La Poste : le changement de modèle, de postiers à banquiers
Raphaël Melka

À partir du 1er janvier 2026, le prix des timbres va augmenter en moyenne de 7,4 %.
© Jacky Naegelen / Reuters
Raphaël Melka

À partir du 1er janvier 2026, le prix des timbres va augmenter en moyenne de 7,4 %.
© Jacky Naegelen / Reuters
Les timbres français vont encore coûter plus cher en 2026. La Poste vient d'annoncer une hausse moyenne de 7,4 % des tarifs du service postal universel pour l'année prochaine : celui de la célèbre lettre verte, destinée aux envois du quotidien s'élèvera à 1,52 euro dès le 1er janvier 2026, contre 1,39 euro en 2025 (+9,35 %).
Mais la Poste présente cette hausse comme une simple « évolution des tarifs sans augmentation du budget des ménages ». Effectivement. Les prix montent, mais comme les Français envoient de moins en moins de courrier, ils dépenseront finalement moins. Une logique imparable qui permet de transformer une hausse de 7,4 % en « baisse de 6 % du budget postal des ménages ».
En 2015, un ménage dépensait en moyenne 48 euros par an en produits postaux. En 2025, cette somme s'établit à 28 euros. L'année prochaine, malgré l'augmentation des tarifs, elle devrait encore diminuer pour atteindre environ 26 euros. En dix ans, le volume du courrier s'est effondré, provoquant un trou de plus de 6 milliards d'euros dans le chiffre d'affaires de La Poste, actuellement proche de 17 milliards au premier semestre. À l'opposé, la branche colis montre une progression des volumes globaux, atteignant 1,3 milliard d'unités (+0,9 %), portée surtout par la croissance du segment consacré à la livraison de colis express de moins de 30 kilos et présent dans 50 pays (+1,8 % de volume), ce dernier profitant du dynamisme des flux européens et de la montée de la livraison hors domicile. Colissimo accuse une diminution de 3,5 % de ses volumes, en lien notamment avec le ralentissement des envois issus de l'e-commerce chinois.
La Poste doit assumer quatre missions de service public déficitaires : l'aménagement du territoire, la distribution de la presse, celle du courrier et l'accessibilité bancaire. Ces obligations, peu compensées par l'État, ont coûté 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2023. Le courrier continue de plomber les finances du groupe, alors même que le mandat de prestataire universel vient d'être renouvelé pour dix ans. L'institution devra donc continuer à financer une activité déficitaire.
Pourtant l'ensemble de l'entreprise se porte bien. Pendant que les activités traditionnelles reculent de 4,7 % au premier semestre 2025 (services/courrier/colis et grand public), les métiers financiers explosent. La Banque postale affiche un bénéfice net en très forte hausse de 61 %, atteignant 831 millions d'euros. Sa filiale CNP Assurances n'est pas en reste avec 857 millions d'euros de profits, soit une progression de 13 %. L'entreprise du timbre est devenue à bas bruit une banque qui distribue encore un peu de courrier.
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Malgré un chiffre d'affaires total en léger recul, le bénéfice du groupe, société anonyme dont la Caisse des dépôts et consignations (66 %) et l'État (34 %) sont les deux actionnaires, bondit de 45 % pour atteindre 719 millions d'euros au premier semestre. La stratégie de la diversification fonctionne : les profits de la banque financent les pertes du courrier, les activités rentables compensent les missions déficitaires. Selon le PDG, Philippe Wahl, le groupe « continue de se développer sur des marchés de plus en plus concurrentiels, sans renoncer à ses missions de service public qui fondent son identité ».
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