Les grandes manœuvres battent leur plein à l’aval de l’industrie du véhicule décarboné. Illustration dans l’agglomération havraise où le français Eramet vient de céder son usine de traitement de nickel au groupe Sibanye-Stillwater. Avec cette acquisition, le sud-africain vise le marché européen des batteries électriques.La volonté affichée de l'UE de s'arroger le quart de la production mondiale de batteries électrise le géant minier sud-africain Sibanye-Stillwater (SBSW) : un des leaders mondiaux de l'extraction de platine, de palladium et de rhodium. Le groupe coté à la bourse de Johannesbourg veut accélérer sa diversification dans la production des métaux de la transition énergétique. Et il choisit le vieux continent pour la concrétiser.
Un an après avoir pris un tiers des parts du projet de mine de lithium de Keliber en Finlande, SBSW vient de finaliser l'acquisition de l'usine Eramet de Sandouville, dans la banlieue du Havre, spécialisée depuis plus d'un siècle dans le raffinage du nickel et du cobalt - deux ingrédients clés de la fabrication de batteries, dont les spécialistes des matières premières (commodities) anticipent une forte augmentation de la demande à la faveur du décollage du véhicule à brancher. « De probables défauts d'approvisionnement à un horizon de dix ans sont à prévoir », indique ainsi IFP Énergies Nouvelles à propos du nickel. Un pronostic que semble partager l'acheteur sud-africain:
«Cette opération représente la deuxième étape dans la stratégie de Sibanye Stillwater en matière de métaux pour batteries électriqueset une opportunité rare dans la valorisation de matériaux à haute valeur ajoutée», détaille-t-il dans un communiqué.
Acquis pour 85 millions d'euros, le site (189 salariés et 150 millions d'euros de chiffre d'affaires) produit 12.000 tonnes de nickel métal, 4.000 tonnes de sels et de solutions de nickel de haute pureté, et 600 tonnes de chloride de cobalt. Le tout à partir d'une matière première importée de Finlande. Modernisé par Eramet à coup de millions ces dernières années, il n'en restait pas moins déficitaire, ce qui n'a manifestement pas découragé son nouveau propriétaire.