Les vélos Mercier érigés en symbole de la revitalisation des Ardennes

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Un vélo vintage, modèle historique produit par la marque Mercier, est exposé dans la friche industrielle Porcher à Revin (Ardennes). Les Cycles Mercier s'apprêtent à relancer la production de vélos en France et promettent 250 emplois dans cinq ans.
Un vélo "vintage", modèle historique produit par la marque Mercier, est exposé dans la friche industrielle Porcher à Revin (Ardennes). Les Cycles Mercier s'apprêtent à relancer la production de vélos en France et promettent 250 emplois dans cinq ans. (Crédits : Olivier Mirguet)
Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, a dressé un bilan d'étape du Pacte Ardennes. Les expérimentations menées depuis 2019 dans ce département du Grand-Est démontrent, selon elle, la possibilité d'un redéploiement industriel en France, à l'exemple des vélos Mercier.

Le Pacte Ardennes, dispositif de coordination piloté par l'Etat et les collectivités territoriales pour mobiliser des finances publiques sur des projets locaux de développement, a fêté lundi 15 mars son deuxième anniversaire. En inaugurant à Revin le projet d'usine d'assemblage des Cycles Mercier, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, a rappelé son objectif : "Renforcer l'attractivité du territoire et montrer que sa réindustrialisation est possible". Le Pacte Ardennes est spécifique à ce département, mais son fonctionnement est semblable aux pactes signés par le ministère de la Cohésion des territoires dans la Nièvre, la Creuse et sur le territoire Sambre-Avesnois-Thiérache, à cheval sur les départements de l'Aisne et du Nord.

Daniel Durbecq, maire (DVD) de Revin, a rappelé devant la ministre que sa commune de 6.100 habitants avait "perdu la moitié de sa population depuis 1985". Ce territoire du nord des Ardennes affiche un taux de chômage qui peut atteindre entre 16 % et 20 % dans les zones rurales et les bourgs-centres. La friche Porcher, une ancienne usine de sanitaires, accueillera sur 12.000 mètres carrés bâtis le projet des Cycles Mercier. Elle fera l'objet d'une réhabilitation co-financée par le programme "Territoires d'industrie" via son fonds d'accélération des investissements industriels dans les territoires (800.000 euros), et par le plan de relance du gouvernement (300.000 euros). Les investissements industriels (2,4 millions d'euros) prévus par Jean-Marc Seghezzi, président de CEMF (Cycles, Electricité et Mobilité Française) et propriétaire de la marque Mercier, bénéficieront de subventions régionales. Les recrutements seront soutenus à hauteur de 200.000 euros, en complément du travail d'ingénierie réalisé par Pôle emploi.

Résorber des friches industrielles

"Le Pacte Ardennes a été un accélérateur de projets", a résumé Jacqueline Gourault au terme de sa visite à Revin. "La démarche repose sur une méthode qui permet d'adapter de manière différenciée les politiques publiques au plus près des réalités du territoire", a affirmé la ministre. Jean Rottner, président (LR) du Conseil régional du Grand-Est, observe "surtout un état d'esprit". Le contenu "pacte" a évolué depuis 2019 au fil des dix comités de pilotage organisés avec les services de l'Etat et les élus locaux, pour aboutir à 89 "fiches actions" et 53 "fiches projets" passées en revue une nouvelle fois ce lundi 15 mars.

L'implantation des Cycles Mercier est présentée comme gage de succès de l'une de ces actions (Fiche Action 16 : mettre en oeuvre une politique volontariste pour la résorption des friches). "Mercier ne serait pas venu s'il n'y avait pas eu ce climat, une coordination, un travail proche entre les services de l'Etat et les collectivités qui permet de préparer un écosystème. Cet écosystème favorable se crée dans une démarche de confrontation d'idées. Plus de 700 acteurs se sont réunis pour obtenir ces effets de levier à l'échelle du département", précise Jean Rottner, président (LR) du Conseil régional du Grand-Est. "Les Ardennes sont le premier territoire de différenciation de la région. Depuis deux ans, on essaie de travailler de manière différente. C'est peut-être une méthode à reproduire à travers la loi 4D", imagine Jean Rottner. Le projet de loi 4D (décentralisation, différenciation, déconcentration, décomplexification), porté par le ministère de Jacqueline Gourault, sera présenté au début du printemps en conseil des ministres, puis inscrit avant cet été en première lecture au sénat. Emmanuel Macron avait annoncé cette initiative en avril 2019 en la qualifiant de "nouvel acte de décentralisation".

Deux ans après le lancement du Pacte Ardennes, 41 fiches-actions ont été réalisées. Les actions abouties relèvent de l'éducation (créer une licence en science de l'éducation à Charleville-Mézières), du développement durable (créer une SEM pour le développement des énergies renouvelables), mais aussi de l'agriculture, du tourisme, de la santé, du transport ferroviaire ou de l'innovation dans la filière fonderie. Les engagements financiers directs de l'Etat s'établissent à 35,6 millions d'euros cumulés depuis 2019. En tenant compte des contributions de l'Union européenne, de la Région, du Conseil départemental, des EPCI et de partenaires privés (UIMM), le bilan financier du Pacte Ardennes s'établit à 91,5 millions d'euros.

Une action sur le patrimoine bâti

Le territoire a connu cette année deux annonces successives de créations d'emplois par Mercier (250 salariés) et Hermès, qui implantera fin 2022 une nouvelle manufacture (250 salariés) dans la périphérie de Charleville-Mézières. "Les Ardennes ont perdu 8.000 emplois privés après la crise de 2008, mais cette période est terminée. Nos petites et moyennes industries ont compris les enjeux de la numérisation", estime le député (LR) Jean-Luc Warsmann, l'une des chevilles ouvrières du Pacte Ardennes. "Nous devons être proactifs. Dans les Ardennes, nous avons présenté 143 dossiers au fonds de modernisation des PME. Nous sommes numéro un dans le Grand-Est et pourtant, nous sommes le département le moins peuplé de cette région", constate Jean-Luc Warsmann.

Jacqueline Gourault a profité de sa visite dans les Ardennes pour annoncer une nouvelle expérimentation. Selon un modèle semblable au volontariat territorial en entreprise (VTE), des jeunes diplômés pourront obtenir dans les collectivités ardennaises un contrat de 12 à 18 mois. Ils recenseront tous les bâtiments publics ou privés dont la qualité patrimoniale sera jugée exceptionnelle. Chaque contrat sera financé par l'Etat à hauteur de 15.000 euros. Une douzaine de postes seront ouverts et accessibles fin mars sur la plate-forme de l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT). "Ce sera un formidable accélérateur pour les rénovations et le secteur du bâtiment", s'est réjoui Jean-Luc Warsmann.

Mercier cible le marché premium et l'export

Jean-Marc Seghezzi a détaillé à Revin les investissements prévus pour la relance de la marque Mercier (2,4 millions d'euros d'outils industriels) et précisé le positionnement stratégique de ses gammes de vélos. "Mercier est une marque premium de notoriété populaire, reconnue grâce à la notoriété de son ambassadeur mythique Raymond Poulidor", a-t-il rappelé. "Premium ne signifie pas haut de gamme. Nous n'allons pas produire des vélos exclusifs à plus de 10.000 euros. Ce qui nous intéresse, c'est le cœur du marché, celle qui représente les plus forts volumes et le meilleur rapport qualité-prix. C'est la règle des 80/20", a-t-il expliqué à la Tribune. "Deux lignes de montage suspendues produiront, en parallèle, des vélos à assistance électrique et des vélos "musculaires". L'usine comprendra des unités de phosphatation et de sablage, quatre robots de peinture, une unité de fabrication de jantes et un atelier d'assemblage de roues. Une deuxième usine destinée à la production des cadres est déjà envisagée à Revin, dans un autre bâtiment. "C'est pièce la plus compliquée et la plus longue à produire. Il n'y a plus de fabricants de cadres en France. Tout est importé. Nous pourrions ainsi créer une "Bicycle Valley" à Revin", propose Jean-Marc Seghezzi.

Les vélos assemblés dans les Ardennes seront distribués dans tous les circuits, détaillants, grandes surfaces spécialisées et sur des sites marchands en ligne. L'usine assurera également l'assemblage de vélos pour des marques tierces. "Nous sommes capables de faire du sur mesure et nous entendons vendre partout en Europe", prévient Jean-Marc Seghezzi. "Mais nous devons aller vite car nous avons besoin d'un long délai d'approvisionnement chez les fabricants de composants. Shimano, c'est douze mois de délai, avertit-il.

"L'ensemble des recrutements s'effectuera sur place, y compris pour les postes d'encadrement", annonce le président de CEMF. La production doit démarrer en décembre 2021 avec 140 salariés. Mercier prévoit 130.000 vélos produits en France en 2022, pour monter à 280.000 vélos dans cinq ans avec des effectifs portés à 250 salariés. "Mercier a été la marque la plus représentée dans l'histoire du Tour de France, avec 21 participations", rappelle Jean-Marc Seghezzi. La marque française, née à Saint-Etienne en 2019, est également inscrite au palmarès historique des "classiques" (victoire de Louison Bobet sur Paris-Roubaix en 1956) et a remporté à trois reprises la Vuelta, dont une avec Raymond Poulidor en 1964. Un palmarès sportif qui ne détourne pas Jean-Marc Seghezzi de ses objectifs : "La mobilité, le vélo utilitaire et l'écologie".

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Commentaires
a écrit le 10/04/2021 à 14:55 :
Bonjour
Ok pour que la fabrication des cycles Mercier soit produite en france dans les ardenne cette region en a besoin mais pourquoi et encore pourquoi la chine vous fournirez 70% des produits alors qu'en france et en europe nous somme capable de fournir tous ces materiaux l'italie comme la france on et on toujours eu les meilleurs produit de velo et a tous les prix . Pensez a notre chomage et a nos valeurs qui sont sur
a écrit le 17/03/2021 à 5:03 :
250 emplois en perspective pour plus de dix millions de sans travail.
Le ratio est faible, comme la gourault, bien nourrie mais hors sujet, comme tout ce qui est micronien. En 22 votez mieux.
a écrit le 16/03/2021 à 15:06 :
euh, quand on regarde le prix de la gamme textile, on a envie d'avoir le volume des ventes!
ca s'adresse a des passionnes
a titre perso, je pense que le prix va y etre; et quand on paye cher c'est pas evident qu'on ait envie d'un velo vintage ( sauf chez quelques snobinards); en general on prefere un velo titane kevlar carbone, qui pese 8 kgs, equipe de shimano ultra performant
refaite le point dans deux ans

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