Après les États-Unis, Toys'R'Us envisage de licencier en France

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(Crédits : BRENDAN MCDERMID)
Entre 200 et 250 licenciements sont prévus chez Toys'R'Us France en fonction des offres déposées pour la reprise de la filiale du géant américain de la distribution de jouets, selon les syndicats qui ont dénoncé mardi un projet de plan social "indécent".

Trois candidats à la reprise de Toys'R'Us, placé en redressement judiciaire en juillet, ont déposé une offre "globale" au tribunal de commerce d'Évry, rappellent les syndicats CFDT et CGT et les représentants du personnel dans un communiqué.

Il s'agit, avait indiqué vendredi Jean Charretteur, directeur général de la filiale française, de Pierre Mestre (groupe Orchestra, spécialisé dans la vente d'articles de puériculture et de prêt-à-porter pour enfants) ; de Jellej Jouets, une société en cours de création qui sera contrôlée à 90% par Cyrus Capital, un des fonds créanciers des entités américaines du groupe Toys'R'Us; et enfin de la société Financière Immobilière Bordelaise, un fonds d'investissement spécialisé dans l'immobilier commercial. Cette dernière est également intéressée par le groupe de distribution de jouets Ludendo (La Grande Récré), lui aussi en redressement judiciaire.

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Aucune indemnité supra-légale prévue

Sur les "1.167 salariés" de Toys'R'Us France, les licenciements "s'échelonneraient entre 200 et 250, en fonction des offres", indiquent les syndicats.

Des "salariés condamnés", selon eux, car le projet de plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) présenté mardi est "indécent", avec un budget "dérisoire" envisagé pour financer les mesures d'accompagnement (aide à la formation, mobilité géographique, aide à la création d'entreprises...) de "1.000 euros par salarié", dénoncent-ils. Aucune indemnité supra-légale n'est par ailleurs prévue, ont-ils précisé à l'AFP.

Les représentants du personnel et les syndicats "en appellent désormais à la responsabilité de l'entreprise pour augmenter substantiellement le montant du budget" du PSE. Ils "comptent également sur les candidats à la reprise" et "sur les pouvoirs publics", soulignent-ils dans leur communiqué.

"Dans l'attente d'un retour de la direction et des administrateurs judiciaires", les représentants du personnel "ont décidé d'arrêter toute discussion", ajoutent les syndicats.

Une "casse sociale" inévitable

Jean Charretteur a précisé en début de soirée à l'AFP que "les offres des repreneurs (avaient) légalement jusqu'à 48 heures avant l'audience pour être améliorées".

"Le fait qu'il y ait des licenciements (au terme du processus, ndlr), ce n'est pas un secret de polichinelle, mais ces chiffres ne sont que spéculation", a-t-il ajouté, précisant que l'un des candidats prévoyait la suppression du siège social de l'entreprise.

"Un PSE, ça se négocie entre administrateurs et syndicats, et le dialogue social est là, on discute", a-t-il assuré depuis l'Espagne, où il est en train de finaliser le processus de cession des 61 magasins de la filiale ibérique de Toys'R'Us à un fonds d'investissement portugais.

Numéro un de la distribution de jouets en France où il gère 53 magasins, Toys'R'Us avait annoncé mi-mars chercher un repreneur, après la mise en liquidation des 735 magasins de l'enseigne aux États-Unis.

Le marché du jouet en plein bouleversement

Le marché français du jouet, en plein bouleversement en raison des redressements judiciaires de ses deux plus importants distributeurs, La Grande Récré et Toys'R'Us France, a perdu 2% lors du premier semestre, selon une étude du cabinet NPD.

"Si les ventes de jouets ont reculé de 2% sur la première moitié de l'année, rien n'est joué", nuance dans un communiqué le cabinet spécialisé : les six premiers mois de l'année ne comptent que pour 30% des ventes annuelles de jouets, tandis que la période de Noël concentre 50% du chiffre d'affaires annuel des distributeurs.

Avec près de 3,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, la France maintient sa place de deuxième marché européen du jouet derrière le Royaume-Uni.

"Outre les difficultés liées à la distribution qui affectent également le secteur au niveau international, les ventes de la catégorie des jeux de plein air - habituellement moteur sur cette période - affichent un recul de 15% du fait d'un mauvais début de saison et de la baisse des 'hoverboards'" (des sortes de planches à roulettes électriques), explique Frédérique Tutt, experte du marché du jouet chez NPD, citée dans le communiqué.

En revanche, ajoute-t-elle, "hors plein air, les ventes de jouets restent stables par rapport à 2017".

La filiale française de Toys'R'Us connaîtra le nom de son repreneur : e tribunal de commerce d'Évry doit examiner les offres le 3 octobre. Le groupe Ludendo, propriétaire de l'enseigne La Grande Récré, saura d'ici à la fin du mois, à temps donc pour débuter la saison de Noël.

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Vers un marché du jouet pour adultes

Parmi les produits qui ont eu le vent en poupe durant ces six premiers mois de 2018: les jouets à collectionner, aussi populaires chez les filles que chez les garçons (Pokémon, vignettes Panini de la Coupe du Monde...).

"Dans l'ensemble, ce segment 'collection' représente 9% des ventes de jouets en France sur le premier semestre, soit une progression de 25% depuis l'an dernier", précise NPD.

Autre secteur qui a connu un essor particulier cette année : celui des jeux d'action (+35%) avec en particulier le retour, depuis septembre 2017, des toupies Beyblade.

Enfin, l'étude du cabinet pointe du doigt une nouvelle "cible" prometteuse pour le marché du jouet: les "kidultes" (jeunes adultes).

"En effet, les ventes de jouets aux adultes ont doublé sur les cinq dernières années pour représenter 11% du chiffre d'affaires total du jouet en France en 2017", souligne le communiqué.

De nouveaux consommateurs de jouets que ciblent désormais les campagnes marketing, notamment sur les réseaux sociaux, devenus indispensables dans la stratégie de communication des fabricants et distributeurs de jouets.

(avec agences)

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