Air France-KLM : Ben Smith va t-il pousser le patron de KLM vers la sortie ?

 |   |  951  mots
Ben Smith, le directeur général d'Air France-KLM et Pieter Elbers, président du directoire de KLM
Ben Smith, le directeur général d'Air France-KLM et Pieter Elbers, président du directoire de KLM (Crédits : DR)
Alors que le mandat du président du directoire de KLM, Pieter Elbers, s'achève en avril, son renouvellement reste incertain. Les relations entre ce dernier et le directeur général canadien d'Air France-KLM, Ben Smith, sont extrêmement fraîches et les deux hommes ne partagent pas la même vision du groupe. Un départ de Pieter Elbers provoquerait un séisme au sein du groupe et risquerait de créer des tensions entre la France et les Pays-Bas.

Ben Smith, le nouveau directeur général canadien d'Air France-KLM, va-t-il tenter de pousser vers la sortie Pieter Elbers, le président du directoire de KLM, la deuxième filiale du groupe avec Air France ? Au risque de provoquer un séisme au sein du groupe, voire dans les relations entre la France et les Pays-Bas, au regard du poids de KLM et de l'aura de Pieter Elbers en Hollande ? Verdict prochainement quand sera tranchée la question du renouvellement ou pas de Pieter Elbers. La décision pourrait être prise d'ici aux résultats financiers du groupe, qui seront publiés le 20 février. En cas de difficultés, elle pourrait être décalée en mars, avant de rédiger les résolutions pour l'assemblée générale du groupe en mai. Le mandat de Pieter Elbers arrive en effet à échéance en avril prochain.

Selon certaines sources, Ben Smith serait partisan d'un départ de Pieter Elbers. D'autres le formulent d'une manière plus diplomatique.

« Je dirai plutôt qu'il n'y a pas une volonté manifeste de Ben Smith et de certains Français d'Air France-KLM de renouveler son mandat », explique un bon connaisseur du dossier.

Les raisons des tensions sont doubles

Les raisons sont doubles. Tout d'abord, les relations entre les deux hommes sont très fraîches. La Tribune l'avait dévoilé en novembre, quand la nomination de Pieter Elbers au poste de directeur général adjoint d'Air France-KLM n'avait pas été présentée au conseil d'administration, comme elle l'avait été promise au camp hollandais. Soutenu par Anne-Marie Couderc, la présidente non exécutive d'Air France-KLM, Ben Smith avait changé d'avis.

Le président du work council (comité d'entreprise) de KLM n'est probablement pas étranger au revirement de Ben Smith. À peine le Canadien a-t-il pris ses fonctions que Jan Willlem van Dijk dégoupilla une grenade en lui rappelant l'hostilité d'une partie des salariés de KLM à le voir siéger au conseil de surveillance de KLM comme le souhaitait (et le souhaite toujours) Ben Smith. Vu les bonnes relations qu'ont toujours entretenues certains syndicalistes et représentants du personnel de KLM avec les différents patrons de la compagnie hollandaise, beaucoup ont vu derrière cette charge virulente la main de Pieter Elbers.

Intégration contre autonomie

La situation est encore plus tendue aujourd'hui. Elle se traduit par des reproches mutuels sur le comportement de l'autre, "comme dans une cour d'école", ironise un bon connaisseur de la situation. Surtout, au-delà de ces inimitiés, les deux hommes ne partagent pas la même vision du groupe. Ben Smith veut faire d'Air France-KLM un groupe plus intégré quand Pieter Elbers défend l'autonomie de KLM.

« Ben Smith ne va pas se contenter de diriger un groupe organisé d'une manière qui n'a pas fonctionné jusqu'ici », explique un proche du dossier. « À la différence de ses prédécesseurs, il ne lâchera pas. Il ira au bout de sa vision ».

Selon nos informations, Ben Smith n'a pas l'intention de faire remonter au groupe des postes qui sont en place aujourd'hui au sein des compagnies, comme l'avait fait en 2013 Alexandre de Juniac, le PDG de l'époque. Il voudrait que le groupe puisse décider des questions de flotte, de programmes de vols, voire pourquoi pas d'expérience clients. « Chez IAG, c'est le groupe qui décide les questions de flotte », fait-on valoir.

La méfiance de KLM

KLM a toujours été méfiante à l'égard d'une telle stratégie. Les difficultés financières d'Air France entre 2008 et 2015 (Air France-KLM avait même dû recapitaliser Air France à hauteur de 760 millions d'euros) et les multiples grèves qui ont touché la compagnie française entre 2014 et 2018 (elles ont coûté près d'un milliard d'euros), ont renforcé la conviction bien ancrée au sein de la compagnie batave de prendre ses distances avec Air France. Aujourd'hui encore, les accords sociaux récemment signés par Ben Smith à Air France ne sont pas de nature à rassurer les Hollandais dans la mesure où ils augmentent les coûts de la compagnie française.

Pour autant, ces divergences peuvent-elles justifier de se séparer de Pieter Elbers ? D'autant plus que sans plan d'organisation présenté à KLM, elles peuvent relever du procès d'intention. Surtout, comment justifier le départ d'un patron qui a obtenu d'excellents résultats depuis qu'il a pris les commandes de la compagnie en 2013 ? Comment justifier enfin le départ de quelqu'un à qui le comité de nomination d'Air France-KLM a proposé le poste de directeur général l'été dernier (qu'il a refusé) ?

Bref, il va falloir à tous les opposants de Pieters Elbers de bien peser le pour et contre avant de trancher. Sur le papier, Air France-KLM a le pouvoir de choisir le patron de KLM. Il a la majorité du conseil de surveillance de KLM (5 administrateurs sur 9). Ensuite, même si ce dernier proposait Pieter Elbers au comité de nomination d'Air France-KLM, ce serait au groupe de décider.

Les États vont-ils siffler la fin de la partie ?

La non reconduction de Pieter Elbers provoquerait un séisme au sein du groupe et se répandra au niveau des États. Déjà, l'affaire fait grand bruit aux Pays-Bas. Certains syndicalistes sont déjà montés au créneau. Une pétition circule même pour le maintien de Pieter Elbers. Pour certains observateurs, la seule solution serait que les ministres concernés s'emparent de ce dossier et sifflent la fin de la partie en imposant un compromis : le renouvellement de Pieter Elbers d'un côté et l'entrée au conseil de surveillance de Ben Smith de l'autre.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 13/02/2019 à 22:27 :
Mais que fait KLM dans cette galère Air France KLM ? Comment peuvent-ils supporter cette hégémonie alors que depuis 10 ans, ils financent le groupe ?
a écrit le 12/02/2019 à 13:28 :
Les hollandais manquent pas d air.... ils sont d accord pour être dans un groupe pour les protéger ( trop petit pour peser en Europe et autre) mais refusent d en assumer les contraintes... sans Air France Qui a certes beaucoup de chose à revoir- ils auraient cris pris dans easyvjet iagvou luthansa ... et font mine et de l’oublier
a écrit le 08/02/2019 à 19:52 :
Y a-t-il, dans le groupe AirFrance-KLM, quelqu'un avec qui les relations avec Pieter Elbers ne seraient pas "fraiches", en particulier côté français ??? Pire: y a-t-il eu dans le passé, le moindre cadre d'Air France qui ait eu de bonnes relations avec lui ????????????

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :