"Si Vinci n'a pas ADP, ce serait surtout dommage pour la France" (DG Vinci Concessions)

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Vinci a pris mardi 14 mai le contrôle de l'aéroport londonien de Gatwick
Vinci a pris mardi 14 mai le contrôle de l'aéroport londonien de Gatwick (Crédits : Hannah Mckay)
A l'occasion de la prise de contrôle de l'aéroport londonien de Gatwick, Nicolas Notebaert, le directeur général de Vinci Concessions et président des Vinci Airports a mis en avant les avantages que peut apporter un acteur privé comme Vinci dans la gestion des aéroports. Avec par ricochet plusieurs piques à l'encontre d'ADP, détenu à 50,6% par l'État.

Est-ce l'amertume de voir sa proie convoitée depuis de longues années en passe de lui échapper ? Ou bien la volonté de jouer sa carte jusqu'au bout en espérant l'emporter à l'arrachée ? Probablement les deux. En tout cas, alors que la privatisation d'ADP a du plomb dans l'aile, avec une chance réelle de ne jamais voir le jour depuis la validation du processus de référendum d'initiative partagée (RIP), Nicolas Notebaert, directeur général de Vinci Concessions et président de Vinci Airports, a musclé le discours du géant de la construction et des concessions. Comme s'il cherchait à évacuer le paradoxe qui existe entre l'image exécrable du groupe Vinci dans l'Hexagone et celle, très bonne, dont il jouit dans le monde aéroportuaire.

Des piques à l'encontre d'ADP

Ce mardi 14 mai à Londres, à l'occasion de la prise de contrôle effective de l'aéroport londonien de Gatwick, il n'a cessé de mettre en avant  les avantages que peut apporter un acteur privé comme Vinci dans la gestion des aéroports. Avec par ricochet plusieurs piques à l'encontre d'ADP, détenu à 50,6% par l'Etat.

"Un investisseur privé, c'est plus de croissance du nombre de passagers, plus de satisfaction de qualité de services, plus de revenus extra-aéronautique, un meilleur contrôle des choix opérationnels, des investissements adaptés qui permettent, si vous êtes un gestionnaire pointu, de peser sur les redevances aéroportuaires", a-t-il déclaré, en insistant sur "les capitaux importants qu'un investisseur privé pouvait apporter".

Tout y est passé. En particulier les redevances facturées aux compagnies aériennes, l'un des sujets les plus sensibles de ce dossier controversé. Un point sur lequel le groupe s'était peu aventuré jusqu'ici dans sa communication, plutôt discrète sur le sujet ADP. Les redevances sont en effet l'un des principaux angles d'attaque des opposants à la privatisation d'ADP, compagnies aériennes en tête, qui n'ont cessé depuis le début de manifester leurs inquiétudes de voir les montants s'envoler comme ce fut le cas pour les autoroutes, même si la comparaison des deux sujets n'a rien à voir, en raison notamment d'une régulation différente.

"Avec nous, les redevances d'ADP augmenteraient moins vite", a assuré Nicolas Nortabeart, en surfant sur la contestation récurrente des compagnies aériennes à l'égard de la politique tarifaire d'ADP.

"L'aéroport de Lyon que nous gérons a été le seul à avoir vu ses redevances 2019 validées du premier coup par l'ASI, l'autorité de supervision indépendante", a-t-il fait remarquer. ADP a en effet vu sa première proposition tarifaire retoquée au motif qu'elle générait une rentabilité jugée trop élevée. L'aéroport de Nice a quant à lui essuyé deux refus et s'est fait imposer ses tarifs.

Pour justifier son propos, Nicolas Notebaert a pointé le coût élevé des investissements d'ADP qui entraîne, selon lui, une hausse des redevances pour les financer.

"Notre politique n'est pas de faire des milliards et des milliards d'euros de cathédrales en béton, c'est d'attirer des passagers. Les compagnies viennent s'il y a une modération des tarifs. Il faut des investissements, mais des investissements peut-être plus qualitatifs, plus digitaux, bien dimensionnés, réalisés au bon moment, à coût raisonnable. (...) A l'aéroport de Nantes que nous gérons, Easyjet a ouvert 14 lignes, aucune à Paris", a déclaré Nicolas Notebaert.

Une flèche à l'encontre d'ADP qui prévoit d'investir 6 milliards d'euros dans le prochain contrat de régulation économique. Mais le gestionnaire des aéroports parisiens rétorquera assurément qu'il a ouvert 68 nouvelles lignes l'an dernier au départ de Roissy-Charles de Gaulle et d'Orly et que les investissements prévus pour le prochain contrat de régulation économique (2021-2025) s'accompagneront d'une "modération tarifaire", puisque le groupe prévoit pour cette période un plafond d'augmentation des redevances de 1,35% (hors inflation) par an. Ou encore que le futur terminal 4 qui ouvrira ses portes à partir de 2028, disposera de tous les attributs d'un "smart airport", avec un haut niveau de services.

"On continuera dans l'aéroportuaire"

En attendant, ADP ou pas, Vinci continue son développement dans le secteur aéroportuaire. Une stratégie qui vise à compenser la fin des concessions autoroutières en France à partir de 2030.

"On serait heureux de continuer notre développement avec ADP, mais si on n'a pas ADP, ce serait surtout dommage pour la France, de ne pas pouvoir consolider dans ce concert mondial, une activité de leadership mondial incontestée (sic). (Si on n'a pas ADP, NDLR), on continuera quand même. Nous n'avons pas d'inquiétude sur le marché. Il y a une tendance mondiale à la privatisation des aéroports", a déclaré Nicolas Notebaert.

L'acquisition de Gatwick en témoigne. Avec cet aéroport qui accueille 46 millions de passagers par an, Vinci revendique la deuxième place mondiale derrière le groupe espagnol AENA, avec un trafic de 240 millions de passagers. Surtout, Gatwick va apporter à Vinci un grand nombre de bonnes pratiques opérationnelles que Vinci pourra déployer dans ses 43 autres aéroports.

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Commentaires
a écrit le 18/05/2019 à 11:22 :
Cette article n'est pas téléguide par un groupe de pression qui souhaitent être la seul acquéreurs de l'ADP..... Comme toujours la lecture de cette arctique brosse un paysage angéliques de certaine entreprises..
a écrit le 16/05/2019 à 14:13 :
Il ne faut surtout pas privatiser ADP. Ce sera la même chose que pour les autoroutes. Un scandale. Pareil pour les barrages hydroélectriques, Bruxelles nous imposent la privatisation. Surtout ne pas céder et bien voter aux élections européennes.
a écrit le 16/05/2019 à 13:48 :
La non privatisation d'ADP, ce serait dommage pour Vinci, mais pas pour la France et les français.Vinci veut obtenir une rente ,sans aucune concurrence pour avoir de l'argent pour investir à l'étranger et gonfler les dividendes servis à leurs actionnaires.
Justement,c'est aux actionnaires de Vinci,de mettre de l'argent pour investir à l'étranger et non pas le demander aux contribuables et aux voyageurs qui utilisent l'aéroport!. Parce qu'il faut pas raconter des histoires,les redevances et taxes aéroportuaires vont augmenter et donc les prix des billets d'avion,mais il n'y aura aucune amélioration du service.Ce sera plutôt le contraire,comme on l'a vu pour les autoroutes.
a écrit le 16/05/2019 à 13:18 :
On voit ce que ça donne a Toulouse Blagnac quel merdier....
a écrit le 16/05/2019 à 12:12 :
Au départ, Vinci passait un coup de rouleau compresseur sur la route et facturait le travail à son client. Aujourd'hui, il facture la même chose à son client, achète à son client des droits d'exploitation là où il est passé puis facture aux français le droit de rouler sur son travail.

Ya pas un Loup dans ce business model ?
Réponse de le 17/05/2019 à 9:13 :
....et payer pour pouvoir rouler sur des infrastructures qu'on a DEJA payées et bien le comble de ces marchés de dupes : merci Sarkosy !!!
a écrit le 16/05/2019 à 9:29 :
La voracité de ces groupes géants est sans limite !
Mais tous les citoyens savent par expérience négative ce qui découle d'une privatisation et en quoi consiste l"'apport" du privé !!!
a écrit le 16/05/2019 à 7:01 :
C'est vrai qu'on a vu la différence depuis qu'ils gèrent des autoroutes : zéro investissement mais pactole assuré !!
a écrit le 16/05/2019 à 6:45 :
Je m'élève contre les 180 députés qui ont voté la cession de ADP rentable et qui ont appauvri le patrimoine public. Sans oublier les énarques fonctionnaires Jupiter, B le M, et l'ancienne directrice (qui crachent sur l'école et la corporation qui ont construits leur carrière).
Le dégagisme électoral qui a chassé LR et le PS va vous chasser aussi.
Vous serez sanctionné par le vote démocratique pour avoir touché des pots de vin substantiels en contrepartie d'avoir voté la cession d'une entreprise rentable qui apporte des recettes à l'Etat et diminue son déficit

Le 9 mai, le Conseil constitutionnel a validé le lancement d’un référendum d’initiative populaire (RIP) sur la cession des parts de l’Etat dans les aéroports parisiens (ADP). A ce coup d’arrêt politique, la Cour des comptes vient adresser un avertissement technique. Dans son rapport sur le budget de l’Etat en 2018, le contrôleur des comptes publics qualifie le fonds pour l’innovation et l’industrie «de mécanique budgétaire complexe et injustifiée». Or c’est justement ce fonds qui doit être alimenté par une dotation de 10 milliards d’euros, provenant des recettes de privatisation d’Aéroports de Paris et de la Française des jeux. La Cour des comptes relève cependant que seuls 250 millions d’euros seront effectivement affectés à des investissements en matière d’innovation.
a écrit le 15/05/2019 à 21:40 :
Le gouvernement devrait larguer ce truc pas si bien géré que ça, cher en bourse, et avec un rendement minable.
Et donner le fric aux GJ.
Qui l'ont bien mérité.
Les pôvres !
a écrit le 15/05/2019 à 14:49 :
Ben oui, mais est-ce que Vinci est prêt à arroser comme il faut, car les élections ça coute un pognon de dingue.
a écrit le 15/05/2019 à 12:26 :
vinci durable, écologique ? diminuer le nombre d'avions et de passagers, il y a une alerte écologique et la seule réponse de ces zozos c'est continuons, et d'autant plus fort que l'on va en crever mais, les poches pleines.... sidérant de bêtise et d'irresponsabilité
a écrit le 15/05/2019 à 12:10 :
ADP a réellement besoin d'investissements privés tant Roissy et Orly se trainent dans les bas du tableau de classement au niveau du confort des passagers et de la qualité de service et Vinci a surement la meilleure expérience dans ce domaine.
Réponse de le 15/05/2019 à 13:18 :
Vinci est là pour faire du profit ' pas pour améliorer le service . Cdg comme Touluse etaient rentables , voilà pourquoi certains veulent les brader .
a écrit le 15/05/2019 à 11:31 :
Surtout pas Vinci ! Ce sont des voleurs !
a écrit le 15/05/2019 à 10:58 :
Et mon oeil?
a écrit le 15/05/2019 à 10:05 :
""Un investisseur privé, c'est plus de croissance du nombre de passagers, plus de satisfaction de qualité de services, plus de revenus extra-aéronautique, un meilleur contrôle des choix opérationnels, des investissements adaptés qui permettent, si vous êtes un gestionnaire pointu, de peser sur les redevances aéroportuaires","

Tiens c'est bizarre la baisse des prix liée soit disant à la privatisation a disparu des discours des hommes d'affaires...

Il était temps ya des fables qui ne passent plus.
Réponse de le 15/05/2019 à 11:22 :
Cf les autoroutes...

Sinon un grand lol pour le "dommage pour la France". Je crois que ça se passe de plus d'argumentation tant c'est risible.

Rappelons surtout qu'un investisseur privé investit dans les bonnes affaires par définition et si ADP est une bonne affaire pour VInci, ça l'est certainement pour la France aussi, qui l'a mené jusqu'à sa taille et rendement actuel.
Réponse de le 15/05/2019 à 11:42 :
"dommage pour la France"

Façon oligarchique de menacer et ils sont français c'est pour dire où la finance est tombée... -_-

"On vous prévient on a a rien à f... de vos gueules !"

Ben oui on le comprend bien hein... -_-
Réponse de le 15/05/2019 à 15:25 :
Et, en plus, un investisseur privé ça rase gratis. C'est bien connu.
Pas d'hésitation, vive les philanthropes !
a écrit le 15/05/2019 à 10:02 :
Par rapport au tarif des péages ça donnerait quoi ?
a écrit le 15/05/2019 à 9:45 :
Sacré leonard, toujours le mot pour rire

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