'euros. D'autres tours de table devraient suivre.

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Commentaires 3
à écrit le 05/08/2022 à 15:55
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On sent qu'ils veulent puiser dans nos bas de laine pour nous inventer un espoir! Mais cela sent plutôt le chantage!

le 06/08/2022 à 12:03
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On sent surtout que la crise va nous rendre imaginatif et trouver des solutions… il y a 150 ans les locomotives à vapeur étaient présentées alors comme un risque social médical et économique .. on sait ce qu il s’en est as venu : transports des march...

à écrit le 05/08/2022 à 14:53
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''syngaz', qui peut notamment se substituer au gaz naturel [émetteur de CO2, ndlr]" syngaz produit également du CO2 en brûlant, ça ne change rien, simplement que le CO2 n'est pas fossile car issu de plantes qui ont fermenté (cycle du carbone). En 205...

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